En janvier dernier, les Jeunesses musicales du Brabant wallon concrétisaient pour la seconde fois leur projet « Peace in Music » en organisant plusieurs concerts en Belgique. L’occasion pour des jeunes Israéliens et Palestiniens de se rencontrer, de voir, grâce à la culture, ce qui les rapproche. Bien plus que ce qui les distingue.
C’est à l’entrée du kibboutz Mizra, au Jezreel Valley Center of the Arts, la plus grande école de musique du nord d’Israël, que nous avons rencontré Yariv Domany il y a quelques semaines. Entre deux leçons, le professeur et musicien nous a expliqué les raisons qui l’avaient poussé à participer au projet belge « Peace in Music » (PIM). Et aux deux concerts qui se sont donnés dans la plus grande discrétion à Nivelles et Bruxelles, au mois de janvier. Après un premier succès en 2006, les Jeunesses musicales du Brabant wallon ont en effet décidé de renouveler chez nous ces rencontres peu communes entre Israéliens et Palestiniens, centrées sur la musique. A côté des Allemands (Hattingen) et des Belges -les subsides de l’Union européenne (Bureau International Jeunesse) prévoient la participation de deux pays européens et de deux pays méditerranéens-, et d’écoles de musique palestiniennes (Bethlehem), l’école israélienne de Mizra, rassemblant des élèves de toutes origines (lire notre encadré), s’avérait une nouvelle fois un partenaire incontournable. Le manque de publicité autour de l’événement, s’il est regrettable, n’est pas anodin. « Nous connaissions une période sensible lorsque notre groupe est arrivé à Bruxelles en décembre » confie Yariv Domany. « Pour des raisons de sécurité côté israélien, et pour ne pas donner l’impression que des Palestiniens s’amusaient pendant qu’une majorité d’entre eux, au même moment, souffraient, nous avons tous préféré rester discrets sur nos activités ». Notre avis diffère sans aucun doute, jugeant essentiel de montrer qu’en dépit des difficultés, les initiatives de dialogue et d’échange entre les deux peuples se poursuivent. Même si elles doivent, pour se concrétiser, souvent trouver leur origine à l’étranger.
L’Europe, source de paix
Quels qu’aient pu être les obstacles rencontrés pendant son organisation, l’événement qui s’est tenu en Belgique aura finalement rassemblé 18 participants, âgés de 15 à 18 ans, provenant de quatre pays. Des jeunes musiciens, « choisis avant tout sur base de leur sociabilité, de leur curiosité à rencontrer l’autre » souligne Yariv. « Pour nous professeurs, c’est une formidable expérience éducative, une belle occasion de montrer notre culture à l’étranger et de découvrir la culture palestinienne. C’est bien sûr aussi une expérience musicale, même si la musique est ici un instrument plus qu’un but ultime ». A l’unanimité, tous auront vécu une expérience inoubliable, « ceux qui sont partis il y a deux ans et demi en parlent encore » sourit l’enseignant. « Au Proche-Orient, on est très cynique, mais réaliser que la paix est possible à une petite échelle nous donne confiance pour un projet de plus grande ampleur. Nous avons la même culture, le même “Yallah”. Dommage qu’il faille aller jusqu’en Europe pour s’en rendre compte ». Véritablement à l’initiative du projet et coordinateur de l’opération, Anthony Bromey, des Jeunesses musicales du Brabant wallon, confirme la confiance mutuelle qui aura permis le bon déroulement de l’opération. « Malgré la guerre et l’actualité, les gens doivent savoir que des rencontres se concrétisent » déclare-t-il avec plus de recul. « C’est le couturier français Daniel Hechter, président de l’association “Donne-moi ta main”, qui m’a donné l’idée de cet événement en organisant en 2004, au stade de France, un match de football entre enfants israéliens, palestiniens et français. J’ai trouvé ça génial. Comme professeur de musique et animateur d’éveil musical, j’ai donc proposé la même chose autour de la musique ». Peu au fait de la genèse du conflit, informé comme beaucoup par les seules images télévisées, Anthony Bromey se rendra sur place un an plus tard pour évaluer les réactions à son projet. « J’ai très vite trouvé mes partenaires » se souvient-il. « Un musicien arabe de Nazareth m’a mis en contact avec l’école de Mizra, où j’ai rencontré le directeur des projets musicaux, Uri Ben David, qui déborde d’idées d’échanges lui aussi, et l’organisation a suivi ».
La politique, en marge
A Bruxelles, les jeunes passeront dix jours, avec une nuit en familles d’accueil. Au programme du séjour : des répétitions quotidiennes, mais aussi des visites du pays, des jeux de coopération, de l’improvisation, des soirées culturelles, l’une israélienne, l’autre palestinienne… « Volontairement, le sujet “politique” a tout de suite été écarté. Nous étions là d’abord pour passer du bon temps » admet Anthony Bromey. « Mais c’est vrai que tout le monde ayant accès à internet, l’ambiance est vite devenue pesante. On a fini par débattre de cette difficulté, et tout le monde a opté pour “l’hypocrisie”, “pour ne pas tout gâcher”. Parler du conflit pendant le peu de jours où nous étions ensemble n’aurait rien changé ». Les différences de niveau musical n’empêcheront pas les jeunes de vivre des moments magiques, « les plus expérimentés prenant spontanément en main les débutants » raconte Yariv. Dans un répertoire composé de huit musiques, deux pour chaque pays, des reprises et des créations dont les arrangements seront faits sur place par les jeunes. Annoncées comme « Concerts de jeunes musiciens du Proche-Orient, d’Allemagne et de Belgique du projet PIM 2008, musiques traditionnelles des pays et rencontre avec les musiciens », sans autre précision, les représentations se tiendront en l’église Saints-Jean-et- Nicolas de Nivelles et en l’église protestante du Musée à Bruxelles, les 2 et 3 janvier 2009. Devant un public motivé, toutefois limité, faute de publicité. Depuis, certains jeunes ont gardé contact, « les Palestiniens semblent plus demandeurs » note Anthony Bromey, « mais on ne peut pas les obliger à rester amis. Ce qui compte surtout, c’est la continuité des actions ». L’animateur des Jeunesses musicales du Brabant wallon planche déjà sur de nouveaux projets, « des petits événements ponctuels qui prendraient place entre les PIM ». De prochaines belles rencontres, que l’on sera ravi de pouvoir vous annoncer…
Plus d’infos : jmbw@jeunessesmusicales.be
Les Arts, vecteurs de paix Entouré de villages israéliens, de kibboutzim et de villages arabes chrétiens, le Jezreel Valley Center of the Arts (Mizra, au nord de Tel-Aviv) est l’exemple même d’une cohabitation harmonieuse.
Chaque semaine, ils sont près de 500 élèves, dont 30% d’Arabes, à venir de toute la région suivre les cours de musique de cette école, dont Uri Ben David, directeur des projets musicaux, est probablement la figure marquante. L’objectif de son établissement : assurer l’organisation d’activités musicales rassemblant enfants, jeunes et adultes, juifs et arabes, du nord d’Israël. Les cours sont donnés par des professeurs originaires de tout le pays, dans des écoles et des conservatoires de villes juives et arabes, et le Centre accueille lui-même un Conservatoire régional où les étudiants peuvent suivre un programme musical très complet (solfège, harmonie, histoire du jazz, littérature musicale, musique arabe…). « En dépit de la situation politique israélienne, les demandes d’activités provenant d’étudiants chrétiens, juifs et musulmans ne cessent de croître » assure Uri Ben David. « Les relations particulières créées entre élèves et professeurs sont suffisamment solides pour ne pas être affectées par les événements. Notre Centre montre comment créer des ponts entre les cultures, d’où notre volonté d’investir plus d’efforts encore dans la construction d’un auditoire qui pourra faire résonner notre message de paix et de coexistence ». Parmi les nombreux projets nationaux et internationaux de l’école, le programme « Mifne », en collaboration avec l’Orchestre Philharmonique d’Israël et l’Académie de musique Buchmann Mehta, se donnera bientôt au Centre des Arts de Mizra, ainsi que dans une école de Nazareth avec le Père Shoufani, et une école de Shfaram avec Omar Nachla. Son but : permettre aux jeunes talents des écoles juives et arabes de Galilée de rejoindre les orchestres « et d’y transmettre la culture de leur communauté, à la façon d’ambassadeurs culturels pouvant inspirer les générations futures ». Le chef d’orchestre Zubin Mehta a déjà prévu de se produire au Jezreel Valley Center of the Arts en juillet 2010. Cet été, le Centre propose le festival « Music in the Valley » de musique multiculturelle. Au programme : un camp d’été d’éducation musicale pour les jeunes arabes et juifs de 9-13 ans, un camp pour les 13-18 ans, des séminaires pour les professeurs de musique et chefs de chœurs arabes et juifs, mais aussi un concert de chœurs internationaux, des ensembles de musique de chambre, et des ateliers de musique occidentale, arabe et méditerranéenne. Soutenu par le ministère israélien de l’Education, ce festival constitue le point d’orgue de toute l’activité musicale du Centre. Avec l’espoir de susciter dans la région méditerranéenne de nouvelles collaborations entre les centres culturels et artistiques.
Plus d’infos : www.musicalvalley.co.il
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