Notre nouvelle victime : la Malaisie

Trop peu connu, ce petit pays de 29 millions d’habitants, coincé entre la Thaïlande et l’Indonésie. Saviez-vous qu’il était menacé par un double complot, juif et chinois ?  A moins que ce ne soit le même…

Début juillet, environ 20.000 Malaisiens  manifestent à Kuala Lumpur, la capitale du pays afin de réclamer des lois anti-fraude plus strictes pour les législatives de l’an prochain *.  La police disperse sans ménagements les manifestants et en arrête 1.700.

Quand aux organisateurs, ils sont poursuivis  pour « propagation du communisme » et « participation à un complot juif ».  Et comment notre communauté là bas  a-t-elle réagi à cette scandaleuse assertion ?

Par un silence d’autant plus assourdissant que les derniers Juifs à avoir vécu en Malaisie reposent depuis longtemps dans un petit cimetière de l’île de Penang. Ce qui n’empêche  pas de comploter. Les autres Juifs, veut-on dire, ceux de l’extérieur.

Ainsi, lors de la campagne électorale de 2010, l’UMNO, le parti majoritaire, a-t-il démontré  que le chef de l’opposition était manipulé par les Juifs : son conseiller en communication était américano-pakistanais, si ça, ce n’est pas une preuve.

Riposte furieuse de l’opposition : « Le gouvernement a engagé des Israéliens comme consultants !»  Et toc. Sans oublier que les Juifs agissent souvent par procuration.  Et, dans ce pays majoritairement musulman, ils disposent d’une puissante cinquième colonne :

Les Chinois (23% de la population) : une minorité industrieuse, économiquement puissante, soudée… Et appartement à un peuple qui entend d’évidence dominer la planète. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Aussi, Ahmed Ismaïl, un des dirigeants de l’UMNO ne le leur a-t-il pas envoyé dire : « Les Chinois ne doivent pas essayer d’imiter en Malaisie les Juifs d’Amérique, qui, non seulement contrôlent l’économie mais veulent aussi dominer la vie politique ».

Une islamisation  « modérée et moderne »  

Mais d’où vient cette paranoïa anti-juive dans un pays qui n’en compte aucun ? Facile : de Mahathir  bin Mohamad,  qui gouverna la Malaisie d’une poigne de fer  de 1981 à 2003. Réélu  à cinq reprises Premier Ministre, il fit entrer son pays à marche forcée dans le XXIème siècle.

En deux décennies, il modernisa la  Malaisie, la tourna vers  l’ingénierie high-tech  avec des taux de croissance annuels supérieurs à ceux des autres « dragons » asiatiques. En 2002, son pays avait le taux de chômage le plus bas du monde…

Il a aussi pratiqué une politique d’islamisation qu’il voulait « modérée et moderne »  et, après le 11 septembre 2001, il s’est opposé avec violence à Al Qaeda. Mais d’après son opposition, c’était surtout afin de  renforcer son autorité en renforçant la police et en censurant les médias.

Bref, une personnalité puissante, complexe, qui a sans conteste, marqué l’histoire de son pays. Et, ah oui, Mahathir  bin Mohamad était –est toujours-  un antisémite forcené. Et à son sujet, on peut s’épargner la sempiternelle discussion : antisémite ou antisioniste ?

S’il déteste aussi l’Etat d’Israël, c’est sans ambigüité que la haine de Mahathir vise les Juifs. A preuve, ce petit florilège d’actes et de paroles

La liste Schindler : trop de sympathie pour les Juifs.

En 1970, déjà, dans un traité sur l’identité malaise, (« Le Dilemme malais ») : « Les Juifs n’ont pas seulement le nez crochu, ils comprennent l’argent par instinct »  Et : « Les juifs ont toujours été un problème dans les pays européens. Ils devaient être confinés dans des ghettos et périodiquement massacrés. ».

En 1984, il fait annuler une visite de l’Orchestre Philharmonique de New York : il y avait de la musique du compositeur juif Ernst Bloch au programme.  En 86, Mahathir interdit leAsia Wall Street Journal.  Ses propriétaires seraient juifs et conspirent donc contre lui.

En 1993, il fait interdire le film  La liste Schindler  de Steven Spielberg : trop de sympathie pour les Juifs dedans.  En 1997, il déclare : Nous sommes musulmans et les Juifs ne sont pas heureux quand ils voient des musulmans progresser ».

Il termine son dernier mandat en 2003 par un grand discours devant l’Organisation de la conférence Islamique en accusant les Juifs  de dominer le monde « par procuration ». Depuis, même s’il s’est retiré de la vie politique, Mahathir  bin Mohamad  s’exprime encore. 

Ainsi en 2010, a-t-il  déclaré être déçu par Barack Obama, tout en comprenant ses difficultés : « Il y a des forces aux Etats Unis qui empêchent le Président de faire certaines choses. Une de ces forces est le lobby juif ».

Heureusement, grâce à lui et ses successeurs, ce n’est pas en Malaisie que de telles choses pourraient se produire.

* http://www.huffingtonpost.com/rabbi-abraham-cooper/malaysia-anti-semitis…

 

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