Paul Ambach « La musique est mon passeport »

Passionné de Blues, de Gospel et de Soul Music, interprète, musicien, « self made man » comme il aime se définir, Paul Ambach, alias « Boogie Boy » a côtoyé les plus grandes stars du showbiz en organisant leurs concerts en Belgique, et en se produisant lui-même à travers le monde. Son truc, outre un remarquable feeling, sans doute cette volonté de ne pas se prendre au sérieux.

Il revient juste de Tel-Aviv, où il donnait un concert à l’occasion du déplacement des Diables rouges en Israël pour le match de qualification de l’Euro 2016. On le réclame aussi à Hong Kong, Singapour et Bali, sans parler de la Chine ! A 67 ans, Paul Ambach a décidé de passer à autre chose, d’en savoir plus notamment sur son histoire familiale. Mais on ne quitte pas la musique comme ça.

Paul Ambach est né en 1948, en même temps que l’Etat d’Israël. Avec un père originaire de Tarnow, shtetl de Galicie, débarqué à 16 ans à Anvers avec son oncle, et une mère partie de Salonique pour rejoindre ses frères et sœurs à Bruxelles et fuir les mauvaises relations entre les Juifs et les Grecs, Paul peut se vanter de parler couramment le yiddish et le ladino.

Son père, fasciné par le Bel canto, a ce don de connaitre tous les airs d’opéra, tandis que son grand-père était lui-même Klezmer. La musique est une histoire de famille.

Lorsque la première rafle survient à Anvers en 1942, Joseph Peeters, nom de guerre de son père, sentant le vent tourner, décide de diviser les siens. Sa femme quitte le domicile avec leur premier fils Gustave et se cache à Comblain-la-Tour, près de Liège, où elle coud en échange de nourriture. Lui prend le train pour Lyon, porte vers la Suisse… Il restera finalement coincé en France, où il rencontre André Cluytens, qui dirige l’Opéra de Lyon et l’engage dans sa chorale. Mais en 1944, sous le régime de Klaus Barbie, il se fait prendre dans une rafle et est enfermé à la prison Montluc. Il sera ensuite envoyé à Drancy. « J’ai appris plus tard que mon père gardait le moral en chantant », confie Paul Ambach.

Ses parents se retrouvent heureusement à la Libération. Leur deuxième fils Jacques nait en 1946, suivi de Paul. « Mon père qui avait travaillé avant la guerre comme chef tailleur dans le diamant devient commerçant dans le milieu, et il a une force que la concurrence n’a pas : il chante et fait craquer tout le monde ! », raconte-t-il. Les années 60 pour le secteur sont florissantes, et Paul vit une jeunesse dorée à Anvers, dans un environnement bourgeois, franco-flamand, juif laïque à l’accent oriental. Alors que ses deux frères se dirigent vers le droit, lui choisit des études de traduction-interprétation en anglais-espagnol. Showman dans l’âme, il organise les soirées estudiantines, dans lesquelles il présente avec ses frères l’« Ambach Circus », numéro de chant et de piano ! « J’ai véritablement eu l’étincelle lorsque Gustave m’a offert un disque de Ray Charles », confie Paul. « Sa voix rauque, sa façon de jouer du piano, et de fédérer à la fois le Gospel, la Soul Music, le Blues et le Rythm’n Blues était extraordinaire ».

Promoteur européen de James Brown

Paul termine ses études par un mémoire sur… le ladino, sans interrompre ses concerts. Recalé à un examen d’interprète au Marché Commun, il refuse de suivre son père dans le diamant et se met en tête de faire venir James Brown en Belgique ! Il propose à Bruno Coquatrix, directeur de l’Olympia, deux concerts à Bruxelles et Anvers, et n’a pas de mal à être suivi, reconnu dans le monde estudiantin pour avoir toujours voulu sortir des sentiers battus. Quelque 12.000 personnes feront le déplacement ! « Je suis un manager qui parle la langue des musiciens à une époque où les deux fonctions sont séparées, et James Brown est enchanté. A 23 ans, je deviens son promoteur européen », explique celui qui est par ailleurs devenu « Boogie Boy ».

Les Rolling Stones, Mickael Jackson, Led Zeppelin, Barry White, Pink Floyd, Genesis, Sinatra, Supertramp, ZZ Top, Tina Turner…, sa société « Make it happen » (rachetée en 2001 par le géant américain Life Nation-Clear Channel) organisera des concerts en Belgique pendant 40 ans, « comme Moïse », sourit-il. Tandis que Boogie Boy, avec son groupe Alex Goldenberg, chante le Blues la nuit, anime bar-mitzvot, mariages et fêtes de sociétés.

Paul Ambach s’est entre temps marié avec Patsi, rencontrée à l’université, qui a toujours cru en lui et avec laquelle il a deux enfants. A 46 ans, après avoir géré l’Ancienne Belgique -où il organisera avec David Susskind le concert de Leonard Cohen en 1975-, Paul, toujours associé à son ami Michel Perl, rachète 25% des parts de Forest National, avec ses 8.000 places. Il les gardera jusqu’en 2013.

Depuis deux ans, « se limitant » aux concerts de Boogie Boy, Paul Ambach a eu le temps de revisiter le passé de ses parents : Comblain-la-Tour, Drancy, Salonique… « Le fait que je sois juif m’a donné cette valeur ajoutée “mystique” en quelque sorte, qui me permet, par la musique, de traduire une profondeur qui continue de faire vibrer les publics du monde entier », confie-t-il. L’ancien agent mondial d’Helmut Lotti (14 millions d’albums), également à l’initiative d’événements retentissants organisés à Bruxelles, tels les Monster Jam ou Les Dinosaures, estime que le feeling a guidé sa vie. « Je suis un petit artisan qui ne correspond pas au business model, mais j’ai du flair, et j’ai toujours très vite senti ce qui pouvait marcher », souligne-t-il encore. En concert au Music Village le 2 mai dernier, Boogie Boy a le projet d’écrire un livre sur sa carrière. En attendant, son dernier cd « Back to the Blues » sonne comme un retour aux sources. « La voie de la musique que j’ai choisie à l’époque était certainement la plus dangereuse, mais elle m’a donné raison ».

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