Nous sommes aussi des immigrés

Maman : trentenaire un peu débordée

Enfants : Un ptit gars de 7 ans et 9 mois, une blondinette de 4 ans et 8 mois

Le ptit gars : « Ça veut dire quoi en fait “juif” ? »

A l’occasion des 50 ans de l’immigration marocaine fêtés depuis quelques semaines un peu partout en Belgique, j’ai bien sûr pensé à Medhi, à Youcef et à Ahmed, des copains que le ptit gars s’est faits à son club de foot, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du Maccabi, club de sport juif à l’origine qui a compris que l’ouverture était le seul moyen d’assurer son existence.

En voyant les rétrospectives de l’histoire de cette immigration à la télévision, les récits des premiers Marocains arrivés en Belgique en 1964 et parfois repartis au Bled depuis, j’en suis arrivée, pour rendre les choses plus concrètes, à citer ses coéquipiers. J’ai alors vu les sourcils du ptit gars se froncer. Il ne voyait clairement pas le rapport. « Quoi, parce que Medhi, Youcef et Ahmed, ils sont marocains sans doute ? », m’a-t-il lancé, avec un air de « qu’est-ce que tu vas pas inventer ». J’ai bien compris, c’était exactement cela. Je me suis sentie prise au piège. Il n’avait vu aucune différence entre lui et ses copains, en dehors d’un petit accent « rigolo » dont il m’avait parfois parlé, et c’est moi qui venait lui mettre sous les yeux cette distinction entre lui et eux. Quel intérêt ? Etait-ce vraiment nécessaire ?

Mon intention maladroite était pourtant louable. Je voulais lui montrer les similitudes avec la communauté juive, à laquelle le gouvernement de l’époque n’a certes jamais demandé de quitter son Shtetl pour venir travailler en Belgique, mais qui a, comme la communauté marocaine, été obligée de s’intégrer dans une société à l’époque peu désireuse de l’accueillir. Emploi, logement, conditions économiques difficiles, les Juifs n’étaient pas les bienvenus et partagent ce vécu avec les étrangers d’aujourd’hui. Des étrangers qui sont d’ailleurs bien souvent devenus belges pour la plupart, certains ont tendance à l’oublier.

Le ptit gars m’a soudain interrompue en me demandant : « Mais ça veut dire quoi en fait “juif”, je ne sais pas très bien ». J’ai d’abord été touchée par son honnêteté, avant de réaliser qu’un enfant de 7 ans et demi -ou en tout cas le mien-, n’attache peut-être pas la même importance aux critères d’appartenance. J’ai cru bon lui rappeler qu’il était tout de même circoncis, après qu’il eut proposé comme seule preuve de sa judéité : « Je parle un petit peu hébreu ». J’ai trouvé cela tellement beau que j’ai renoncé à revenir aux 50 ans de l’immigration marocaine, à évoquer le racisme et à entrer dans des considérations de couleurs de peau. J’ai cessé là la conversation, gardant en tête ses réflexions, et j’ai pensé très fort : « Pourvu que ça dure ».

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