Nouvelle catastrophe médiatique à l’horizon

Une fois de plus l’occupation met à mal la démocratie israélienne et l’image du pays dans le monde. En cause, cette fois,  la « détention administrative », méthode inique mise en place par les Britanniques.

On était parti pour gloser sur l’accord-surprise entre B. Netanyahou et Sh. Mofaz, le nouveau président du parti centriste Kadima. Plus d’élections anticipées, retour à la date prévue d’octobre 2013. Et entrée de ce parti dans la majorité qui atteint du coup, 94 députés sur 120.

Plus qu’assez pour permettre au Premier ministre de mener la politique -ou la guerre- de son choix. Mais ce « pacte de lâches », comme l’appelle Shelly Yachimovich, la chef des Travaillistes, c’est pour plus tard, après la catastrophe médiatique qui s’annonce. 

En cause, la grève de la faim entamée par les Palestiniens prisonniers en Israël. Un mouvement qui montre que ceux-ci savent de mieux en mieux utiliser les contradictions que la persistance de l’occupation impose à la démocratie israélienne.

Les Palestiniens ne réclament pas la libération de tous les incarcérés, sachant que le sort des tueurs terroristes ne suscitera aucune compassion. Ce contre quoi ils protestent, ce sont d’abord les conditions de détention.

Manière de rappeler que l’Etat juif détient 4.699?Palestiniens dont 138?mineurs de 12 à 16 ans. Et surtout que, depuis 1967, environ 700.000 Palestiniens (dont 12.000 femmes et 10.000 enfants) sont passés par ses prisons.

Et dont les conditions d’incarcération se sont durcies en 2006, en représailles à l’enlèvement de Guilad Shalit par le Hamas : placements en isolement, interdictions de visites, manque de soins… Un bon début, mais pas encore de quoi mobiliser les foules.

D’autant que l’administration pénitentiaire argue, à juste titre, que « les détenus palestiniens sont incarcérés dans le respect de la loi et bénéficient de plus de droits que dans d’autres pays ». De fait, si on compare avec les prisons des voisins…

Mais il reste aux Palestiniens l’argument massue de la « détention administrative ». Une disposition héritée du Mandat britannique (1921-1948). Elle permet d’incarcérer quelqu’un, sans inculpation ni jugement, pour six mois, renouvelables indéfiniment.

Dit autrement, il suffit au Shin Bet par exemple, d’affirmer que tel Palestinien représente un danger pour Israël, mais que son dossier ne peut être divulgué pour raisons de sécurité. Et l’homme est emprisonné pour une durée indéfinie.

Trop peu et trop tard. Comme d’habitude 

Ainsi que l’explique Ran Cohen, membre de l’organisation « Médecins pour les droits de l’homme » : « Le fait d’appartenir à une organisation définie comme terroriste par Israël suffit à justifier une arrestation, sans pour autant prouver que la loi a été enfreinte ». 

C’est ce qui est arrivé à Kader Adnan, militant du Djihad islamique. Il a été arrêté le 17 décembre 2011, Et, l’accusation l’a présenté comme un « terroriste dangereux » qui « mettait  en danger la sécurité d’Israël ».

Israël est un Etat de droit. Si l’homme avait commis ou se préparait à commettre un crime, il aurait fallu le juger et le condamner avec toute la rigueur de la loi. Mais il a juste été mis en détention administrative. Comme 320 autres Palestiniens. Sauf que lui a entamé une grève de la faim.

66 jours et 30 kgs de moins plus tard, le 17 avril de cette année, il a été libéré. Toujours sans jugement. Dans la foulée, 2.000 prisonniers (1.450, de source israélienne) se sont eux aussi lancés dans des grèves de la faim, rejoignant deux autres qui avaient commencé en février.

Selon les médecins, la vie de ces deux hommes, Bilal Diab et Thaer Halahleh (en détention administrative depuis juin 2010), serait en danger grave. Le 7 mai, la Cour suprême d’Israël a cependant rejeté un appel contre leur maintien en prison.

« Une grève de la faim ne peut pas être à elle seule un critère de libération » a expliqué la Cour, tout en attirant l’attention des autorités militaires sur une clause permettant la mise en liberté d’un détenu si « son état de santé était aggravé par son maintien en détention ».

Le juge estime aussi que pour « respecter les droits des détenus sans nuire à la sécurité », leur dossier devrait être examiné par un « juriste agréé par les détenus, qui recevrait l’accréditation de sécurité nécessaire ».

En attendant, la pression médiatique commence à s’alourdir. Supposons -ce qui n’a rien d’improbable- que l’état de santé d’un gréviste se détériore ou même qu’il meure. Israël se retrouverait, une fois encore, au ban de l’opinion internationale.

Sans parler des risques d’émeutes violentes dans les prisons ou de représailles sanglantes des organisations terroristes. Le gouvernement israélien prendra-t-il en compte ces dangers ? Ou, comme d’habitude, fera-t-il preuve d’inertie pour réagir trop peu et trop tard ? 

Itzhak Aharonovitch, ministre de la Sécurité publique, est partisan de « limiter » l’usage de la détention administrative, mais même cette pourtant timide avancée ne semble pas à l’ordre du jour.

Cette catastrophe annoncée met une fois encore en évidence le formidable archaïsme de la pensée politique de la droite israélienne : utiliser des règlementations quasi centenaires pour défendre, comme au 19e siècle un projet colonial en Cisjordanie…

Face à des Palestiniens qui manient de mieux en mieux les armes de la modernité médiatique, il est à craindre que les brontosaures au pouvoir actuellement en Israël aient déjà perdu cette bataille-là. Et les suivantes ne s’annoncent guère mieux.

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