Alors que le Front National devient le 1er parti de France, savoir s’il est ou non antisémite devient d’une actualité brûlante. Encore faut-il savoir de qui on parle : des dirigeants, des cadres, des militants ou de son électorat ?
Pour une fois, on a presque eu pitié de Roger Cukierman, le président du CRIF sur qui tout le monde est tombé, fin février, quand il a tenté de distinguer Marine Le Pen « irréprochable personnellement », de son parti empli de « négationniste, vichystes, pétainistes »
Maladroite dans l’expression, l’analyse n’est pourtant pas fausse : ni MLP ni son équipe ne tiennent de propos antisémites. Pour nombre de raisons dont la 1ère est peut-être simplement que, à l’inverse de son méprisable père, la présidente du FN n’a rien contre les Juifs.
Une autre pourrait ressembler à la remarque indignée d’un commerçant d’une station balnéaire très fréquentée par les Juifs : « Antisémite, moi ? En pleine saison ? ». Car, comme on le sait, pour le FN, les affaires battent leur plein.
Dans ce contexte, être reconnu comme un parti « normal » par les institutions juives leur donnerait un brevet d’honorabilité d’une valeur inestimable. Enfin, les dirigeants du FNsont des gens froids, rationnels, résolus à accéder au pouvoir.
Ils savent parfaitement que, au contraire du rejet de l’islam ou de l’homophobie, l’antisémitisme n’est pas très porteur en voix. Ceci étant, ils ne sont pas seuls à la direction du parti : s’y trouvent aussi les anciens qui n’ont, eux, rien appris ni rien oublié.
Le Pen père, bien sûr, Bruno Gollnisch, quelques autres dinosaures qui continuent à bavoter sur la collaboration, la guerre d’Algérie, le complot judéo-maçonnique, la mainmise sioniste sur le monde. …
On trouve aussi tant parmi les cadres que chez les candidats aux diverses élections, un bon tas de gugusses incapables de dissimuler leur haine raciste et antisémite et que la direction ne punit guère. En tous cas, pas autant qu’elle le prétend.
Ainsi, aucune sanction n’a-t-elle été prise* contre Marie d’Herbais, candidate aux municipales de 2014 qui, en un raccourci saisissant, écrit sur Facebook que « l’islam est l’instrument de la juiverie internationale. »
Ni contre cet autre candidat aux municipales, Jean-Michel Moulun, qui a mis sur FB une vidéo insultant la journaliste Ruth Elkrief, qualifiée entre autres amabilités de « judéo-journaliste ».
Aucune sanction non plus contre Bruno Lalouette (candidat aux législatives de 2012) qui notait en 2013 sur son blog : « si vous aviez deux neurones, vous comprendriez que c’est le concept même de « peuple élu » qui a généré par opposition l’idéologie de « race supérieure »
« Libre de tout dictat judéo-maçonnique ».
Rien contre Jérôme Boudet, lui aussi candidat aux législatives, qui illustre sa page FB avec la célèbre affiche de l’exposition Le Juif et la France qui eut tant de succès dans la France de Vichy. Au nom de la liberté d’expression, sans doute.
Rien non plus contre Yannick Guyard qui dans un tweet appelle les Français à redevenir « un peuple libre de tout dictat judéo-maçonnique ». Ni contre Florent Braun : «le combat universel, intemporel et naturel pour le genre humain contre la vermine circoncie a pour but final de les détruire» (Facebook.).
Pas davantage contre le candidat, Xavier Sainty, « crooner » de son état et qui, dans un texte beau comme du Dieudonné, explique pourquoi il n’est pas devenu le Sinatra français: « un producteur juif m’a dit « comme tu n’es pas juif, tu n’auras jamais droit aux télés, aux radios car nous avons l’argent et tout nous appartient »
Par contre, mi-février, le FN a exclu Alexandre Larionov, candidat dans l’Aveyron qui avait multiplié sur FB des tirades comme : « Dans leur religion, y a marqué en noir sur blanc que toutes les autres races, c’est des esclaves pour eux. Ils méritent d’être tué comme ils ont tué Jésus »
Tout en expliquant que ces propos avaient été tenus avant que Larionov devienne membre du parti, la direction du FN a répété sa position officielle : «Nous ne pouvons pas accepter des propos à caractère discriminatoires ou xénophobes».
Les militants FN n’ont pas ces états d’âme : en 2014, des enquêtes de l’IFOP** montraient que les stéréotypes antisémites étaient deux fois plus répandus chez eux que dans le reste de la population.
Ainsi étaient-ils 38% (contre 16%) à penser que « Les juifs sont trop nombreux en France», 47% (contre 22%) que « les Juifs «contrôlent les médias», etc. Et les électeurs du FN qu’en pensent-ils ?
Comme tous ceux qui rêvent de les faire revenir à la raison, le répètent à juste titre, il n’y a pas 30% de racistes, d’homophobes ou d’antisémites en France. D’autre part, la majorité des électeurs FN ne sont pas du tout affectés par ces accusations avérées lancées contre lui.
A leurs yeux, le racisme est un « point de détail » du programme de Marine Le Pen. Ils votent pour elle parce qu’elle propose d’autres solutions, parce que tous les autres partis ont échoué et que c’est donc, en quelque sorte « à son tour » .
Et les Juifs ? D’aucuns pensent avoir en commun avec elle la détestation de l’islamisme et/ou de l’Arabe. Ils ont apprécié ce qu’elle leur a dit en mai 20014 : « Non seulement, le FN n’est pas votre ennemi, mais il est sans doute dans l’avenir le meilleur bouclier pour vous protéger »
Reste, comme disait ce bon Charles Pasqua, que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Et que les Juifs auraient bien tort de de soutenir voire de voter pour un parti qui attirent comme un aimant les racistes de tous poils, antisémites ou non.
* http://www.marianne.net/agora-au-fn-antisemitisme-continue-100231592.html
http://www.liberation.fr/societe/2014/11/17/l-antisemitisme-incruste-a-l-extreme_1144971
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