Nazi-nostalgie* en Hongrie

Viktor Orbán**,  le Premier ministre hongrois est un homme d’ambition : il voulait devenir le Sarkozy de son pays. Il l’a donc imité en tout. Y compris en se ralliant aux « valeurs » de l’extrême droite. Accessoirement, il a aussi réduit près de 40% de la population à la misère.

Ma foi, pour un politicien conservateur comme le Hongrois Viktor Orban, cela paraissait une bonne idée que de s’inspirer du Sarkozy de 2007 : celui-ci n’avait-il pas triomphé en combinant promesses sociales et politique ultralibérale ?

N’avait-il pas siphonné les voix de l’extrême droite sans se compromettre avec ses dirigeants ? Aussi, lorsque Viktor Orban et son parti de centre-droit, le Fidesz, remportèrent les législatives de 2010, savaient-ils quoi faire. 

D’autant qu’avec 263 des 386 sièges du Parlement, ils avaient les mains entièrement libres. V. Orban réalisa alors ce dont N. Sarkozy n’aurait jamais osé rêver : modifier la Constitution pour contrôler ou supprimer toute opposition.

Loi muselant les médias. Loi réduisant les compétences de la Cour Suprême. Loi mettant au pas la Justice. Loi limitant l’indépendance de la Banque centrale. Loi électorale permettant à un parti, le sien, par exemple, d’obtenir les ¾ des sièges avec 25% des voix…

Après quoi, Viktor Orban a repris les principales idées du parti d’extrême droite, le Jobbik : nationalisme exacerbé, valeurs « chrétiennes », création d’un Etat fort. Lutte aussi contre les « feignants », entendez les chômeurs.

Ceux-ci sont contraints désormais à des travaux « d’intérêt général » obligatoires dans des « camps de travail ». D’une pierre, deux coups, puisque ces sans-emploi sont en majorité des Roms, haïs à l’égal des Juifs par l’électorat d’extrême droite.

Même nationalisme au niveau économique : Orban décide de se passer désormais du FMI et de suivre sa propre politique pour redresser la Hongrie. Il bloque les négociations destinées à remplacer le forint par l’euro.

Il multiplie les privatisations et surtout les « impôts exceptionnels de crise ». 28 depuis 2010. Dont une « taxe sur les transactions ». Pas celles qui se font en Bourse, celles des citoyens depuis les retrait dans les billetteries jusqu’au payement des factures.

Et un impôt sur les communications téléphoniques et la téléphonie en générale dont la TVA est pourtant déjà à 27%. Par contre, toujours comme Sarkozy, pas de soucis pour les plus riches. Ils ne payent que 16% d’impôt sur le revenu…

Résultat, le forint s’est effondré et, au 1er trimestre 2012, le PIB est en baisse de 1,3%. Le niveau de vie de la population a suivi : de sources officielles, 37% des Hongrois vivent à présent sous le seuil de pauvreté.

« On peut fort bien vivre avec 160 € par mois »

Heureusement, il reste les remarques des ministre Fidesz pour détendre l’atmosphère. Dans une déclaration que n’auraient pas reniée Christine Lagarde ou Nadine Morano, le ministre de l’Intérieur, Sandor Pinter, a ainsi affirmé :

« On peut fort bien vivre avec160 euros mensuels », en ajoutant tout de même la précision suivante  (les prix de l’alimentation sont à peu près les mêmes que chez nous) : « … pour peu que l’on ait, par exemple, une chèvre ».

On ne s’étonnera donc pas que la cote de popularité de V. Orban soit passée en deux ans de 45,5% à 22,3%. Selon les sondages, le Fidesz a perdu la moitié de ses sympathisants. Et 75% des Hongrois considèrent que la Hongrie va droit dans le mur…

Face à cela, Victor Orban a réagi comme le Sarkozy dernière époque, par un virage sur l’aile vers l’extrême droite. Sauf que Jobbik est bien pire que le Front National. C’est le successeur en ligne directe du parti nazi hongrois, les Croix fléchées.

« Mise au frigo » comme on dit en Belgique sous le régime communiste, l’extrême droite en est ressortie lorsque ce dernier s’est effondré. Avec une idéologie moisie, puante, mais encore consommable par des estomacs blindés.

Même idéologie : pureté du sang magyar (ses dirigeants passent des tests génétiques attestant qu’ils n’ont pas d’ancêtres juifs). Supériorité de la « race hongroise ». Retour de toutes les minorités hongroises d’Europe centrale -et des territoires où elles vivent- dans la mère patrie.

Même haine des Juifs, des Roms, de tous les étrangers. Mêmes défilés de milices en uniformes. Et même violence, à peine contenue par les autorités. Voilà derrière qui courent M. Orban et son parti.

Par exemple, en participant à la réhabilitation de l’amiral Miklós Horthy (voir encadré). Là, on est vraiment loin de N. Sarkozy : quoi qu’il en ait, on n’imagine pas l’ex-Président français laissant un de ses ministres assister à l’inauguration d’une statue du Maréchal Pétain.

C’est pourtant ce qui se passe en Hongrie. Pourtant, Horthy comme Pétain, ne peuvent être considérés comme « modérés » que par rapport aux « durs » de l’ultra-collaboration avec les nazis.

Descendu à ce stade, nul ne peut prédire jusqu’où se vautrera Orban dans l’espoir de conserver le pouvoir. Mais ces faits ont suffi à Elie Wiesel. Le Prix Nobel de la paix lui a renvoyé la « Grand-Croix de la République hongroise », qu’il avait reçu en 2004.

*Titre inspiré de la chanson « Anne, ma sœur Anne » de Louis Chédid

** A ce sujet : Viktor Orban, l’apprenti-sorcier de Budapest (http://www.cclj.be/article/3/2655)

L’étape Horthy        

Jobbik, le puissant parti d’extrême droite, procède par étapes dans sa volonté d’en revenir au temps du nazisme hongrois, ces quelques mois avant la fin de la guerre où les Croix fléchées dirigèrent le pays.          

Pour cela, Jobbik entend commencer par réhabiliter la mémoire de l’amiral Miklos Horthy qui dirigea le pays d’une main de fer de 1920 à 1944. Dès son arrivée au pouvoir, il fit voter une loi instaurant un « numérus clausus » des Juifs à l’Université.      

Lorsqu’Hitler arriva au pouvoir, en 1933, Horthy se rapprocha de l’Allemagne. A partir de 1938, il édicta trois lois anti-juives à l’image de celles du Reich. Convaincu, comme Pétain, que les nazis allaient gagner la guerre, il fit alliance avec eux.            

Comme lui, s’il était antisémite, il ne désirait pas la mort des quelque 800.000 Juifs du pays. Il laissa se produire (ou ne put éviter)  que des massacres de Juifs, mais aussi de Roms se produisent à l’instigation des Allemands ou de leurs collaborateurs hongrois.          

Cependant, il refusa l’organisation des déportations qu’exigeaient les nazis. Il faut dire que dès 1942, il avait entamé des négociations secrètes avec les Alliés. Ce double jeu dura jusqu’en mars 1944, quand les troupes nazies entrèrent en Hongrie.          

400.000 Juifs furent alors envoyés dans les camps de la mort. Et, à partir d’octobre 1944, l’amiral Horthy fut, comme Pétain, dépassé par les tenants de l’ultra-collaboration. Les Allemands le remplacèrent par les dirigeants des Croix fléchées.         

Les déportations reprirent immédiatement, tandis que les nouveaux maîtres multipliaient massacres, pillages et destructions. Quand la guerre prit fin, 69% des Juifs hongrois (565.000 âmes) avaient péri.                

Quant à Miklos Horthy, il mourut paisiblement en 1957 au Portugal. C’est cet homme-là que l’extrême droite veut remettre à l’honneur. Dans plusieurs localités du pays, elle fait installer des bustes de l’amiral Horthy, rebaptise places et jardins publics à son nom.

Le tout sous le regard bonhomme du Premier ministre et son parti. « Ce sont des décisions qui incombent exclusivement aux collectivités locales », explique benoîtement Victor Orban.            

Lequel ajoute que, de toute façon, le régime d’Horthy était « autoritaire, mais non dictatorial ». Un peu comme le sien propre…          

On est déjà curieux d’entendre ce que dira M. Orban lorsque Jobbik entreprendra de réhabiliter le chef des Croix fléchées, Ferenc Szalasi, qui fut durant cinq mois le Premier ministre nazi de Hongrie.

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