Revenue d’Auschwitz, une jeune femme au visage reconstitué tente de retrouver son mari. Il ne reconnaît pas celle qui s’approche de lui, mais lui propose de prendre l’identité de son épouse défunte…
Pour construire cette histoire, Christian Petzold, le réalisateur de Barbara, Ours d’argent à la Berlinale 2012, s’est inspiré de deux œuvres : Le retour des cendres, roman d’Hubert Monteilhet et Une expérience d’amour d’Alexander Kluge. Le premier roman, écrit sous la forme d’un journal intime, relate l’histoire d’une femme médecin française qui a survécu à Auschwitz et se fait refaire le visage dans une clinique en Suisse, avant de revenir à Paris. Le second récit se situe, lui, dans le camp d’Auschwitz. Des médecins nazis y épient un couple passionnément amoureux à travers les murs d’une chambre close. Ils attendent que les amants s’unissent pour vérifier si la femme a bien été stérilisée. Ils utilisent du champagne, une lumière rouge et les aspergent même d’eau glacée pour les pousser à se rapprocher. D’une étrange façon, l’échec des nazis révèle une victoire de leur amour. Un amour anéanti par leur exécution… Le récit de Kluge s’achève sur ces mots : « Est-ce un malheur imaginable que l’absence de l’amour ? ». Ce récit a été fondateur pour Phoenix. Christian Petzold se demande à travers son film s’il est possible de sortir du gouffre nihiliste creusé par les nazis et de reconstruire des émotions telles que l’amour, la compassion, l’empathie : la vie. Le réalisateur s’avoue fasciné par ces personnes insoumises qui refusent d’accepter ce qu’on leur impose. Dans Phoenix, Nelly refuse d’admettre que l’amour est anéanti. Le réalisateur explique que la psychanalyse voudrait qu’on reconnaisse et répète les cas de traumatismes ou de névroses pour les effacer et retrouver la santé. Dans son film, Johnny, le mari, reconnaît sa trahison et la répète pour l’effacer. Quant à Nelly, sa femme, elle est prête à reconnaître, à répéter, mais elle veut revenir à l’époque d’avant. Dans cette relation qui se renoue, l’homme le fait pour se débarrasser de sa femme et la femme pour redonner vie à son corps. L’a-t-il un jour aimée, ne l’a-t-il plus aimée ? Pour incarner ce couple factice et néanmoins sensuel, le réalisateur réunit une nouvelle fois après Barbara, ses acteurs fétiches, Nina Hoss et Ronald Zehrfeld.
Amour et trahison
La-t-il encore quelque chose à partager avec son conjoint ? Le don de soi d’une part et la manipulation de l’autre, l’identité réelle, les motivations de la personne avec laquelle on vit, voilà ce qui surgit, hélas, pâlement dans ce film, avec, en toile de fond, l’évocation de nombreux nazis qui circulaient le visage bandagé pour échapper, entre 1945 et 1946, à la traque des Américains et des Français. Le film souligne encore le retour difficile à la vie de Nelly, sa confusion à témoigner de sa survie dans les camps et l’incapacité ou l’incrédulité des autres à l’écouter ou à la croire. Voilà tout ce qu’on ne ressent pas assez malgré un jeu sensible des acteurs et une mise en scène sobre qui aurait pu faire place à une plus grande intensité. C’est sur les notes vibrantes de Speak Low de Kurt Weill que l’émotion et le dénouement prennent leur ampleur. a double suspicion de l’amour et de la trahison sous-tend le film. Ce mouvement croisé de la femme et de l’homme interroge. Les non-dits, les « impossible à raconter » et les « pas vouloir entendre ni voir » planent sur ces monologues face à face. Un dialogue de sourds, deux volontés, deux envies de se servir de l’autre pour, l’une, retrouver son passé, l’autre, hériter. Que se passe-t-il entre eux, pour chacun d’eux, de dicible, d’indicible ? Jusqu’où iront-ils ? Un couple dont l’un des deux a connu l’expérience des camps