Si certains voulaient encore croire en la volonté de paix de Benjamin Netanyahou, ses déclarations de ce 6 juin 2012 devraient avoir anéanti leurs dernières illusions. Il soutient la colonisation de la Cisjordanie, et ce quelles qu’en soient les conséquences.
L’actuel Premier ministre est certainement un politicien avisé et un habile tacticien. Avec sa majorité de 94 voix sur les 120 du Parlement, il est plus puissant qu’aucun de ses prédécesseurs -y compris David Ben Gourion- ne le fut jamais.
En jouant sur les différentes composantes de sa coalition, il peut ou non déclencher une guerre, contre l’Iran par exemple. Poursuivre la chevauchée triomphale de l’ultra-libéralisme ou la ralentir. Reprendre ou laisser mourir le processus de paix avec les Palestiniens.
Et cela, de la façon qui lui semble la meilleure. C’est ce qu’il a fait à propos de la décision de la Cour suprême israélienne de faire détruire les maisons de l’implantation sauvage » d’Ulpana en Cisjordanie.
Le lobby des colons avait tenté de contourner la justice en déposant un projet de loi légalisant ces colonies illégales même aux yeux de la loi israélienne. B. Netanyahou a envoyé tout ce beau monde dans les cordes d’un seul uppercut.
Sa majorité a rejeté l’idée par 69 voix contre 22. Une décision plus sage que les raisons qui l’ont inspirée : « Ce projet aurait nui à l’entreprise de colonisation », a expliqué le Premier ministre, qui craignait, semble-t-il, les protestations internationales.
« Mais », a-t-il poursuivi, « que ceux qui pensaient affaiblir les colonies en usant de moyens légaux ne se réjouissent pas. C’est le contraire qui se produira ». Et d’annoncer l’installation de 300 nouvelles familles dans la colonie de Bet El.
Tout en précisant : « Aucun gouvernement ne soutiendrait davantage l’entreprise de colonisation que celui que je dirige ». Et pour que tout soit bien clair, il a conclu avec son éloquence coutumière :
« Nous ne sommes pas des étrangers à Bet El. Nous ne sommes pas des étrangers en Cisjordanie. C’est là que se trouvait le pays de nos Patriarches. C’est là que s’est forgée notre identité. Je dis ceci à Jérusalem, capitale d’Israël et je le dis partout dans le monde ».
C’est au travers de ces propos catégoriques que se révèle la faiblesse du maître d’Israël et le drame qu’elle annonce pour l’Etat juif : mettre une tactique brillante au service d’une stratégie mortifère.
B. Netanyahou est pour la colonisation de la Cisjordanie. Celle-ci mène inéluctablement à la création du « Grand Israël » (à quelques bribes près qui pourraient, s’ils sont bien soumis, être jetées aux Palestiniens).
Cette nouvelle entité contiendra deux peuples et sera donc, de facto, un Etat binational. Ce qui débouche sur deux situations également désastreuses : la première consisterait à accorder le droit de vote aux Arabes vivant dans le « Grand Israël ».
Démographie palestinienne supérieure aidant, celui-ci deviendra en moins d’une génération, une « Grande Palestine ». A l’inverse, leur refuser ce droit de vote réduirait la future majorité de la population à l’état de citoyens de seconde zone.
N’étant pas tout à fait idiots, ni les colons ni les actuels dirigeants ne veulent de ce choix. Ils ont donc nécessairement un agenda caché. Celui-ci ne peut être que le « transfert », c’est-à-dire, l’expulsion manu militari des Palestiniens de Cisjordanie voire des Arabes israéliens.
Un nettoyage ethnique qui pourrait intervenir soit en cas de conflit militaire, soit lors de révoltes populaires Et qui laisserait Israël « arabenrein » pour reprendre une terminologie allemande que l’extrême droite juive semble apprécier.
Toute paix serait alors inconcevable et l’isolement d’Israël deviendrait total. Il n’y aurait plus dès lors qu’à attendre que se réalise à nouveau la funèbre prédiction de Rabbi Meir Baal HaNess (IIe s. ap. JC) :
« Un jour vous direz : ici était son palais, ici son théâtre, ici son tribunal. Vous regarderez l’emplacement et il n’y aura plus rien ».
*« Pleure, ô pays bien-aimé » est le titre d’un roman publié par l’écrivain sud-africain Alan Paton en 1948, dénonçant les débuts de l’apartheid.
]]>