Ne nous trompons pas de cible

 Alors que Bart De Wever poursuit en justice Pierre Mertens qui l’avait traité de négationniste, Simon Gronowski crée une controverse supplémentaire et inutile en s’en prenant à Pierre Mertens.

Avec beaucoup de dignité et dans un geste de repentance, le Bourgmestre d’Anvers, Patrick Janssens, a décidé de présenter en octobre 2007 les excuses de l’administration communale auprès de la communauté juive d’Anvers pour sa collaboration active dans la déportation des Juifs de cette ville sous l’occupation allemande.

Bart De Wever, le leader de la N-VA, a réagi avec mépris et sarcasme, jugeant ces excuses tardives, opportunistes et purement agressives à l’égard du Vlaams Belang. Le plus pervers est qu’il évoque une soi-disant controverse d’historiens à l’égard de la Shoah et prétend que la ville d’Anvers fut elle-même victime de l’occupation. Il conclura même par une comparaison douteuse entre la situation des territoires palestiniens et la période nazie.

Minimiser une repentance

Dans un article du 6 décembre 2007 du journal Le Monde, l’écrivain belge Pierre Mertens qualifie Bart De Wever de « leader résolument négationniste », se référant à ses critiques formulées à l’encontre du Bourgmestre d’Anvers. L’accusation est grave. « Le fait de minimiser l’importance d’une repentance, si tardive soit-elle, en lui attribuant des intentions médiocres, démagogiques et navrantes de stupidité, relève d’une minimisation de l’événement en lui-même », argue Pierre Mertens.

Cette accusation est à l’origine de la plainte pour calomnie et diffamation déposée en janvier 2008 par Bart De Wever à son encontre. Depuis que ce nationaliste flamand occupe une place importante sur la scène politique, des centaines d’articles ravageurs et haineux lui ont été consacrés et, à aucun moment, il n’a entamé de procédures judiciaires. « Or, je ne l’ai jamais traité de fasciste ou d’antisémite. Des tas de gens le font, et il leur fout une paix royale », s’exclame Pierre Mertens. « Cet article ne contient qu’un paragraphe sur le nationalisme flamand », ajoute-t-il. « Tout le reste n’est que le cri plaintif d’un Belge qui regrette la perte éventuelle de son pays ».

En mai dernier, le Parquet de Bruxelles a tracé un réquisitoire écrit de non-lieu invoquant la prescription. Finalement, la Chambre du conseil a décidé de renvoyer l’audience au 13 décembre 2011. Si la demande de Bart De Wever était déclarée fondée, Pierre Mertens ne craindrait pas ce procès. « On me demande chaque fois pourquoi je tiens absolument à être jugé devant une Cour d’assises ? Serait-ce une bonne chose ? Je ne pense pas que ce serait nécessairement une bonne chose, mais seule la Cour d’assises est compétente pour les délits de presse », réagit-il. « Quelle que soit la juridiction compétente, l’essentiel est de rendre justice. La Shoah concerne l’opinion publique dans son ensemble. A cet égard, il n’y a pas meilleure école qu’un tribunal. Si des jeunes gens s’intéressent à cette problématique, ils pourront suivre les audiences. Je déteste les procès, mais tant qu’à faire, qu’il serve au moins à quelque chose ».

Malaise

L’affaire aurait pu suivre le cours de la lenteur judiciaire si entretemps une tribune de Simon Gronowski n’avait pas été publiée dans Le Soir du 21 juin 2011. Cet avocat, ancien président éphémère de l’Union des déportés juifs de Belgique, et échappé du 20e convoi (attaqué par la Résistance le 19 avril 1943) alors qu’il avait 11 ans, s’en prend à Pierre Mertens et lui reproche de traiter Bart De Wever de négationniste. Le débat est légitime et on peut comprendre que Simon Gronowski et d’autres considèrent que les propos inacceptables de De Wever ne peuvent être rangés dans la catégorie négationniste. Il n’empêche que la tribune de Simon Gronowski suscite le malaise. On a le sentiment qu’il porte un coup fatal à Pierre Mertens et qu’il néglige la dimension douteuse des propos de Bart De Wever.

Edouard Jakhian, ancien bâtonnier de l’Ordre français des avocats du barreau de Bruxelles et proche des deux hommes pour lesquels il a un profond respect, résume bien le problème déchirant que pose l’intervention malheureuse de Simon Gronowski : « Il a manqué de jugement. Pierre Mertens a raison et il doit être soutenu dans son combat. Il faut que Simon Gronowski le comprenne. Malheureusement, il suggère que Pierre Mertens est téléguidé par des partis politiques francophones. Ce qui est faux. Les combats de ces deux hommes sont les mêmes. Ils doivent se rejoindre. Je suis profondément malheureux aujourd’hui ».

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