La directrice du Théâtre de la Toison d’Or (TTO) sort son premier livre avec un sujet plutôt rassembleur, la cuisine juive. Ou comment expliquer les secrets de nos spécialités familiales avec humour et décontraction. Un régal que l’on savourera avec les deux intéressés, Nathalie Uffner et son ami Sébastien Ministru, le mardi 16 décembre 2014 à 20h30 au CCLJ.
Elle a toujours eu le don de nous faire rire, et elle remet le couvert en publiant son premier livre, La cuisine juive expliquée à mon ami goy. Un titre volontairement choc pour attirer le lecteur… et séduire l’éditeur, puisque le français Hugo Image auquel Nathalie Uffner s’est adressée ignore alors tout de la metteure en scène belge. Un titre qui irritera ou fera sourire, c’est selon, mais qui aura le mérite d’aiguiser notre appétit. Aucun mépris à voir ici dans le qualificatif « goy », que du contraire. Nathalie Uffner et Sébastien Ministru, c’est une belle et longue amitié. La directrice du TTO a mis en scène la plupart des pièces du journaliste et auteur à succès. Et c’est d’ailleurs comme pour une pièce de théâtre que les deux complices ont travaillé dans la réalisation de ce livre, mêlant joyeusement recettes de cuisine et photos décalées, créant ces ambiances dont Nathalie Uffner a le secret.
Ceux qui se rappellent des capsules vidéo de « Nathalie Uffner is in the kitchen », diffusées il y a quelques années pour inviter les spectateurs du TTO à manger quelques-unes de ses spécialités après le spectacle, seront ravis de partager une nouvelle fois avec elle ses talents culinaires, surtout que l’actrice a choisi ici d’ajouter aux incontournables recettes familiales (le keiss kuchen de sa sœur, la langue de veau de sa mère ou les fèves égyptiennes de son beau-père…) les meilleurs plats de ses amis. « J’ai fait la liste des recettes que je voulais absolument dans mon livre; salées, sucrées, ashkénazes, sépharades, en y ajoutant ma touche personnelle, et j’ai demandé à plusieurs amis de les réaliser », confie celle qui parle d’une œuvre « collective », se souvenant de quelques journées passées ensemble à goûter, à placer et à photographier les mets. On reconnaitra que le fort de la cuisine juive n’est pas son esthétisme. Le résultat en images est d’autant plus surprenant.
L’avis des spécialistes
Le rôle de Sébastien Ministru est celui d’un candide qui interroge son amie sur la cuisine de ses origines, une cuisine qui se confond avec l’histoire de la famille et son lot de souvenirs. « J’aime cuisiner depuis que je suis ado », confie Nathalie Uffner. « Ma mère cuisine très bien et j’ai moi-même toujours aimé faire à manger. Je dirais que ma cuisine est plutôt intuitive, je pioche une recette sur internet et j’y ajoute ou enlève ce qui m’inspire. Ce livre n’est donc pas celui d’une cuisinière, juste celui d’une femme juive qui aime cuisiner ».
Aux dialogues entre Nathalie et Sébastien viennent s’ajouter les commentaires de spécialistes triés sur le volet : des plus célèbres, Alain Berenboom, Philippe Geluck, Pierre Benichou, aux plus confidentiels, Chantal Dratwa-Krischek (l’avis de la psy), David Landau (l’expert en Krav Maga), Viviane Benyacar (la JAP, Jewish American Princess, qui s’assume), et même Albert, le mari de Nathalie. « L’objectif était aussi de démonter par le rire et le second degré les clichés qui circulent autour de la communauté juive, notamment la figure de la mère juive et sa tendance à toujours vouloir trop donner à manger à ses enfants. Je pense que Sébastien y a vu quelques similitudes avec ses origines italiennes », sourit Nathalie Uffner. Quoi de mieux que l’autodérision pour faire passer un message de la façon la plus efficace. Le pari s’avère réussi.
Les amateurs de bonnes recettes seront servis. Les fans de Nathalie Uffner et Sébastien Ministru aussi. Quant à ceux qui ne connaissaient pas encore la cuisine juive, ils en ressortiront sans aucun doute un peu plus intelligents. Surtout s’ils mangent la tête du hareng.