Natal, l’ONG qui panse les blessures

Depuis début octobre, et le début des attaques au couteau, l’ONG israélienne Natal spécialisée dans les troubles post-traumatiques des soldats et des victimes du terrorisme a enregistré une hausse de 40% d’appels téléphoniques.

Sensibiliser le public à l’importance des troubles de stress post-traumatiques (PTSD) et légitimer les souffrances psychologiques des soldats comme des victimes du terrorisme : tel est l’objectif de l’association à but non lucratif, Natal. Créée en 1998, cette institution installée au cœur de Tel-Aviv, et dont le centre d’assistance téléphonique fonctionne 24h sur 24 en sept langues, ne connait pas de moment de répit. En près de vingt ans d’existence, elle a traité plus de 120 000 personnes, un public de jeunes conscrits, d’anciens combattants, de témoins ou de victimes d’attentats.

Depuis début octobre, et le début de la vague  d’attaques au couteau, l’association israélienne dirigée depuis dix ans par Orly Gal, a enregistré une hausse de 40% d’appels téléphoniques, provenant pour la plupart de Jérusalem. Mais la plupart du temps, l’association dont le département clinique compte une équipe de 120 thérapeutes -œuvre dans la prévention. Dans le domaine de la traumatologie, Israël il est vrai, a acquis une sérieuse expertise.

Selon Natal, un Israélien sur dix manifeste des symptômes de troubles et de désordres post traumatiques, causés par le terrorisme et la guerre. Au point que l’Etat hébreu propose régulièrement ses services à l’étranger qu’il s’agisse d’aider les États-Unis pour le suivi des vétérans de la guerre d’Irak ; de fournir une assistance psychologique aux pays terrassés par des catastrophes naturelles ; ou encore de former les psychologues français dans la foulée des dernières attaques terroristes de Paris au siège de Charlie Hebdo, à l’Hyper Casher ou encore au Bataclan.

Israël est  « un laboratoire naturel pour l’étude du trouble de stress post traumatique», résume pour sa part Zahava Solomon, l’un des piliers de l’école israélienne dans le domaine du trouble de stress post traumatique (PTSD). « Cela tient à l’histoire du pays puisqu’Israël a connu sept guerres et deux Intifada depuis sa création, au fait que chaque jeune homme doit passer trois ans (deux pour les femmes) sous les drapeaux ». Cette universitaire qui a effectué une partie de sa carrière dans les rangs des services psychologiques de l’armée israélienne, est apparue dans son propre rôle dans le film d’animation israélien, Valse avec Bashir (César du meilleur film étranger en 2009). Lequel raconte les affres d’un soldat de Tsahal ayant participé à la première guerre du Liban.

« Dans un autre registre, souligne-t-elle. Israël offre un bon terrain d’expérimentation du « post traumatique growth » c’est à dire des effets positifs du PTSD. « Alors que le pays a longtemps été dans le déni des souffrances des victimes de la Shoah, ces dernières sont parvenues à surmonter leurs troubles en prenant part à la construction du jeune État juif: dans ce cas là, la dynamique créée par l’environnement a été plus efficace que n’importe quelle psychothérapie ».

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L’œuvre d’un psychiatre d’origine belge

C’est paradoxalement pendant un « moment calme », voire même une période d’optimisme relatif en Israël, que le Dr Yossi Hadar parvient à jeter les bases de Natal, aux côtés de l’actuelle présidente, Judith Yovel Recanati. Début 1998, soit deux ans et demi avant le déclenchement de la seconde Intifada, ce psychiatre d’origine belge et fils de survivants de la Shoah passés par les camps de transit de Chypre avant d’immigrer fin 1947, concrétise sa grande ambition : créer un centre de soins entièrement dévolu au traitement de personnes atteintes de troubles post-traumatiques liés à des évènements « nationaux » plus ou moins anciens comme la guerre de Kippour, à laquelle Dr Yossi Hadar a participé. Mort d’un cancer fulgurant quelques mois après l’inauguration de Natal, celui qui fut pendant quatre ans titulaire de la chaire Elie Weisel de l’Université de Bar Ilan pour les études consacrées à l’Holocauste, n’aura pas eu le temps de contempler son œuvre.

 

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