Le 1er Ministre israélien a tenté d’empêcher le Président des États-Unis de conclure un accord sur le nucléaire iranien. Il n’y est pas arrivé. Et, comme on ne change pas une politique qui perd, il espère à présent sur le Congrès faire échec à B. Obama. Et échouera très probablement à nouveau. Une pertinente analyse** du correspondant du Monde aux États-Unis. (Extraits) O.W.
L’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet, négocié directement entre les États-Unis et l’Iran et conclu par les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne (les « 5+1 »), signe l’échec de la politique menée par B. Netanyahou et le lobby américain pro-israélien Aipac* (…)
Yaïr Lapid, un ex-ministre laïc du gouvernement Netanyahou, a qualifié l’issue de la négociation de « plus grand revers en politique internationale de tous les premiers ministres depuis la création de l’État ».
Depuis des années, les Israéliens et leurs médias basculent sans cesse entre l’euphorie qui saisit la plupart d’entre eux chaque fois que leur premier ministre rive son clou à un Barack Obama inquiétant et honni par beaucoup, et la crainte d’un isolement international croissant.
Cette fois, c’est une forme d’abattement qui s’est emparée de nombreux chroniqueurs politiques. Jusqu’ici, « l’Iran s’était coupé du monde. Aujourd’hui c’est Israël qui se précipite dans cette direction » écrit, par exemple, l’analyste Zvi Bar’el.
La « guerre tous azimuts » engagée par Netanyahou et l’AIPAC pour faire échouer la négociation avec l’Iran, est désormais « ingagnable, parce que son objectif est inatteignable », estime un autre analyste, Chemi Shalev :
Même si Obama était mis en échec par son Congrès, les États-Unis ne sont pas seuls signataires de l’accord. Comment imaginer que leurs partenaires occidentaux les suivent dans leur revirement, sans parler de la Russie et de la Chine ? (…)
D’autre part, la capacité d’action militaire d’Israël contre l’Iran, déjà très restreinte, est désormais réduite à néant. Six ans durant, Netanyahou a prévenu : si Obama « capitulait » devant Téhéran, Israël agirait. Or l’accord a été signé, et la menace apparaît inapplicable.
(…) Tout au long de la négociation avec Téhéran, il n’a rien prôné d’autre qu’une capitulation iranienne. C’est ce mantra, dominé par une idéologie où la seule imposition de la force régit l’action politique, qui s’est fracassé.
Pire : il a été jugé dangereux et inopérant par les Américains, puisqu’il n’avait fait jusqu’ici que permettre aux Iraniens de renforcer leur potentiel nucléaire. Israël s’est retrouvé isolé, avec un Parti républicain visiblement en porte-à-faux avec son opinion publique.
La seule victoire de Netanyahou a été acquise auprès de son opinion publique, qui le crédite de sa posture : il est celui qui ose dire au monde l’inaudible vérité. Mais ces réactions montrent aussi combien les Israéliens sont engoncés dans une mentalité où les peurs renforcent toujours plus les propensions les plus belliqueuses (…)
Un 3ème échec pour l’Aipac ?
Le credo central de l’Aipac — en toutes circonstances, l’intérêt d’Israël correspond à celui des États-Unis — s’est lui aussi brisé sur la réalité. Obama a fait de la signature d’un accord avec l’Iran un enjeu de sécurité nationale américain, Netanyahou se positionnant en leader du front du refus.
Or la probabilité la plus grande à ce jour est que l’Aipac ne parviendra pas à mobiliser suffisamment de voix démocrates au Sénat pour aider les républicains à surmonter un veto présidentiel à un vote hostile à l’accord (…)
C’est seulement la 3ème fois que l’Aipac s’oppose frontalement à des décisions de la Maison Blanche. La première, ce fut sous Ronald Reagan, en voulant faire capoter une vente d’avions à l’Arabie saoudite.
Puis, sous George Bush père, lorsque Washington fit dépendre la délivrance de nouveaux prêts financiers à l’arrêt de la colonisation des territoires palestiniens. Les deux fois, l’Aipac a échoué dans son ambition.
Cette fois, la difficulté est encore plus grande. Alors que la population juive américaine est aux trois quarts pro-démocrate, l’Aipac se mobilise sans réserve du côté républicain. Jamais le judaïsme américain n’est apparu si divisé.
Les articles parus dans la presse américaine montrent que les organisations juives divergent dans leur réaction à l’accord. Le rabbin Rick Jacobs, président de la principale obédience religieuse, le judaïsme réformé, a refusé de se prononcer sur le fond, tout en apportant son soutien aux négociateurs.
Son homologue du judaïsme dit conservateur, Jill Jacobs, a déclaré : « Je suis très concernée par Israël, mais je n’ai aucune raison de croire que l’option militaire serait meilleure pour lui. Nous sommes tous effrayés, mais la peur n’induit pas l’adhésion à la force brute » (…)
Désormais, de nombreuses voix s’élèvent en Israël pour obtenir de Washington des « compensations », sous forme d’aide militaire exceptionnelle. Obama a d’ailleurs proposé à Netanyahou de discuter de nouveaux engagements sécuritaires.
Officiellement, ce dernier à refusé l’offre tant que la possibilité de conjurer l’accord n’est pas épuisée. En réalité, Américains et Israéliens en discutent déjà. Dès lundi 20 juillet, le ministre américain de la défense, Ashton Carter, atterrissait à Tel-Aviv. Au Proche-Orient, une nouvelle course aux armements ne fait que commencer.
*Aipac ((American Israel Public Affairs Committee): puissant lobby pro-israélien aux États-Unis
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