Non aux traditions qui nous enferment !

Croyants, agnostiques ou athées, les individus respectent tous des traditions. Celles-ci garantissent la cohésion et la pérennité d’une société. En ce sens, les traditions – religieuses, culturelles ou nationales – sont respectables, voire nécessaires. Mais lorsqu’elles contraignent les individus à des croyances et à des pratiques s’opposant aux progrès de la société, elles doivent être remises en question. Le respect des traditions ne peut se heurter à l’émancipation des individus et à l’exercice de leur libre-arbitre. Invoquées pour rejeter les droits humains et les valeurs fondamentales d’une démocratie moderne, ou confondant le droit à la différence avec la différence des droits, elles perdent toute respectabilité.

Les droits de l’homme et de la femme sont universels et indivisibles. Le monde est devenu un village planétaire dans lequel il faut apprendre à vivre ensemble. Ce n’est possible qu’à condition que les femmes et les hommes aient des droits et des devoirs égaux, quelles que soient leur origine, leur sexe, leur culture, leur choix philosophique ou sexuel. Ces principes, consacrés par de nombreux traités internationaux, ne peuvent être réservés à quelques nantis. Ils doivent être accessibles à toutes et à tous, du Nord au Sud. De sorte que le relativisme culturel, selon lequel tout système se vaudrait et tout système serait légitime, nous apparaît comme profondément contestable et discriminatoire. La liberté et l’égalité n’ont pas de couleur de peau ! Nous ne pouvons accepter que des hommes et des femmes vivent dans des conditions que n’accepterions pas pour nous-mêmes.

Si, dans notre société sécularisée, tous les aspects de la vie des individus ne sont plus réglementés par les traditions religieuses, nous constatons que des hommes, des femmes et des enfants sont encore écrasés par le poids de traditions religieuses et culturelles qui non seulement nient la liberté et l’autonomie de l’individu, mais l’enferment dans une communauté repliée sur elle-même où l’altérité est perçue comme une menace. Des mises en garde et des appels au secours nous ont été adressés par des acteurs de terrain confrontés quotidiennement à des remises en cause graves de la laïcité, de la mixité et de l’égalité entre hommes et femmes. Ces dernières sont d’ailleurs les cibles favorites de traditions s’efforçant de les maintenir dans une condition d’infériorité. Les femmes sont soumises à un contrôle social qui les empêche de s’habiller, de circuler, de s’exprimer, de disposer de leur corps et de leur vie comme elles le souhaitent. A cet égard, les traditions religieuses ne constituent pas toujours la source exclusive de ces tensions. Des traditions culturelles et locales des pays d’origine sont également invoquées par certains parents pour imposer le mariage forcé à leur fille ou pour l’empêcher de participer à des activités scolaires et parascolaires mixtes, censées l’ouvrir sur le monde extérieur. De nombreux enseignants éprouvent les pires difficultés à apprendre aux élèves à se défaire des dogmes et des préjugés. Lorsque la discrimination et la misogynie peuvent s’imposer de cette manière, il ne faut pas s’étonner non plus que l’hostilité à l’égard des gays et des lesbiennes contraigne ceux-ci à vivre leur orientation sexuelle dans la clandestinité pour échapper aux violences physiques, verbales et aux humiliations qu’ils peuvent subir.

Contrairement à ce que certains prétendent, l’islam n’est pas la seule religion monothéiste exposée aux interprétations et aux pratiques fondamentalistes ou à l’intrusion de traditions archaïques non religieuses. Bien qu’ils aient fait l’objet de réformes et d’aggiornamento, le christianisme et le judaïsme se heurtent encore à des militants politico-religieux et des dirigeants charismatiques obscurantistes. En Israël comme en diaspora, le fondamentalisme et l’intégrisme gagnent des courants religieux juifs ayant par le passé fait preuve de modération et de pragmatisme. Ils se radicalisent en remettant sans cesse en cause la laïcité et la mixité. Du côté chrétien, les dénonciations fréquentes de la modernité et de ses acquis par les franges réactionnaires de l’Eglise catholique, confortent les adversaires de la libéralisation des moeurs. La multiplication des églises de réveil et leur folklore de pacotille constituent une menace pour la santé mentale et physique de populations précarisées. Elles sont prises en mains par des gourous prétendant guérir des maladies aussi graves que le sida par la prière, le jeûne ou le désenvoûtement.

Nous refusons d’abandonner ces femmes, ces hommes et ces enfants à cet enfermement physique et moral justifié par le respect de traditions dont les contours sont définis par des fondamentalistes. Oui, nous le refusons catégoriquement ! Par-delà nos différences, nous avons décidé d’unir nos forces et d’en appeler à nos concitoyen(ne)s pour dépasser ces traditions et bâtir ce vivre ensemble où les individus pourront s’épanouir en s’ouvrant sur la société qui leur garantit la liberté et l’égalité des droits et des devoirs.

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