Pie XII, le retour

Dans quelques jours sera publié Lumières du monde, un livre d’entretiens avec Benoît XVI. La presse mondiale a déjà beaucoup évoqué le passage de l’ouvrage où le pape semble, pour la première fois, tolérer l’usage du préservatif comme moyen de lutte contre le SIDA. Mais il n’y a pas que le sexe dans la vie…

 
Le pape évoque aussi le train-train quotidien, par exemple la béatification de son lointain prédécesseur, Pie XII, Une affaire qui traîne depuis 1967, ce qui, même pour une institution aussi patiente que le Vatican, commence à faire beaucoup.  
 
Mais aussi, le dossier n’est pas simple : pape de 1939 à 1958, Pie XII est accusé de ne s’être jamais exprimé pour défendre les Juifs face à Hitler, même lorsqu’en octobre 1043, les nazis déportèrent un milliers de Juifs du ghetto de Rome, situé quasi sous les fenêtres du Vatican.
 
Débutée peu après la mort du Pontife, la polémique n’a jamais vraiment cessé, pas plus d’ailleurs que le processus de béatification. Ce dernier a simplement été ralenti selon les papes et la vigueur des protestations.
 
Benoît XVI semble décidé à en finir : en décembre 2009, il a proclamé Pie XII « vénérable », l’avant-dernière étape avant d’en faire un saint. Comme l’a expliqué à l’époque le Vatican, cette décision était basée sur l’étude de « la vie chrétienne de la personne et non sur l’évaluation de la portée historique de tous ses choix opérationnels ». Qu’en terme galants…
 
Au demeurant, dans son livre, le pape actuel affirme que les dits « choix opérationnels » étaient mieux que bons, excellents : Pie XII a été « l’un des grands Justes, qui a sauvé des Juifs plus que personne » en les faisant cacher dans des institutions religieuses. Et s’il n’a pas parlé, c’est parce que « la situation le lui interdisait ». D’ailleurs, « il en a personnellement souffert énormément, nous le savons ».
 
Des arguments qui, tels quels, ne risquent pas de convaincre les opposants à la béatification, notamment la communauté juive, mais aussi nombre de catholiques. Ce n’est au demeurant pas le seul point de discorde entre le Pape et le judaïsme.
 
Nombre de dirigeants communautaire se sont… étonnés, disons, de la levée par le pape de l’excommunication de Richard Williamson. D’autant que cet illuminé, nommé « évêque » par les intégristes de Mgr Lefebvre (donc, sans l’aval du Vatican) est également un négationniste obsessionnel.
 
A quoi s’ajoute la question de la « Prière pour les Juifs », dite dans la messe du Vendredi Saint, précédant Pâques. Elle était tombée en désuétude depuis Vatican II jusqu’à ce que Benoit XVI la réhabilite en 2008 (un autre geste en direction des intégristes).
 
Or, le texte de la prière « Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs cœurs, pour qu’ils reconnaissent Jésus Christ comme sauveur de tous les hommes » ravive cette vieille manie de l’Eglise : convertir à toute force les Juifs., qui a entraîné des siècles de persécutions et de crimes. Pour un Juif, qu’il soit laïc ou religieux, il n’y a rien là d’amical ni de rassurant…

 

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