Du terrorisme aveugle à la tentation de négocier. Les mouvements palestiniens suivent tous un chemin similaire. Pour se heurter à la même intransigeance ?
On n’est pas obligé d’aimer le Mouvement de la Résistance islamique (Hamas). C’est une organisation de tueurs, coupable d’innombrables attentats sanglants, qui ont coûté la vie à des dizaines de civils, hommes, femmes et enfants.
C’est aussi un mouvement intégriste qui prône dans sa charte la destruction d’Israël et l’instauration d’un Etat islamique sur toute la Palestine. Le gouvernement israélien a donc le droit et le devoir de le combattre de toutes ses forces.
Sauf que rien n’est immuable, pas même l’intransigeance meurtrière. Car des mouvements comme le Hamas naissent et grandissent pour des raisons précises. Et suivent des évolutions quasi prévisibles.
Voyez l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Elle aussi a eu une Charte prônant « la destruction de l’entité sioniste ». Elle a commis des crimes aussi monstrueux et nombreux que le Hamas.
Car, à leurs yeux, le terrorisme le plus aveugle était le seul moyen de se faire connaître et entendre. Et, pour le dire avec cynisme, elles avaient raison. Le sang les a fait croître et prospérer.
Et pourtant, l’actuel Président de cette même OLP est aujourd’hui, en théorie du moins, le « partenaire pour la paix » de Benjamin Netanyahou. C’est qu’avec lenteur et difficulté, l’OLP est devenue « adulte ». Tout comme le Hamas.
Il a géré cinq ans la bande de Gaza. Il a mesuré les limites de la violence en subissant la terrible opération Plomb durci israélienne de 2009. Il a vu des partis islamistes « modérés » accéder au pouvoir. Tout cela vous transforme une organisation.
Le Hamas s’essaie donc à une nouvelle stratégie. 1èreétape, la réconciliation avec les frères ennemis de l’Autorité palestinienne (AP). C’est à quoi s’essaie Khaled Mechaal, chef de son bureau politique et « faucon » s’il en fut.
Le voilà qui soutient à présent cette hérésie : « une résistance populaire pacifique ». Il accepte même, quoique du bout des lèvres, l’idée d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Comme l’OLP dans les années 80.
Le moment idéal pour négocier ?
Et avec les mêmes grincements de dents. Car le mouvement est, lui aussi, divisé : il y a le Hamas « en exil », dirigé par Mechaal. Il y a celui « de l’intérieur » dont l’homme fort est Ismaël Hanyeh, Premier ministre de facto de la bande de Gaza.
Et encore la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Quassam. Sans oublier le très écouté groupe des dirigeants prisonniers en Israël. Tous ces gens sont en désaccord sur l’avenir même du Hamas.
Quelle est la démarche la plus efficace pour obtenir enfin un Etat ? Devenir un parti « respectable » et tenter de négocier ? Poursuivre la lutte armée ? D’autant que le Hamas est confronté à un nouveau challenger : le Djihad islamique (v. encadré).
Un mouvement aussi intransigeant qu’il le fut. Le Djihad ne connait que la lutte armée. Il possède sa charte, anti-israélienne à souhait. Il prône un islam sans concessions. Qu’en faire ? Sur ce point aussi, le Hamas est divisé.
Certains sont pour écraser ce concurrent qui menace leur pouvoir. D’autres, comme Ismaël Hanyeh, songent à le récupérer en fusionnant les deux mouvements. Bref, les mouvements palestiniens sont en pleine recomposition, divisés et affaiblis.
Le gouvernement israélien ne se trouve-t-il pas dans la position idéale pour négocier ? Ce n’est pas son avis : il ne négocie pas avec l’Autorité palestinienne. Il ne négociera pas avec le Hamas. Et encore moins, bien entendu, avec le Djihad islamique.
Le message est sans ambiguïté : faites ce que vous voulez, vous n’obtiendrez rien. Donc, tôt ou tard, et, sans doute plus tôt que tard, les Palestiniens en feront le constat. Et ils évolueront à nouveau.
Vers une nouvelle lutte armée. Mêmes causes, mêmes effets. Mais n’est-ce pas le but recherché ?
Le Djihad islamique palestinien (DIP) de son vrai nom a été fondé en 1970 par des Frères musulmans qui jugeaient les autres mouvements palestiniens trop modérés. Contrairement au Hamas ou à d’autres, il n’a jamais mis en place de réseau caritatif.
Et pas davantage participé à la vie sociale ou politique de son peuple. Le DIP se veut un groupe islamiste et révolutionnaire tout entier consacré à la lutte contre Israël. En 1987, alors qu’il n’était qu’un groupuscule, ses dirigeants ont été expulsés au Liban.
C’est là qu’ils ont noué des contacts avec le Hezbollah et donc avec l’Iran. Des liens qui se sont resserrés lorsqu’ils ont établi leur QG à Damas en Syrie. Mais le Djihad islamique n’a commencé à jouer un vrai rôle sur la scène palestinienne qu’en 2007.
Quand le Hamas a dû, bon gré mal gré, se consacrer en priorité à la gestion de la bande de Gaza. Et a pris de l’ampleur, lorsque, après l’opération « Plomb durci » de 2009, celui-ci a été contraint d’accepter et de garantir une trêve avec Israël.
Du coup, tous ceux qui étaient frustrés de combats contre l’Etat juif ont rejoint en masse le DIP. Lequel a aussi remplacé le Hamas dans les bonnes grâces de la Syrie et de l’Iran. Grâce à eux, il disposerait de redoutables moyens militaires.
Le Djihad islamique revendique à présent pas moins de 8.000 combattants et 10.000 sympathisants. Même si ces chiffres sont exagérés, ils inquiètent assez le Hamas pour qu’il envisage une éventuelle fusion avec lui.