Oui, la paix est possible !

La Libre Belgique du 27 février 2002

Le Centre Communautaire Laïc Juif, une fois de plus, tient à faire part de son inquiétude. 18 mois. Plus de 1.000 morts Palestiniens et Israéliens. Une fracture qui n’a jamais semblé si profonde. Une violence à laquelle nul ne paraît plus être en mesure de mettre un terme. Une radicalisation des positions qui hypothèque toute perspective d’avenir. Voilà le bilan que nous pouvons tirer de cette deuxième intifada. Et le motif de notre angoisse.

13 septembre 1993, jardins de la Maison blanche, Washington. Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sont réunis autour de Bill Clinton pour signer un compromis historique : l’heure de la reconnaissance mutuelle est arrivée. Après 50 ans de guerre et de souffrance, Israéliens et Palestiniens semblent enfin prêts à enterrer la hache de guerre. Ce n’est qu’un début, certes, mais un début prometteur, que nous, au CCLJ, attendions et espérions depuis bien longtemps. Et que nous préconisions, en des temps où cela, dire le nom de l’Autre et lui reconnaître ses droits élémentaires, revenait à être qualifié de « traître » par son propre camp. 1993, une bouffée d’espoir. La marche vers la paix…

Janvier 2002. Les attentats en Israël deviennent quasi journaliers : la terreur a repris ses droits. Et dans des proportions inédites, jamais vues. L’horreur au quotidien. D’autre part, l’occupation des territoires palestiniens n’a jamais été aussi brutale, si inique : maisons détruites, assassinats extrajudiciaires qui se multiplient, mise à mal de la légitimité de l’Autorité palestinienne… Devant un tel gâchis, un tel carnage, le seul mot qui parvienne à sortir de notre gorge est : Stop ! Assez de sang, assez de violence, assez de haine, assez de morts.

Nous vous en conjurons, peuples et dirigeants d’Israël et de Palestine, reprenez le chemin de la discussion. Laissez les armes au vestiaire et remettez-vous à la table des négociations. Il n’y a pas d’autre issue à votre sanglante confrontation que d’arriver, et vite, à une solution politique.

Israël, n’es-tu pas assez fort pour comprendre qu’un peuple qui en occupe un autre ne saurait être en paix avec lui-même ? Ne sais-tu pas que la Justice veut que les Palestiniens aient enfin leur Etat, aspiration tout aussi légitime que l’est notre mouvement de libération nationale, le sionisme ? Ta politique de punition collective est absurde et ne garantit en rien la sécurité de ton peuple.

Autorité palestinienne, ne pensez-vous pas qu’il est plus que temps de mettre un terme à la campagne de terreur qui vise Israël et ses citoyens, à la mort injustifiée de centaines de civils innocents, par les attentats suicides et autres voitures piégées ? Nous vous demandons de mettre tout en oeuvre, et beaucoup plus que vous ne prétendez le faire, pour arrêter ces actes barbares.

De manière claire et nette, nous appelons les deux parties à reprendre le chemin des négociations. Et pas besoin pour cela de préalable. La violence entraîne la violence. La meilleure façon de faire cesser la terreur dont sont victimes Israéliens et Palestiniens est de casser ce cycle infernal. Et non pas de mettre constamment de l’huile sur le feu. De part et d’autre.

Au cercle vicieux du désespoir et de la mort, nous préférons le cercle vertueux de la solution politique : demain, rencontrez-vous. Décidez de créer un Etat palestinien viable et doté d’une véritable continuité territoriale. Et ensuite, d’Etat à Etat, négociez, sur base de l’ensemble des règles de droit international pertinentes et de votre idée de la Justice, les points sur lesquels un compromis est encore nécessaire : les frontières définitives, Jérusalem et une solution juste et équilibrée en ce qui concerne les réfugiés. Et si cela s’avère nécessaire que la communauté internationale vienne en aide aux bonnes volontés de la région.

Mais au-delà de tout cela, la condition nécessaire à l’éclosion d’une paix véritable entre Israéliens et Palestiniens sera la capacité qu’auront les hommes et femmes d’Etat des deux côtés à rallier une majorité de leurs peuples respectifs à cette cause. Dans cette perspective, c’est de toutes ses forces que le CCLJ soutient la création de la «Coalition israélo-palestinienne pour la paix » que Yossi BEILIN et Yasser Abed RABBO sont venus présenter à Bruxelles, le 7 février dernier. Nous nous associons à leur démarche constructive et les appuierons chaque fois que cela sera nécessaire. En tout cas, nous prenons les contacts nécessaires à la mise en place d’une telle coalition à Bruxelles, pour relayer le combat des forces de la Paix israéliennes et palestiniennes.

C’est pourquoi, nous au CCLJ, nous sommes prêts, une nouvelle fois, à retrousser nos manches. A aller sur le terrain, à rapprocher les points de vue, à oeuvrer pour rendre à nouveau possible l’espoir de la Paix. Et restons convaincus que, comme il y a 20 ans et loin de ceux qui crient au loup et attisent la haine, l’Histoire nous donnera raison. N’oublions jamais cette phrase d’Yitzhak Rabin : Mieux vaut les douleurs de la paix que les agonies de la guerre.

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