Paul Trajman : Appel à la solidarité des amateurs d’art

Ayant vu nombre de ses œuvres anéanties par l’incendie de La Wetterenoise où il avait installé son atelier, le peintre bruxellois Paul Trajman lance un appel aux collectionneurs pour qu’ils lui envoient des reproductions photographiques de ses œuvres. S’inscrivant dans la tradition de l’expressionnisme abstrait et du mouvement Cobra, il compte parmi les incontournables de l’histoire de l’art juif en Belgique.

D’emblée, la critique s’enthousiasma pour Paul Trajman et ses « figures à l’arraché entre écriture et peinture », tracées « sans couleurs ni toile »,à l’encre de chine sur papier grand format, « dans une sorte de rythmique gesticulatoire ». Maniant le pinceau « comme une plume d’écolier en le faisant grincer sur le support » (Danièle Gillemon, Le Soir, 24/11/1990), le peintre fascinait les visiteurs de son atelier. Revendiquant l’influence de Jackson Pollock, d’Henri Michaux ou de Jérôme Bosch, Paul Trajman nourrissait sa création picturale de ses connaissances d’historien de l’art. Artiste chaleureux dont les créations ne cessent de traduire la beauté convulsive des formes qui habitent son univers intime, il séduisait aussi par son ouverture à l’autre.

Comme le souligne Bernard Noël, « il n’y a pas d’exécution, pas de repentir dans la peinture de Paul Trajman, il n’y a que de l’action, l’action immédiate de peindre. Le langage pictural du plasticien est composé d’impulsions, de pulsations, qui invitent moins au déchiffrement qu’au partage de leur flux ». Bernard Noël est un écrivain engagé, auteur d’un impressionnant Dictionnaire de la Commune(1971). Poète, romancier, essayiste et critique d’art, grand ami des peintres, Bernard Noël est l’auteur de monographies sur Matisse, Masson, Magritte… et aussi de « romans d’œil » dans lesquels il introduit la présence du peintre dans son atelier, décrit les gestes de l’artiste et restitue leur conversation, dans le plaisir de la création commune et d’un travail expérimental sur l’art, à la poursuite de l’œuvre de l’artiste. Dans le cadre du Parcours d’Artistes 2010 à Saint-Gilles, la Maison du Livre organisait une exposition d’hommage à Bernard Noël dans laquelle figuraient des œuvres de plasticiens tels que Paul Trajman avec lequel il entretient une longue amitié. C’est dans ce cadre que furent présentés le film de Sarah Blum Encre sur Encre, ainsi que le livre de Bernard Noël, Paul Trajman ou la main qui pense(éd. Ypsilon), où l’écrivain se livre à une fascinante expérience d’écriture, nous racontant l’art de Trajman.

Atelier anéanti

Comme le déclare Paul à Bernard : « Je me laisse guider par l’apparition de quelque chose qui est au-delà de moi… J’aime laisser courir le pinceau et je voudrais aussi le maitriser. (…) Peindre, c’est entrer dans une intimité tellement forte : une intimité qui, peu à peu, s’extrait de moi à mesure que le tableau avance ».

Paul Trajman disposait depuis quelques années d’un très vaste atelier au-dessus de la boulangerie La Wetterenoise à Molenbeek. L’artiste y jouissait de l’espace nécessaire à la création des grandes toiles aux couleurs éclatantes caractérisant son œuvre récente. Les toiles s’accumulaient, témoignant de la ferveur créatrice du peintre et de la vigueur de son talent. Mais l’été dernier, un incendie a ravagé l’entrepôt de la célèbre boulangerie, anéantissant l’atelier du peintre.

Suite à la disparition de son œuvre, Paul Trajman fait appel aux bonnes volontés de tous ceux qui possèdent un de ses dessins ou une de ses toiles. L’artiste prie ces heureux collectionneurs de bien vouloir le contacter à son adresse courriel paultrajman@hotmail.com et de lui envoyer des reproductions photographiques des œuvres qu’ils possèdent.  Ceci permettra à Paul de faire l’inventaire de tout ce qui subsiste de son œuvre. On peut également soutenir l’artiste en se procurant le livre de Bernard Noël…

Livre Bernard Noël, Paul Trajman ou la main qui pense,éditeur Ypsilon, Paris, 2010 (www.ypsilonediteur.com)

Films Sarah Blum, Encre sur Encre,23 min., Nana Films, Paris, 2009 – André Goldberg, Comme un torrent, 6 min. N/B, 1997.

 

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