Dans une carte blanche publiée dans Le Soir du 15 janvier 2012, le président du CCOJB, Maurice Sosnowski, revient sur la réaction de Jean-Jacques Jespers, président du département de journalisme et communication de l’ULB face à l’interruption du débat sur l’extrême droite auquel Caroline Fourest participait. Jean-Jacques Jespers laissait entendre que par ses écrits critiques à l’égard de l’intégrisme musulman, Caroline Fourest ne devait pas s’étonner que des gens réagissent virulemment en cherchant à l’empêcher de parler.
Monsieur Jespers, dans votre interview publiée dans Le Soir du 9 février, vous faites preuve d’une grande bienveillance envers l’action de Monsieur Chichah et vous préférez rejeter la responsabilité des incidents sur les « positions radicales anti-islam » (non étayées) de Caroline Fourest. J’ai beaucoup de difficultés à l’accepter, mais c’est votre vision des choses. Peut-être un jour aurons-nous l’occasion d’en débattre puisque vous et moi faisons partie de la même maison, l’ULB, là où le libre examen, la libre-pensée et la libre expression sont rois.
Or, à une question qui concernait le risque de remise en question aujourd’hui de ces valeurs ULBistes, vous répondez de façon méprisante « que c’est un procès qu’instruit contre l’ULB un certain type de courant » par des « gens comme Brotchi » et moi-même m’accusant « de laisser entendre que l’ULB serait devenue un lieu antisémite ».
Ceci est une accusation grave lancée publiquement que je vous demande d’étayer ou de vous en dédire, d’autant que vous êtes à la tête de la filière information et communication de l’ULB.
Suite au virulent débat « Dieudonné » qui m’avait opposé à Monsieur Chichah au Janson, j’ai écrit, en m’adressant à celui qui avait été le modérateur du débat, dans une lettre ouverte au CA de l’ULB (publiée dans Le Soir) : « Vous avez laissé la haine du juif se développer dans l’enceinte de l’ULB. » Cela veut-il dire que l’Université est devenue antisémite ?
Bien au contraire. Lors du dîner du CCOJB, dans mon discours devant le Premier ministre, de nombreuses personnalités politiques, académiques et des médias, et après avoir cité des manifestations à caractère antisémite apparues (notamment) à Solvay, je disais : « Sachez que je ne partage nullement l’idée que mon Université ou la Belgique seraient devenues antisémites. L’heure n’est pas à stigmatiser celui-ci ou celui-là, mais d’en appeler à la responsabilité et au courage politique… »
Oui, Monsieur Jespers, j’aime mon Université. Je suis attaché à ses valeurs et à son histoire. Celle des hommes qui, plutôt que de se soumettre, ont décidé de fermer notre Université et de combattre le fascisme.
En homme de conviction, je me suis engagé dans les combats ULBistes récents comme l’avortement ou la problématique de fin de vie.
Mais le citoyen juif que je suis est aux aguets. Il est sensible aux mots. Ces mots qu’une poignée d’écervelés ont prononcés et qui se sont, en quelques années, transformés en cendres pour deux tiers des juifs européens. De là ma vive réaction lors de la conférence « Dieudonné ».
Mon exaspération suite aux propos « borderline » entendus ce soir-là est peut-être mieux comprise aujourd’hui…
Ainsi, je pense très fermement, avec d’autres anciens étudiants juifs et non juifs, qu’à défaut d’une mise au point sans complaisance et sans ambiguïté de la part des autorités académiques, le risque existe que certains esprits médiocres et incapables de renoncer à des amalgames politiques se permettent, assurés d’un sentiment d’impunité, d’introduire et cultiver une forme sournoise d’antisémitisme.
Non, Monsieur Jespers, mon Université n’est pas antisémite, et la saine réaction que l’ensemble de la communauté universitaire a manifestée dès mardi soir face aux manifestations d’intégrisme à caractère fasciste de certains, me rassure sur la fidélité de notre communauté au serment prononcé par les survivants du groupe D (*).
(*) « Nous ne nous laisserons pas frustrer du prix de la victoire par aucun fascisme, par aucune dictature… car autrement nous commettrions vis-à-vis de nos camarades qui sont morts la plus grande des lâchetés. »
Maurice Sosnowski, président du CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique)
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