Une fois encore, la Terre sainte s’affirme comme le lieu de toutes conversions. Et, depuis Saul sur le chemin de Damas, peu ont été aussi spectaculaires que celle de l’actuel Premier ministre israélien.
« Réduire les grands monopoles va permettre de réduire les prix et d’améliorer la qualité des services ». Quel est le trotskiste ménopausé qui tient ce discours en cette belle journée du 22 février 2012 ? Nul autre que Yuval Steinitz, le ministre des Finances.
À côté de lui, Stanley Fischer, gouverneur de la Banque d’Israël, et Benjamin Netanyahou hochent la tête avec approbation. Et les journalistes stupéfaits voient les cieux s’entrouvrir et les anges de l’Eternel sonner de la trompette.
Miracle ! L’actuel Premier ministre a vu la lumière ! Il le dit, de sa propre bouche, avec ses propres mots : « Il faut promouvoir la compétitivité, c’est le meilleur moyen de booster la croissance économique du pays ».
Il l’avait déjà assuré en août 2011 : « Je comprends qu’un changement de ma vision est impératif », mais nul ne l’avait cru. Logique : chaque fois qu’il a été au pouvoir, B. Netanyahou a mis en œuvre l’ultralibéralisme le plus sauvage.
Au point que sa politique économique de 1996 à 1999 puis de 2003 à 2005 lui a valu de flatteuses et méritées comparaisons avec Margaret Thatcher et Boris Eltsine. Comme la première, il a remis de l’ordre dans la hiérarchie sociale : les riches plus haut, et les autres plus bas.
Et comme le second lors de la chute de l’URSS, Netanyahou a littéralement offert des pans entiers de l’économie à l’équivalent de ceux qu’on nomme en Russie les « oligarques », synonyme poli de « magouilleurs crasseux ».
Résultat, celui que des gens ne comprenant rien aux lois du marché surnommaient « le faiseur de pauvres » a réduit un bon quart de la population israélienne à la misère et écrasé la classe moyenne sous les charges.
Mais, par un subtil phénomène de vases communicants, il a aussi permis à une dizaine de familles de gagner des milliards et de concentrer entre leurs mains un pouvoir économique sans équivalent de par le monde.
Monopoles bancaires, monopoles dans la grande distribution, dans les télécommunications, les assurances, le marché de l’essence, celui du gaz naturel… Tout ce qui compte… et rapporte est aux mains de quelques personnes qui en font bien sûr le meilleur usage. Pour eux.
« Brûle ce que tu as adoré. Adore ce que tu as brûlé »
Revenu aux affaires en 2009, Netanyahou continuait à ressembler fort au futur Saint Paul. Tout comme celui-ci s’apprêtait à persécuter les chrétiens, le nouveau Premier ministre concoctait gaiement un nouveau train de privatisations, de taxes et de réductions d’aides.
C’est alors que, sans prévenir, la colère populaire se manifesta. Et comme Clovis, autre converti célèbre, il « brûla ce qu’il avait adoré et adora ce qu’l avait brulé ». Non, les monopoles ne sont pas une bonne chose. Ni la concentration de pouvoir qu’ils suscitent
Oui, ils nuisent à la compétitivité. Et entrainent des hausses de prix injustifiées. Et des baisses de salaires stupides. Non, ce n’est pas une bonne idée de réduire les classes moyennes à la misère. Car qui consommera ce que l’économie produit ? Et ainsi de suite.
Et toutes ces découvertes stupéfiantes se sont donc concrétisées ce 22 février 2012 par un projet de loi : les grands groupes ne pourront plus contrôler de banques. Ils devront faire le tri entre leurs différentes activités.
L’Etat exercera une surveillance sur ces structures pyramidales où un actionnaire minoritaire contrôle une cascade de sociétés. Et même, avant toute privatisation, il faudra obtenir l’approbation de la direction antitrust. Le tout devrait être voté fin mars.
Bien-sûr, ce n’est pas assez. Bien entendu, les oligarques trouveront les moyens de contourner la législation. Evidemment que cela n’améliorera pas la situation des gens avant des années. Mais c’est quand même un événement.
Pensez donc : un gouvernement ultralibéral qui prend en considération la majorité de la population aux dépens de ses riches amis. Hallucinant. Non, en vérité, si l’on est croyant, il n’y a qu’un mot face à un tel retournement : miracle.
Si l’on est athée, il n’y en a qu’un autre : révolution. Par contre, si on est cynique, on a droit à toute une phrase : est-ce qu’il n’y aurait pas des élections anticipées dans l’air, par hasard ?
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