Peuple élu, créatures au nez laid et voleurs de terre

Dans une tribune publiée dans De Morgen le 27 juillet 2019, l’écrivain flamand Dimitri Verhulst donne libre cours à son antisionisme radical avec tant de virulence qu’il se perd dans une rhétorique antisémite abjecte sur les attributs physiques des Juifs qu’il nomme les élus.

Le titre de cette tribune annonce clairement la couleur : « Er is geen beloofde land. Er is gestolen land » (Il n’ya pas de terre promise. Il y a des terres volées).

Dans ce texte, Dimitri Verhulst affiche fièrement sa défense des Palestiniens en éprouvant le besoin de s’attaquer au Juifs. Et lorsqu’il désigne ceux-ci ; il ne peut s’empêcher de recourir à l’expression « peuple élu » ou les « élus » (de uitverkorenen). De cette manière, il laisse clairement entendre que les Juifs se sentent supérieurs aux autres.

Verhulst ne commet rien d’original au regard de l’antisémitisme dont toute l’histoire s’est nourrie de cette interprétation pervertie de la notion d’élection selon laquelle les Juifs se considèrent comme un peuple supérieur aux autres, méprisant le reste de l’humanité. Il n’est donc pas rare aujourd’hui de voir des intellectuels proclamer que les idéologies de l’élection et de la suprématie sont issues de la Bible et ont pour origine l’élection du peuple juif.

Il s’attaque également à la notion de peuple juif qui n’existe  évidemment pas à ses yeux. De manière inattendue, il dénonce la laideur des Juifs (leur nez). Pour ce faire, Verhulst veut faire preuve d’originalité en citant Serge Gainsbourg : « Juif, ce n’est pas une religion. Il n’y a pas un seul Dieu qui donnerait à ses créatures un nez si laid » (« Jood-zijn is geen godsdienst; er is geen enkele God die Zijn schepsels zo’n lelijke neus zou geven »).

Cette citation est tronquée. Gainsbourg ne l’a pas formulée de cette manière. Sur un mode très Gainsbarre, l’homme à la tête de chou faisait référence à son propre nez et ne remettait nullement en cause la notion de peuple juif. La citation exacte est : « Juif, ce n’est pas une religion. Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça ».

En invoquant Serge Gainsbourg pour donner plus d’éclat à sa fougue antisioniste, Verhulst montre bien qu’il connaît mal ce monument de la chanson française. Car précisément, Serge Gainsbourg a écrit et composé une chanson à la gloire d’Israël un jour avant le déclenchement de la Guerre des Six jours !

En juin 1967, un conseiller culturel de l’ambassade d’Israël à Paris appréciant tout particulièrement Le Poinçonneur des Lilas a réussi à convaincre Serge Gainsbourg d’écrire une chanson destinée à remonter le moral des soldats de Tsahal. En quelques heures, il compose Le Sable et le soldat qu’il enregistre en une nuit.

Les paroles auraient de quoi surprendre notre intellectuel flamand ne supportant pas l’existence de cet Etat. Ainsi, dans le premier couplet, on peut entendre :

Oui, je défendrai le sable d’Israël,

La terre d’Israël, les enfants d’Israël;

Quitte à mourir pour le sable d’Israël,

La terre d’Israël, les enfants d’Israël;

La maquette, avec la voix de Serge Gainsbourg, est envoyée le 4 juin 1967 à Tel Aviv. Dans la liesse de la victoire éclaire, la radio Kol Israël décide de diffuser Le Sable et le soldat sur ses ondes. Evidemment, elle n’a pas eu le temps d’être traduite ou interprétée en hébreu, et c’est la version française, chantée par Gainsbourg, qui est diffusée. Une seule fois, avant d’être rangée dans les placards de la radio. 

Pour le dire de manière prosaïque, Dimitri Verhulst est à côté de la plaque concernant Serge Gainsbourg et les idées qu’il lui attribue. Ce ne serait qu’anecdotique si sa diatribe n’était pas hostile aux Juifs.

Avec une tribune de ce genre, on doute que cet écrivain flamand ait fait avancer la cause palestinienne du moindre centimètre. Ce qui est sûr c’est qu’avec le concours de ce journal de référence qui le publie, il a contribué de manière significative à légitimer des préjugés antisémites que l’extrême droite affectionne tant.

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