Camp de détention, et non de concentration, le Fort de Breendonk a accueilli pendant la Seconde Guerre mondiale quelque 3.589 détenus, opposants idéologiques au régime, anciens combattants, résistants, Juifs… A côté du pèlerinage annuel, les visites des écoles sont une occasion de faire découvrir aux plus jeunes une page importante de leur histoire. Une priorité pour le conservateur Olivier Van der Wilt.
Olivier Van der Wilt est historien, spécialiste de l’Antiquité, mais c’est bien l’histoire contemporaine qu’il enseignera pendant douze ans dans le réseau libre secondaire. L’occasion lui est ensuite offerte d’être détaché au Musée de l’Armée, dans la section 1940-45. La participation aux « Rencontres de la Mémoire » proposées par l’Institut des vétérans – Institut national des invalides de guerre (IV-INIG), avec la visite des principaux lieux d’histoire en Belgique, lui permet de nouer des liens plus étroits avec le monde de la mémoire.
S’il se souvient être venu avec ses élèves à Breendonk, à l’époque où seule la moitié du Fort était accessible, il lui faudra attendre 2003, après les rénovations, pour y être engagé comme conservateur. Ancien détenu du Fort, l’actuel président d’honneur du Mémorial, Roger Coeckelberghs compte en effet sur son apport pédagogique.
La difficulté d’actualiser
Sur les 100.000 visiteurs annuels du Fort de Breendonk, le public scolaire, issu des trois communautés linguistiques du pays, représente près de 70%. Ce qui n’a rien d’un hasard quand on sait qu’outre sa mission de conservation de la mémoire et des bâtiments qui en sont la trace, le Fort doit contribuer à l’éducation à la citoyenneté. « La muséologie de Breendonk a été revue en 2003 pour recentrer le Fort non plus sur l’émotion, mais sur son histoire, à travers des histoires personnelles », explique Olivier Van der Wilt. « Maintenant, qu’est-ce qu’on fait pour que cela ne se reproduise pas ? Ce sont des lieux où des histoires se sont jouées, avec des causes et des conséquences, selon des mécanismes de fonctionnement qui font que des humains deviennent des SS qui frappent, qui battent et torturent… Les jeunes n’écoutent plus un ancien combattant de 90 ans, mais bien quelqu’un de leur âge, dans lequel ils peuvent se reconnaitre. On sent un vrai intérêt et une prise de conscience ».
Le sous-titre « Human Rights Mémorial » confirme que tous les droits de l’homme peuvent être évoqués à Breendonk : de l’interdiction de réunion, de rassemblement, à l’absence de liberté de parole, de culte, en passant par la torture… Depuis plusieurs années, un séminaire* est organisé à l’attention des enseignants pour leur assurer une formation préalable à leur visite avec les classes. Olivier Van der Wilt y anime une discussion autour du thème « Comment devient-on bourreau ? ». « La difficulté est souvent de mettre l’histoire du Fort en parallèle avec l’actualité, comme nous le demandent certains professeurs », poursuit le conservateur. « Le risque est bien sûr l’importation des conflits, la banalisation. Quand je dis : Breendonk = Guantanamo ?, le plus important, c’est le point d’interrogation. On peut effectivement faire certains rapprochements, mais la grande différence est que Guantanamo se passe dans une démocratie qui s’est questionnée sur ses droits moraux et juridiques et que les Etats-Unis ont été les premiers à dénoncer ces agissements, ce qui n’est pas du tout le cas des SS… ».
Olivier Van der Wilt voit dans la proximité du Fort de Breendonk et de la Caserne Dossin l’occasion de synergies à exploiter plus encore. « C’est exceptionnel de trouver en Belgique, à 15km de distance, les symboles à la fois de la déportation raciale et des prisonniers politiques et l’antichambre de l’extermination du peuple juif, liés par la tête pensante qu’était le commandant Schmidt ». Pour en savoir davantage et rendre le plus d’informations accessibles au public, un livre mémoriel sur le Fort de Breendonk sera bientôt en vente, résultat d’un an de travail effectué par deux historiens dans les archives du Service des victimes de guerre, de la Police des étrangers et les archives privées. Il révèle le visage de 2.000 des 3.589 détenus, ainsi que des détails sur chacun d’eux quant aux lieux et raisons de leur arrestation, leur sort après la guerre… L’ouvrage sera présenté officiellement au Sénat le 27 novembre prochain.
* Le prochain séminaire se déroulera le 22 novembre 2012.
EN BREF
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Du 20/9/1940 au 3/9/1944, le « Auffanglager » de Breendonk accueille 3.589 détenus, âgés de 17 à 59 ans
(20-35 ans en majorité). 350 mourront au Fort (dont 170 fusillés et 30 pendus). - 3/9/1944 : les Alliés britanniques pénètrent dans le camp sur la route d’Anvers et libèrent 450 détenus.
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Entre 200 et 300 Juifs seront détenus à Breendonk, officiellement pour non-respect des mesures anti-juives.
56 Juifs rejoindront le 9e convoi (12/9/1942) vers Auschwitz pour compléter les 944 prêts à embarquer
depuis la Caserne Dossin, et atteindre le nombre requis de 1.000 ! - En 2012, une vingtaine de témoins sont encore en vie.
Plus d’infos : www.breendonk.be – Fort de Breendonk, Brandstraat 57, 2830 Willebroek. Tél. 03/860.75.24
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