Palestine : l’Etat dont il ne faut pas prononcer le nom

Comment, en quelques mots, le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, veut empêcher la Palestine d’exister.

Pendant qu’on observait le retentissant succès des « ultras » aux élections internes du Likoud, on négligeait un peu son partenaire, Israël Beteinou. Heureusement, son chef, Avigdor Lieberman, est aussi ministre des Affaires étrangères.

Cela lui permet de rappeler que son parti défend aussi bien, sinon mieux, les colons de Cisjordanie que la droite « classique ». A preuve, il vient d’ordonner aux diplomates israéliens de censurer la correspondance qu’ils reçoivent.

A partir de dorénavant, ils devront renvoyer à l’expéditeur tout texte, lettre ou document contenant des termes « portant atteinte aux droits légitimes d’Israël » ou « contenant de la propagande anti-israélienne ».

Exemple d’expressions interdites : « Palestine », « Etat de Palestine », « territoires occupés », etc. Toutefois, par souci de pédagogie, les diplomates joindront un petit lexique aux documents rejetés.

Il contiendra les mots qu’il convient d’utiliser pour parler de ce lieu : « Israël », « Etat d’Israël », « territoires disputés » ou, à l’extrême rigueur « territoires de l’Autorité palestinienne ».

Si, comme c’est plus que probable, l’ONU accepte la Palestine comme « Etat non-membre », M. Lieberman l’apprendra par les médias. Pas question d’accepter un document officiel notifiant cette décision.

De la sorte, l’Etat dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom n’aura obtenu aucun statut de quelque Assemblée que ce soit. A ce stade, on est proche de la « pensée magique » que décrivait Freud*, un bon sioniste pourtant.

A savoir (en très simplifié), une forme de névrose obsessionnelle basée sur la mise en place de rituels destinés à conjurer une pensée -ou une situation- potentiellement mortelle. Si on ne lit, ne voit ou n’entend pas le nom « Palestine », celle-ci ne présente aucun danger, elle n’existe pas.  

On entend déjà la très irritée réplique de la droite : « Et en face, ils en parlent, d’Israël ? Ils le reconnaissent ? Ils ne l’indiquent même pas sur leurs cartes  de géographie ! » Très juste. Entièrement exact.

Mais Israël doit-il nécessairement être aussi borné (aveugle, cruel…) que ses ennemis ? Ses dirigeants ne seraient-ils pas plus avisés de regarder la situation en face ? Même si elle ne s’accorde pas avec leur idéologie ? Certains appellent cela : principe de réalité.                 

Mais ce sont sans doute aussi des mots que M. Lieberman interdit de prononcer.

*Sigmund Freud : Totem et tabou. 1913

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