Philip Roth est décédé ce mardi 22 mai 2018 à l’âge de 85 ans. Considéré comme un géant de la littérature mondiale, il a surtout contribué à saisir l’identité juive américaine à travers ses romans.
Ce natif de Newark, dans le New Jersey, avait souvent planté le décor de ses fictions aux reflets autobiographiques dans le quartier de la classe moyenne juive de Weequahic, où il a grandi. Philip Roth avait ensuite traversé l’Hudson River pour s’établir à Manhattan, dans le quartier résidentiel et huppé de l’Upper West Side, et vivait ces dernières années, écrit le New York Times, « une existence de retraité, allant voir ses amis, assistant à des concerts ». Il n’accordait plus que de très rares interviews, et s’était retiré de la vie publique.
S’exprimant en anglais et ayant produit toute son œuvre dans cette langue, Philip Roth est généralement dépeint sous les traits d’un écrivain juif américain. Il est vrai que dans tous ses livres, Roth pense sa judéité en termes existentiels. Dans un article publié dans la prestigieuse revue juive Commentary, Philip Roth précise cette idée fondamentale : « Avoir été juif ou être juif demeurait un mystère. On ne savait pas exactement ce que c’était, il fallait donc inventer le Juif en soi ».
Et l’immense contribution de Philip Roth réside dans sa description et son analyse de la transformation de la place des Juifs au sein de la société américaine après 1945. Il fait partie de cette génération d’écrivains qui occupent l’avant-scène littéraire à partir des années 60 et lui impriment une coloration juive particulière dans laquelle l’humour et la subversion sont essentiels. Le ton prédominant des premiers écrits de Philip Roth est précisément celui de la satire dont l’objet est son milieu juif d’origine.
C’est ainsi que Philip Roth débuta sa carrière d’écrivain en publiant en 1959 un recueil de nouvelles Goodbye, Colombus qui suscita la réprobation de l’establishment juif. Dix ans et trois romans plus tard, Roth aggrave son cas avec Portnoy et son complexe. Un succès international dans lequel Alex Portnoy, 33 ans, en rupture avec sa famille juive développe d’irrésistibles exigences sexuelles et un goût excessif pour la masturbation !
Même s’il n’aimait pas qu’on le qualifie d’écrivain juif, les thématiques juives contemporaines étaient très présentes dans toute son œuvre. Ainsi dans Opération Shylock, un faux Roth est en Israël où il prêche le retour des Juifs en Europe. Philip Roth va en Israël pour le démasquer. Ce roman d’espionnage devient vite un thriller politique, une réflexion sur la judéité.
Sa source d’inspiration n’était pas que juive. Ce géant de la littérature mondiale s’est aussi attaqué à des problématiques universelles, notamment en dénonçant les travers de la société américaine (consumérisme effréné, racisme, politiquement correct, etc.).
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