Nette victoire pour Netanyahou

Les membres du Likoud ont tranché* et les chiffres sont sans appel : le Premier ministre actuel l’a emporté avec 75% des voix. Mais son rival Moshé Feiglin n’a pas dit son dernier mot.

Le vainqueur est satisfait et il a raison de l’être. 75% des suffrages, cela ne se discute pas. Benjamin Netanyahou est le champion incontesté de son parti. Y compris dans la durée : c’est la cinquième fois que le Likoud le porte à sa tête.

Si l’on veut nuancer ce triomphe, on peut faire remarquer que, malgré ses exhortations, le Premier ministre n’est pas parvenu à mobiliser ses militants : 48% seulement des « Likoudniks » se sont déplacés pour voter.

B. Netanyahou serait aussi déçu de n’avoir pas atteint l’objectif des 80% qui auraient transformé son succès en raz-de-marée. Surtout, les observateurs notent que lors des précédentes primaires, en 2007, il n’était que chef de l’opposition.

Aujourd’hui, il est Premier ministre, sa cote de popularité est haute et pourtant son score n’a pas augmenté. Moshé Feiglin est, lui aussi, satisfait : « Notre message est désormais enraciné dans le Likoud ».

De fait, quel que soit le parti, un bloc uni de 25% dispose d’une vaste capacité de pression… et de nuisance. Surtout, si le différent entre majorité et minorité porte davantage sur la forme que le fond. Or, Netanyahou et Feiglin sont tous deux pour la poursuite de la colonisation…

Qu’en est-il de la tenue d’élections législatives anticipées ? Le Premier ministre s’est contenté d’un laconique « nous avons le temps » qui n’insulte pas l’avenir. C’est vrai qu’il peut voir venir : près de deux ans le séparent encore de la date prévue d’octobre 2013.

B. Netanyahou pourrait donc en profiter pour mettre « tranquillement » (terme incongru en politique) en œuvre sa politique. Mais il pourrait aussi remettre en jeu son mandat dès octobre de cette année.

S’il gagne ces élections et s’il retrouve son poste, il aura alors une légitimité plus forte face à Barack Obama. Si ce dernier est réélu en novembre et s’avise de lui « mettre la pression ». Et si l’opposition ne lui met pas trop de bâtons dans les roues.

Car l’autre grand parti candidat au pouvoir, Kadima, vient en effet d’annoncer la tenue de primaires anticipés, fin mars. C’est que son actuelle présidente, Tzipi Livni est, comme B. Netanyahou, contestée sur sa droite.

Si elle l’emporte sur son challenger, l’ancien chef d’Etat-Major, Shaül Mofaz, elle devra encore gérer l’entrée en politique du très populaire Yair Lapid** qui chasse sur ses terres. S’il la rallie ou si elle le neutralise, T. Livni pourra aussi rêver du pourvoir. Si…

Tout cela en sachant que ces jeux politiciens peuvent à tout moment être interrompus par une crise régionale (avec le Hamas ou le Hezbollah) ou un conflit majeur avec l’Iran… Dans tous les cas de figure, B. Netanyahou n’aura guère le loisir de jouir de sa victoire.

*Voir l’article : « L’homme qui fait passer B. Netanyahou pour un modéré » (http://www.cclj.be/article/2/2734)
**A ce sujet, lire : « Yaïr Lapid, la possibilité d’un espoir » (http://www.cclj.be/article/2/2717)

 

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