Nous étions aussi des étrangers

En raison du message humaniste qu’elle véhicule, Pessah (la Pâque juive) permet aux Juifs de réaffirmer que la liberté est un droit inaliénable de tous les peuples et de tous les individus. Célébrons-nous exclusivement le temps de notre liberté retrouvée, Zman Heroutenou ? Non, car notre histoire, et plus particulièrement celle de la première moitié du 20e siècle, nous rappelle brutalement que Pessah est aussi un cri contre l’indifférence et l’injustice.
Aujourd’hui, des sans-papiers vivent des situations inhumaines en Belgique. Les autorités de ce pays les poursuivent comme des délinquants alors qu’ils sont innocents. Fuyant la pauvreté et l’intolérance régnant dans leur pays, ils ont choisi de s’installer en Belgique. Leur expérience dramatique ne peut nous laisser indifférents. L’écrasante majorité des Juifs de Belgique est issue de l’immigration. En 1939, environ 94% de la population juive du Royaume ne possède pas la nationalité belge. Qu’ils aient fui les persécutions, l’indigence ou plus souvent les deux, ces immigrés juifs sont arrivés démunis et motivés par la quête d’une vie digne et libre. Leur concentration dans des quartiers populaires a fait l’objet de nombreux commentaires vindicatifs. L’insalubrité et l’exiguïté des logements, partagés entre l’atelier et l’hébergement des familles, reviennent souvent dans la description de cette immigration pauvre arrivée dans les années 20 et 30. Cette masse indigente d’immigrés juifs d’Europe orientale bouscule les clichés traditionnels du Juif riche.
Pour bien saisir leur situation peu enviable, on peut consulter aux Archives générales de l’Etat les dossiers individuels de nos parents ou grands-parents ouverts par la Police des étrangers et la Sûreté publique. En tournant ces pages jaunies et fragiles, elles redeviennent matières vivantes, les traces d’une suspicion générale et d’un contrôle tatillon d’étrangers pauvres que les autorités n’apprécient guère. Ils déménagent souvent, ils ne parlent pas le français, ils font du bruit…, autant de précisons peu amènes que l’on peut lire dans tous ces rapports. Ce sont les années 30, et les Juifs font les frais d’une xénophobie qui réveille nombre de préjugés antisémites. Malheureusement, cette suspicion à l’égard des étrangers subsiste dans le traitement actuel des sans-papiers. Comme si cela s’inscrivait dans une jurisprudence non écrite de l’administration belge. Ce n’est pas normal pour une démocratie comme la Belgique. Les grandes nations modernes se sont constituées à partir de vagues d’immigration et ont inscrit dans leur mémoire cette caractéristique. Sur le piédestal de la Statue de la liberté à New York, on peut lire un extrait du Nouveau colosse de la poétesse juive Emma Lazarus : « Donnez-moi vos pauvres, vos exténués qui en rangs serrés aspirent à vivre libres, Le rebut de tes rivages surpeuplés, envoie les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte, De ma lumière, j’éclaire ta porte ». •

N.B. : La Conférence d’examen de Durban II se tiendra à Genève du 20 au 24 avril. Elle est censée évaluer les progrès réalisés depuis la sinistre Conférence mondiale contre le racisme de Durban en 2001. Les progrès sont effectivement considérables : le comité préparatoire est présidé par la Lybie. La vice-présidence est assumée par la République islamique d’Iran. Deux Etats réputés pour leur intolérance à l’égard des minorités et leur allergie à la liberté d’expression. Toute une panoplie d’Etats spécialisés dans les violations des droits de l’homme et les discriminations raciales vont expliquer à la communauté internationale l’essence même du racisme et des droits de l’homme. Pourquoi pas ? Un enseignant bruxellois expose bien ses thèses négationnistes à ses élèves devant un rescapé d’Auschwitz et l’ancien président de la Ligue des droits de l’homme, Dan Van Raemdonck, considère que la démarche de Dieudonné relève de l’art contemporain.

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