Le Partij voor de Vrijheid (PVV) que dirige le populiste Geert Wilders est une grosse épine dans le pied de la communauté juive néerlandaise. La preuve en est le débat animé qui s’étale dans les colonnes de l’hebdomadaire Nieuw Israelietisch Weekblad (NIW) entre partisans et adversaires du politicien blond platine à l’occasion des élections législatives du 9 juin 2010.
La mesure du vote juif pour Geert Wilders est compliquée : les dernières données sur les opinions politiques des quelque 40.000 Juifs dont l’immense majorité habite dans la Randstad (Amsterdam, Utrecht, La Haye et Rotterdam), remontent à 2001. Une étude alors réalisée par le Joods Humanitair Fonds montrait qu’une légère majorité se situait politiquement à droite. Mais il s’agissait à cette époque, antérieure au phénomène Pim Fortuyn, d’une droite classiquement libérale ou conservatrice incarnée notamment par le Volkspartij voor Vrijheid en Democratie (VVD). Une formation dont Wilders est issue et qu’il a quittée en 2006.
La proportion de Juifs favorables à Wilders se situerait autour de 15%, soit exactement la moyenne nationale. C’est beaucoup, s’agissant du soutien à un personnage ouvertement xénophobe et opposé à la tolérance religieuse. Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène : son soutien affiché et sincère à Israël et l’ampleur de l’antisémitisme que subissent au quotidien les Juifs néerlandais de la part d’une fraction de la jeunesse d’origine marocaine.
Wilders, qui a travaillé en 1982 pendant six mois dans un moshav de la région de Jéricho, a raconté en 2005 au NIW qu’il avait alors été marqué par les incursions de terroristes palestiniens à partir de la Jordanie. Il a demandé au gouvernement néerlandais de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Il considère Israël comme « la sentinelle de l’Occident », et ses idées lui assurent une excellente image auprès de la droite israélienne la plus dure. Partisan du transfert des Palestiniens en Jordanie, il est ainsi intervenu en décembre 2008 à Jérusalem lors de la conférence intitulée « Faire face au djihad », qu’avait organisée le député israélien Arié Eldad, du parti d’extrême droite Ihoud Leoumi.
Le Coran comparé à « Mein Kampf »
Son opposition absolue au multiculturalisme et à l’islam séduit ceux qui, en Israël comme en Europe, pensent que le mal vient du texte coranique même, et qu’il n’existe pas d’islam modéré : c’est bien le Coran que Wilders compare à Mein Kampf et veut interdire, pas la lecture qu’en font les islamistes. La détérioration de la situation sur le terrain de l’antisémitisme, explique aussi son audience. Selon le Centrum Informatie en Documentatie Israel (CIDI), le nombre d’incidents antijuifs est passé de 108 en 2008 à 167 en 2009 et l’opération Plomb durci à Gaza n’explique pas à elle seule ce bond de 55%. Malgré le « politiquement correct », tout le monde s’accorde pour constater que les immigrants d’origine marocaine sont responsables de la grande majorité de ces actes devenus un phénomène de fond, particulièrement à Rotterdam et à Amsterdam où tout Juif porteur d’un signe distinctif s’expose à être agressé dans la rue.
Les Juifs néerlandais sont pourtant très bien représentés au sein des partis politiques traditionnels. La tête de liste du Parti social-démocrate était Job Cohen, ancien maire d’Amsterdam, considéré comme l’homme du dialogue intercommunautaire. Il a laissé son fauteuil de bourgmestre à un autre Juif, Lodewijk Asscher. La reine Béatrix a confié en juin dernier la fonction d’informateur gouvernemental à deux élus juifs, le libéral Uri Rosenthal et le social-démocrate Jacques Wallage. Mais Israël, l’antisémitisme et l’islam ne sont absolument pas leurs priorités. Wilders, lui, parle haut et frappe fort, quitte à aller trop loin : aux législatives, il avait placé en 5e position sur sa liste un ancien porte-parole du Likoud néerlandais, Gidi Markuszower, qui avait eu la fâcheuse idée de se faire arrêter en possession d’une arme lors de la cérémonie des 60 ans d’Israël. En raison de la polémique ainsi créée, celui-ci a dû se résoudre à retirer sa candidature.
Le journaliste Maurice Swirc, qui a publié en avril dernier le livre Altijd mazzel, voit dans la controverse communautaire autour de Wilders un écho du traumatisme que demeure la Shoah dans le pays d’Europe occidentale où les Juifs ont payé le plus lourd tribut au génocide nazi. Mais si certains ont peur que l’Histoire se répète et se tournent vers l’homme politique qui désigne le plus clairement ce qu’il croit être l’ennemi, d’autres, toujours en mémoire de l’époque nazie, se refusent à entrer dans la logique du bouc émissaire. C’est bien pour cela que fin 2008, le politologue Jaap Van Donselaar, dans un rapport de la Fondation Anne Frank, mettait en garde contre le contenu discriminatoire et d’extrême droite du PVV de Geert Wilders.
]]>