« Omar m’a tuer »

Une phrase, une courte phrase qui aura fait basculer la vie d’un homme. Omar Raddad, le jardinier marocain de Ghislaine Marchal. Une phrase clé reprise comme titre du dernier film événement de Roschdy Zem, « Omar m’a tuer ». Avant-première ce soir au Brussels Film Festival. Sortie en salles le 14 septembre 2011.

24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa, à Mougins, dans le sud de la France. Des lettres de sang accusent Omar, le jardinier, avec une phrase qui défrayera la chronique « Omar m’a tuer ». Quelques jours plus tard, ce dernier sera écroué à la prison de Grasse, avant d’être jugé et condamné à 18 ans de réclusion…

Mais l’histoire n’est pas si simple. Ghislaine était une femme cultivée qui n’aurait probablement pas commis cette faute de participe, Omar la considérait comme sa propre mère. Le coupable évident, calme et sérieux, est aussi analphabète, et son avocat Jacques Vergès ne cessera de remettre en cause les éléments de preuve, en vain. Le verdict sera implacable. Omar Raddad purgera 7 ans de prison avant d’être gracié partiellement par le président de la République Jacques Chirac.

En pleine polémique, l’écrivain Jean-Marie Rouart décide d’enquêter lui aussi sur l’affaire. C’est d’ailleurs l’écriture de ce livre que le réalisateur Roschdy Zem choisit d’intégrer à la trame de son film, qui se partage entre le processus judiciaire qui accuse Omar Raddad (Sami Bouajila) et le combat de l’écrivain (Denis Podalydès).

D’emblée, le parti pris de Roschdy Zem est clair, et ne laisse aucune place à ceux qui croiraient Omar coupable. Si tout ce que nous montre le film est documenté, certains regretteront que les extraits reconstitués du procès ne soient qu’à décharge. Les témoins choisis aussi, comme les avocats ayant droit au chapitre. Omar est innocent, et cette vérité est insupportable. Sami Bouajila, en Omar Raddad, est magistral, ajouté au fait qu’il lui ressemble de façon étonnante. Difficile donc ne pas sortir de la salle révolté par cette terrible affaire judiciaire, la plus médiatisée des années 90, toujours en cours, puisque le jardinier, actuellement interdit d’exercer, continue de se battre pour être réhabilité. C’est aussi sans conteste les failles de la Justice que le film de Roschdy Zem tente de mettre en avant, l’accumulation de doutes devant profiter à l’accusé ayant curieusement ici débouché sur un verdict de culpabilité.

Jacques Vergès avait évoqué en son temps une « seconde Affaire Dreyfus », propos que beaucoup avaient jugé excessifs. Toulon était certes à l’époque un fief du Front national, mais on ne peut croire que les seules origines du jardinier (et les soutiens dont jouissait la famille Marchal) suffisent à faire d’un innocent un coupable. A moins qu’il ne soit vraiment coupable ?

Infos : www.brusselsfilmfestival.be 

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