Optimisme et amertume

Alors que les Israéliens commémorent l’anniversaire de la création de leur Etat, ceux qui ont souhaité la réussite du processus de paix ne peuvent dissimuler un sentiment mêlé d’optimisme et d’amertume. Depuis longtemps, le camp de la paix, constitué de la gauche israélienne, s’est attelé à un travail pédagogique en expliquant aux Israéliens que les difficultés existentielles d’Israël ne sont pas dues à la haine que les Arabes leur voueraient mais à l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza depuis 1967. Cette occupation, qui a transformé l’Etat des Juifs en appareil de domination du peuple palestinien, va à l’encontre des intérêts vitaux d’Israël. Le camp de la paix s’est acquitté de cette tâche avec succès en convainquant la majorité des Israéliens. Pour ce faire, il a pris des risques et a fait preuve d’audace. Il a surtout pu s’appuyer sur des généraux comme Yitzhak Rabin, Ehoud Barak et Amram Mitzna aujourd’hui, qui ont assumé une responsabilité directe dans la défense d’Israël, et que personne ne peut accuser d’être des pacifistes bêlants ignorant les problèmes de sécurité.
Si aujourd’hui 70 % des Israéliens condamnent l’occupation et acceptent la création d’un Etat palestinien viable, il faut en attribuer le mérite au camp de la paix israélien. En revanche, l’optimisme cède vite la place au pessimisme quand on sait que cette même majorité d’Israéliens soutient Ariel Sharon et son gouvernement qui s’accroche avec obstination au maintien de l’occupation. En effet, tous ces Israéliens considèrent que tant que les Palestiniens ne comprendront pas que la violence ne leur apporte rien, ils ne confieront pas le pouvoir à la gauche israélienne et s’en remettront à un homme qui ne fera pas de cadeaux aux Palestiniens. C’est incroyablement injuste mais c’est une réalité qu’il faut garder à l’esprit : le sort du camp de la paix israélien est intimement lié à la diminution ou à la poursuite des violences armées palestiniennes.
Faut-il pour autant désespérer de la paix? Non, car il existe aujourd’hui des éléments sérieux qui peuvent permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de sortir de l’impasse. Du côté israélien, Amram Mitzna, le chef de fil des Travaillistes, a clairement défini une alternative à l’immobilisme politique du gouvernement Sharon et s’est engagé à ne plus jamais transformer son parti en annexe du Likoud. Une délégation européenne des Amis de Shalom Archav l’a rencontré en Israël et a constaté à quel point cet ancien général est déterminé à achever la mission entamée par Yitzhak Rabin s’il doit exercer une quelconque responsabilité. Du côté palestinien, l’entrée en scène de responsables politiques qui ont reconnu que l’intifada armée a détruit le camp de la paix israélien est un bon signe. Si Abou Mazen lutte efficacement contre le terrorisme, le gouvernement israélien devra en échange faire un geste fort. On découvrira alors enfin le vrai visage d’Ariel Sharon. Est-il le de Gaulle israélien ou bien demeure-il fidèle au Grand Israël, aux colonies et aux avant-postes illégaux qu’il laisse se développer encore aujourd’hui? Il ne peut écarter une occasion qui ne se présente pas tous les jours. On ose espérer que les Américains auront la clairvoyance d’exploiter leur victoire en Irak pour imposer la «feuille de route» aux deux protagonistes.

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