Oui à la paix, pour sauver le sionisme

Il faudra le répéter fréquemment, le soutien que nous apportons à l’organisation israélienne Shalom Archav (La Paix maintenant) n’exprime ni le défaitisme ni le soutien au terrorisme palestinien. Non seulement ce dernier retarde considérablement la paix, mais il ne donnera jamais la victoire aux Palestiniens. Les bombes des terroristes palestiniens isolent chaque jour les Israéliens qui croient en une paix négociée, en les plaçant dans une situation moralement intenable. En menaçant de mort toute la population israélienne, les attentats renforcent son hostilité et son intransigeance. Ils n’aboutissent qu’à une spirale infernale de meurtres et de représailles sans issue. Les militants de Shalom Archav en sont tout à fait conscients. C’est pourquoi ils ne cessent d’expliquer haut et fort que la force ne résoudra rien et que les attentats qui frappent des civils israéliens sont scandaleux.
Si nous nous mobilisons pour soutenir Shalom Archav, c’est avant tout pour exprimer notre attachement à Israël. Cette organisation israélienne défend en effet un projet authentiquement sioniste qui doit permettre à Israël de rester à la fois juif et démocratique. En acceptant de séparer la société israélienne d’une société palestinienne indépendante, Shalom Archav ne se borne qu’à réaffirmer le principe, vieux d’un demi-siècle, du partage d’une terre dont les deux peuples sont convaincus d’en être les propriétaires légitimes. Ce partage, qui implique nécessairement la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, n’est pas une idée dangereuse diffusée par une poignée de Juifs honteux et antisionistes. De la génération des Pères fondateurs jusqu’à nos jours, des tas de responsables politiques israéliens ont défendu avec conviction cette idée qui est fidèle au réalisme et au pragmatisme dont a fait preuve le mouvement sioniste lorsqu’il était confronté à des questions cruciales pour son existence.
Or, la poursuite de l’occupation des territoires palestiniens met sérieusement en péril l’idéal sioniste qui n’a jamais eu pour objet la domination d’un autre peuple par la violence. Ceux qui souhaitent maintenir ces territoires sous souveraineté israélienne ne peuvent ignorer que cela suppose l’absorption de millions de Palestiniens. En raison de leur soif d’indépendance et de leur importance démographique, cette absorption menace la sécurité et le caractère juif de l’Etat d’Israël. Les partisans du Grand Israël, comme Benny Elon (Unité nationale) et Effy Eittam (Mafdal), le savent et sont d’ailleurs prêts à en payer les conséquences, même les plus désastreuses : soit faire des Palestiniens des résidents de seconde zone n’ayant ni les mêmes droits ni le même statut que les citoyens israéliens, soit les expulser massivement s’ils n’acceptent pas de vivre sous cette forme d’apartheid. Il ne faut pas être un spécialiste du droit international pour comprendre que cette dernière option entraînera une convocation immédiate de ses exécutants devant la Cour internationale de La Haye.
Seul le combat pour la paix sauvera le sionisme car dans la perspective d’un accord de paix comprenant la création d’un Etat palestinien, les Israéliens ne seront plus accablés de la nécessité de dominer un autre peuple, d’avoir à se soucier de ses ambitions politiques et de son taux de natalité, de souffrir du conflit de conscience entre démocratie et judéité.

P.S. : Je salue le retour d’Olivier Boruchowitch, notre rédacteur en chef, qui revient d’une année sabbatique aux Etats-Unis où il a poursuivi des recherches pour son doctorat en philosophie. Je remercie très chaleureusement Dan Kotek pour l’intérim qu’il a assuré. Son dynamisme et sa créativité, qui laisseront à Regards une empreinte durable, lui ont permis de remplir cette tâche avec brio.

]]>