Peggy Cidor, une Femme du Mur optimiste

En avril, l’association « Women of the wall » obtenait auprès de la Justice le droit de prier devant le Mur des Lamentations. Une victoire pour ce mouvement féministe israélien, largement soutenu aujourd’hui par l’opinion publique. Membre de la direction, Peggy Cidor se voyait pourtant contrainte il y a quelques semaines encore à une protection policière.

Peggy Cidor rejoint le groupe des « Femmes du Mur » (Women of the Wall), peu de temps avant les années 2000 avant d’en devenir il y a deux ans l’une des membres dirigeantes. « Le mouvement a été fondé en 1988 par un groupe de féministes orthodoxes modernes juives américaines et israéliennes à l’issue d’un congrès féministe qui s’est tenu en Israël », explique-t-elle. « Ces femmes ont apporté un rouleau de Sefer Torah au carré des femmes près du Mur des Lamentations et elles ont été attaquées par des ultra-orthodoxes qui ne pouvaient supporter l’idée de voir des femmes tenant un rouleau de la loi dans leurs bras. Le groupe “Women of the Wall” s’est formé. Depuis, nous venons une fois par mois prier de 7h à 8h30, pour marquer le début du mois lunaire du calendrier juif »

Peggy Cidor est née en Tunisie et a fait son alyah à l’âge de 10 ans. Après l’armée, elle a suivi la Philosophie et les Etudes bibliques à l’Université hébraïque de Jérusalem. Maman de trois garçons, elle est aujourd’hui journaliste. Ayant été élevée au plus près de la tradition juive, profondément croyante, « tout en étant assez ouverte et tolérante par rapport à la modernité, l’extérieur, l’éducation générale », précise-t-elle, Peggy Cidor se retrouve tout à fait dans ce mouvement qui réunit des femmes juives issues de nombreux courants du judaïsme actuel et se définissent comme des orthodoxes modernes, des reconstructionnistes, des réformistes libérales ou des Conservative. « Du point de vue de la Halakha, le port du châle de prière et des phylactères et la lecture de la Torah n’ont jamais été interdits aux femmes », relève-t-elle.

En 2003, la Cour suprême israélienne juge ainsi la coutume tout à fait légitime et possible, mais pour ne pas heurter le sentiment de ceux qui n’y sont pas habitués, elle demande à l’Etat d’y consacrer un lieu adéquat, au sud du mur. En dehors, la police interdira aux femmes de venir avec leurs châles de prières et procèdera même à plusieurs arrestations.

Un rebondissement survient en avril, lorsqu’un tribunal déclare que cette prière ne trouble en rien l’ordre public… à l’inverse de ceux qui s’y opposent ! « Ce qui dérange les ultra-orthodoxes qui ont l’hégémonie totale sur le Kotel, c’est que nous avons introduit un changement dans la coutume de l’endroit, et qu’ils considèrent notre attitude comme une menace sur leur suprématie », soutient Peggy Cidor. « Lemur est-il une synagogue ultra-orthodoxe ou un site d’héritage national ? »

Clivage croissant

Peggy Cidor a pu constater depuis une vingtaine d’années dans la société israélienne un mouvement de renaissance juive qui s’exprime de façon beaucoup plus ouverte qu’auparavant, avec des personnes qui ne sont pas très religieuses, mais qui veulent avoir accès aux textes sacrés, lire le Talmud et renouer avec leurs traditions. « C’est une vraie révolution qui touche aussi la question de l’identité juive dans la vie sociale », note Peggy Cidor, « et tout cela inquiète les cercles juifs ultra-orthodoxes qui se sentent soudain privés de leur mainmise sur les textes. Je pense que cette perte de pouvoir explique en partie leur hargne et leur réaction totalement disproportionnée ».

Le tournant récent opéré par la Justice fait écho, selon Peggy Cidor, à un changement d’atmosphère dans la société israélienne. Si le groupe « Women of the Wall » était considéré il y a quelques années encore comme marginal, il est aujourd’hui largement soutenu et le mouvement grandit de jour en jour. « Plus de 350 personnes étaient avec nous au Mur le 10 mai dernier », se réjouit Peggy Cidor. « Ségrégation dans les bus, mais aussi dans les entrées des dispensaires, les supermarchés, les pharmacies, attaques contre les femmes dont ils jugent la tenue vestimentaire inappropriée, la plupart des groupes ultra-orthodoxes ont été trop loin dans leurs revendications et l’opposition de la population face aux haredim est grandissante. Les “Femmes du Mur” sont dès lors perçues comme le fer de lance d’une société israélienne qui se veut pluraliste ».

Les femmes ont aujourd’hui le droit de prier dans le carré des femmes connu de tous, avec châles de prières et phylactères, à haute voix, ce qui n’était pas le cas. Reste à connaitre le statut du Sefer Torah. « Aurons-nous le droit de l’apporter et de l’ouvrir pour lire la Paracha de la semaine ? Nous en saurons plus le 9 juin, début du prochain mois lunaire (Tamouz) », s’interroge Peggy Cidor.

Menacée jusque dans l’entrée de son immeuble dans la nuit du 13 mai par des graffitis « Peggy Cidor, tu es la première », « Peggy Cidor, ton temps a expiré », « Le Kotel est sain et les femmes sont des impies », contrainte à une protection policière, Peggy Cidor n’en demeure pas moins optimiste. « Le ministre des Cultes, Naftali Bennett, essaie de faire passer une nouvelle décision pour nous interdire d’ouvrir le rouleau de la Loi, mais la ministre de la Justice Tzipi Livni a déjà annoncé qu’elle s’y opposerait. Je pense que nous finirons par obtenir une victoire complète et que des fillettes pourront bientôt célébrer leur bat-mitzva au Mur. Cela peut encore prendre du temps, mais la société israélienne est prête aujourd’hui pour voir les choses différemment ».

Plus d’infos : http://womenofthewall.org.il/

Lire aussi notre article Les Femmes pour le Mur s’insurgent contre les Femmes du Mur.

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