L’excellent et très sérieux site israélo-palestinien Bitterlemons.net* met fin à ses activités. Après onze ans de bons et loyaux services, il ne publiera plus hebdomadairement des analyses contradictoires sur le conflit israélo-palestinien.
La formule était simple et efficace : un Israélien et un Palestinien exposent leur point de vue respectif sur un thème d’actualité lié au conflit du Proche-Orient.
Côté israélien, Yossi Alpher, ancien agent du Mossad, chercheur au Centre d’études stratégiques Jaffee de l’Université de Tel-Aviv et ancien spécial d’Ehoud Barak lors des négociations de Camp David en 2000.
Côté palestinien, Ghassan Khatib, ancien ministre du Travail du gouvernement de l’Autorité palestinienne, cofondateur d’un centre pour la démocratie en Cisjordanie et professeur à l’Université Bir Zeit.
Au fil du temps, ce site internet s’est imposé comme un forum sérieux et crédible sur la problématique du Proche-Orient. Bien loin des sites de propagande. Sans langue de bois, un Palestinien et un Israélien pouvaient confronter leurs points de vue. L’un comme l’autre, ils nous surprenaient par leurs analyses originales. Ils appartiennent tous les deux à la mouvance « Deux peuples, deux Etats » (pas seulement dans le discours, mais aussi dans les actes, en raison de leur participation à différentes initiatives de paix), mais ils avaient néanmoins des appréciacitions souvent divergentes des événements qui secouaient leur région commune.
Chaque semaine, quelle que soit l’intensité de la violence, les deux hommes publiaient leur analyse. Une newsletter était même envoyée gratuitement aux internautes qui s’y abonnaient.
Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Parce que, comme partout, l’argent est le nerf de la guerre. Faute de moyens financiers, ils ne peuvent plus poursuivre cette belle aventure.
Leurs généreux donateurs se sont lassés de ce conflit qui ne se termine pas. Et ils se sont également lassés de financer un site qui ne fait qu’analyser et débattre, sans résoudre le conflit israélo-palestinien ! Bitterlemons.net n’a pourtant jamais eu la prétention de se substituer aux acteurs politiques de la région. Ce site n’était qu’un canal de dialogue et non pas un centre informel de négociation de paix. Il ne faut pas confondre les genres.
Même si personne n’est éternel, on peut regretter la disparition de ce média où la parole était libre tout en étant respectueuse de l’autre.
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