Depuis que 27 pilotes de chasse ont annoncé leur refus de participer à des opérations de liquidation de terroristes palestiniens en raison des pertes civiles collatérales trop importantes qu’elles provoquent, le débat sur le refus sélectif de servir dans l’armée est relancé en Israël.
Les militants de Shalom Archav sont souvent interpellés par cette problématique. Ils sont même sommés de prendre position : pour ou contre? Curieusement, cette exigence émane de deux camps diamétralement opposés mais qui partagent un malin plaisir à tirer à boulets rouges sur la gauche sioniste.
Ils veulent une réponse, ils l’auront. Aux inconditionnels d’Ariel Sharon et de sa politique absurde, il convient de rappeler que ces refuzniks ne font que réaffirmer les valeurs éthiques que le sionisme véhicule. L’armée d’un pays démocratique comme Israël a besoin d’hommes qui ont le courage de défendre leurs principes moraux. La hiérarchie militaire l’a bien compris en ne chassant pas ces hommes de l’armée et en ne condamnant que certains d’entre eux à des peines légères et symboliques. Comme l’a fait remarqué en 1982 Motta Gour, un ancien chef d’état-major de Tsahal, il faut que nos soldats sachent qu’on peut discuter des aspects moraux d’une opération. On ne met pas sa conscience au vestiaire en endossant l’uniforme. Voilà pourquoi dans la mouvance de Shalom Archav, on ne condamne pas ces refuzniks qui se déclarent toujours prêts à défendre leur pays.
En revanche, cela ne signifie pas pour autant qu’on soutienne leur démarche et qu’on appelle les soldats israéliens à refuser de servir dans les territoires occupés. On peut considérer qu’il est dangereux dans une démocratie que les militaires refusent d’appliquer les décisions adoptées par le parlement et le gouvernement. Cela contribue à saper le processus démocratique. De plus, ce refus d’obéir aux ordres procède de la même démarche que celle des nationalistes religieux qui menacent de ne pas appliquer les ordres éventuels d’évacuation des colonies. Enfin, il est moralement inacceptable que seules les brutes épaisses et les militants ultra-nationalistes soient présents sur le terrain des opérations. Tout le monde le sait, de nombreux officiers et soldats acquis aux idées de la gauche s’efforcent d’appliquer les ordres avec humanité en évitant tout mauvais traitement ou humiliation à l’encontre des civils palestiniens.
C’est à ce moment-là que les antisionistes radicaux apparaissent pour stigmatiser la gauche sioniste par tous les moyens. Le procédé est simple. Il s’agit d’opposer un refuznik à un militant de Shalom Archav en présentant le premier comme le bon Israélien de service et en dépeignant le second comme un suppôt d’Ariel Sharon. Cette sharonisation d’hommes et de femmes qui militent sincèrement pour la paix et contre l’occupation est abjecte. Ils appartiennent tous les deux au camp de la paix mais ils ont choisi des méthodes différentes pour atteindre l’objectif commun qu’ils se sont fixés. De toute façon, les refuzniks perdront tôt ou tard leur statut de coqueluches de cette gauche antisioniste. Comme l’a exprimé l’un d’entre eux de passage à Bruxelles qui s’est fait traité de likoudnik lors d’une conférence en France, les Palestiniens ont une part de responsabilité dans l’impasse actuelle et les attentats sont une des causes de la difficulté à reconstruire un front de la paix en Israël. N’est-ce pas choquant, mon cher Galand?