Barack Obama a réussi à réconcilier Israéliens et Turcs. Pourra-t-il en faire autant avec le « processus de paix » ? Bien que de nombreux observateurs estiment que le Président américain a renoncé à imposer la paix aux deux parties, il est dans l’intérêt des Etats-Unis de régler le conflit proche-oriental. Obama est donc contraint de poursuivre ses efforts pour que la solution des deux Etats soit adoptée.
Je terminais ma dernière chronique en souhaitant du succès à Barack Obama à la veille de sa visite en Israël. Cela a dû lui porter chance, puisqu’elle aura été couronnée de succès. Il voulait réparer l’erreur commise au début de son premier mandat et conquérir le cœur des Israéliens; son offensive de charme y a pourvu. Il entendait obtenir de son hôte l’assurance qu’il ne lui réserverait pas une mauvaise surprise contre l’Iran; une attaque israélienne en solitaire est désormais difficilement concevable. Il était déterminé à forcer les deux meilleurs alliés de l’Amérique dans la région, Israël et la Turquie, à se rabibocher; c’est fait. Enfin, il semblait décidé à remettre sur les rails le « processus de paix » israélo-palestinien. C’est ce dernier volet qui reste le plus problématique. Il se trouve que c’est aussi le plus important.
Pour la plupart des observateurs, Obama aurait renoncé à imposer la paix au Proche-Orient. S’étant déjà brûlé les ailes une fois, il n’aurait nulle envie de recommencer, tant l’écart entre les parties lui apparaîtrait infranchissable. D’ailleurs, ainsi va l’argument, la région n’est plus ce qu’elle était. Secoué par une vague révolutionnaire dont on ne voit pas la fin, mais dont on se doute qu’elle ne sera point heureuse, ayant perdu beaucoup de ses appâts stratégiques depuis la fin de la guerre froide, et, davantage encore, depuis que les Etats-Unis se sont découvert une superpuissance énergétique, le Proche-Orient fait plutôt peur qu’envie.
Les tenants de cette thèse ont trouvé dans la visite du Président de quoi la nourrir. Certes, dans son discours de Jérusalem, il a eu des mots forts pour décrire les méfaits de l’occupation et la nécessité d’y mettre fin, et réaffirmer son propre engagement en faveur de la création d’un Etat palestinien. Et… c’est tout. Rien sur le cadre de référence de négociations susceptibles d’y conduire, autrement dit sur l’acquis historique accumulé depuis Camp David jusqu’à Annapolis. Rien non plus sur la manière dont les Etats-Unis entendent s’impliquer dans d’éventuelles négociations : honest broker, arbitre (plus ou moins impartial), ou surveillant sourcilleux, décidé à ramener les récalcitrants dans le droit chemin ? Rien, enfin, pour clarifier la position de Washington sur la colonisation des Territoires palestiniens, que la phraséologie diplomatique qualifie rituellement de « contre-productive » (« unhelpful »), ni, encore moins, sur le statut de ces Territoires, qu’Israël, contre le monde entier, s’entête à considérer « disputés » plutôt qu’« occupés ».
Tout cela est vrai, mais ce n’est qu’une partie de la vérité. Il n’y a pas de raison d’imaginer qu’Obama voudra quitter la scène sur un échec aussi colossal que la faillite de ses efforts en début de son premier mandat. L’homme est obstiné, et il l’a prouvé. Ensuite, s’il « pivote » vers l’Asie et se désengage autant qu’il peut du Proche-Orient, il ne saurait oublier que la région a gardé une formidable capacité de nuisance. En finir avec la sempiternelle « question palestinienne », c’est dans le meilleur intérêt des Etats-Unis. Enfin, l’alternative à la paix n’est pas la non-paix, c’est la guerre. Non pas une guerre conventionnelle entre Etats, mais la reprise de la violence terroriste, avec les répercussions qu’on imagine dans les pays voisins, notamment la Jordanie.
Derrière la symbolique dont cette visite a été si riche, le grand marchandage pourrait se résumer ainsi : l’Iran contre la Palestine. Obama a dit en substance à Netanyahou qu’il était déterminé à empêcher Téhéran coûte que coûte de se doter de l’arme nucléaire, y compris en recourant à la force, mais qu’il avait besoin pour ce faire de la coopération de Jérusalem sur la question palestinienne. Et il a laissé derrière lui son Secrétaire d’Etat, John Kerry, connu pour être un chaud partisan de la solution à deux Etats, qui a entamé une nouvelle navette diplomatique dans la région.
La séquence des événements semble se dessiner ainsi. Les Palestiniens ayant renoncé à exiger l’arrêt de la colonisation comme préalable aux pourparlers, un nouveau round de négociations va pouvoir débuter. Il ne débouchera sur rien, Israéliens et Palestiniens ne parvenant même pas à se mettre d’accord sur quoi commencer : la « reconnaissance » d’Israël en tant qu’« Etat-nation du peuple juif » et la sécurité pour les premiers, les frontières pour les seconds. Au bout de quelques mois de palabres stériles, les Américains mettront un plan de leur confection sur la table, fondé sur les différents modèles existants. Les choses sérieuses commenceront à ce moment.
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