C’est bien connu, les Juifs ont de l’humour, à défaut d’avoir des amis.
Prenez ce Witz d’avant la Catastrophe : un Juif rencontre à la terrasse d’un café un de ses amis en train de lire le Stürmer, le plus violent des journaux antisémites nazis : « Mais comment peux-tu lire une telle horreur ? », lui dit-il. Son ami lui répond : « Quand je lis un journal juif, je ne trouve que des nouvelles tristes et des catastrophes. Partout de l’antisémitisme, des persécutions ; des portes qui se ferment aux Juifs qui veulent quitter leur pays. Dans ce journal, au contraire, j’apprends que nous dominons le monde, que nous tenons entre nos mains la banque, la finance, la presse. C’est autrement réconfortant ! ».Cette célébrissime blague m’est revenue après lecture d’un billet d’humeur de la désormais médiatique Candice Vanhecke, cette journaliste de M Belgique qui, en août 2014, tentait déjà de nous expliquer, au travers des mots d’un certain Youssef, interviewé lors de la manif pro-Gaza, que l’antisémitisme supposé des jeunes issus de l’immigration ne résultait que du soutien sans faille de nos gouvernants à Israël. « L’antisémitisme à la sauce 2.0. », écrivait-elle alors, « se nourrit effectivement de la passivité de nos gouvernements face à la politique israélienne. Pense-t-on vraiment que la première déclaration de François Hollande au début des bombardements de Gaza soit de nature à protéger les Juifs de France contre la résurgence de l’antisémitisme ? Que l’interdiction française des appels au boycott d’Israël fera taire les adeptes de la théorie du complot juif ? C’est justement tout le contraire qui se produit aujourd’hui. Seule une condamnation politique ferme de l’usage indiscriminé de la force en Palestine permettra de démonter la tromperie antisémite. Certains Juifs solidaires de l’Etat moyen-oriental pourront s’en offusquer. Ils ont pourtant tout à gagner à ce qu’Israël soit traité comme n’importe quelle puissance militaire qui recourt à la force contre des populations civiles ».
Dans son tout récent billet d’humeur, posté cette fois-ci sur son blog, notre charmante journaliste récidive. Dans cet article consacré à Charlie-Hebdo, elle s’indigne de la caricature du petit Aylan. Le problème, c’est que Madame Vanhecke ne comprend pas que cette caricature-choc qui montre le corps d’Aylan Kurdi juste devant un panneau promotionnel de McDonald’s n’a rien de raciste. Son objectif est précisément de dénoncer tout à la fois le drame des migrants et l’indifférence d’une Europe qui n’est qu’en mesure de leur offrir une société de consommation. Elle ne justifie en rien les menaces de mort dont Riss est à nouveau l’objet. Mais l’essentiel est ailleurs : elle en revient, sans trop savoir par quel mécanisme neuronal, à stigmatiser ce deux poids, deux mesures si favorable non seulement à Israël, mais aussi à la Shoah : « La preuve ultime que le magazine ose tout et n’épargne rien ni personne ? Faux. Contrairement à avant, Charlie Hebdo s’est bien gardé, ces dernières années, de caricaturer la Shoah, devenu le sacré de la classe politique et des médias et qui vaut, à quiconque s’en prenant à cette horreur sans nom, une symbolique exécution publique ».
Comment Candice Vanheck en vient-elle, d’abord, à comparer la Shoah, c’est-à-dire un fait historique avéré, avec une religion, c’est-à-dire une production purement idéologique ? A affirmer, ensuite, que Dieudonné ne serait devenu antisémite qu’après les critiques essuyées suite à son sketch sur France 3 (manifestement, notre blogueuse n’a pas travaillé sur l’affaire) ? Enfin, que « l’humour au vitriol » de Charlie-Hebdo « ne frapperait en priorité que l’islam », preuve ultime qu’elle n’a jamais feuilleté le magazine qu’elle critique. Mais qu’attendre au fond d’une journaliste dont l’un des maîtres à penser n’est autre que le chevalier blanc Jean Bricmont, contempteur du mal sioniste et défenseur du bien négationniste (le cas Reynouard) ?
L’essentiel est dans les clefs que la journaliste se plait à nous présenter pour en terminer une fois pour toutes avec l’antisémitisme, même et surtout celui issu de nos quartiers difficiles. Pour amener les petits « Youssef » à se réconcilier avec les Juifs, il suffirait, à l’en croire, que notre classe politique et médiatique en termine, enfin, avec les normes du double standard si favorable à Israël et à la Shoah. A la suivre, en effet, ce « deux poids, deux mesures est extrêmement dangereux pour la communauté juive, puisqu’il est, à mon sens, une des sources de l’antisémitisme moderne (…). En érigeant la Shoah en nouveau “sacré” et en bridant totalement la liberté d’expression à son sujet, elle (la classe politique et médiatique européenne) fait à nouveau des Juifs un groupe à part du reste de la société ».
Pourquoi, dès lors, ne pas confier à Madame Vanhecke le soin d’organiser, au plus tôt, un festival du rire et/ou de caricatures autour de la Shoah, comme l’ont fait déjà à deux reprises nos amis iraniens, en songeant peut-être à l’élargir aux génocides des Arméniens et des Tutsi, dont le sérieux attriste tant nos amis turcs et hutu ? Pourquoi, ensuite, ne pas forcer nos médias, si prompts à critiquer la Palestine, le monde arabe et l’islam, à cesser de protéger Israël sous prétexte qu’on ne pourrait s’en prendre à cet Etat parce que juif ! Enfin, pourquoi ne pas amener le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à s’intéresser enfin à l’entité sioniste plutôt qu’à la Russie, l’Arabie Saoudite, la Corée du Nord ou encore Cuba, trop systématiquement condamnés ?
Je pense que vous comprenez maintenant pourquoi je préfère désormais lire la presse belge à la presse juive !
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