Plus jamais, Lou Reed n’ira faire un tour du côté sauvage

S’il y a bien un truc qui vous fait vous sentir vieux, c’est d’apprendre la mort d’une des idoles de votre jeunesse.

 

 

  -Vous avez entendu, Mme Finkelstein ? Le petit Lewis Allan est mort.   -Non, vraiment, Mme Rothberg ? Le fils de Sydney Reed, celui qui était comptable  à Long Island? Mais il était tout jeune encore ! –71 ans. Mais avec la vie qu’il menait… Les journaux disent que c’est le foie mais tout le monde sait que c’est le mot en « s » -Ah oui, c’est vrai, le gamin était à voile et à moteur, comme on dit.

Hé oui, Lou Reed  était juif. A preuve, son père s’appelait « Rabinovitch » avant de changer pour un « Reed » bien plus américain.  Non que cela ait eu beaucoup d’importance à ses yeux. Comme il le disait lui-même : « Mon seul Dieu, c’est le rock and roll »

Et, question transmission, tout ce que ses parents lui ont laissé, ce sont les souvenirs d’une enfance triste et pénible avec un père qu’il n’a cessé de détester et mépriser dans ses chansons : « Un enfant élevé par un idiot, et qui devient cet idiot » (Trade in).

Ou, dans «My old man » : « Il devenait comme son père, et pour lui, c’était l’ultime déception ». Il faut dire que ses parents y ont été fort : en 1959, lorsque Lou Reed a 17 ans, ils s’inquiètent de ses tendances homosexuelles.

Et pour le « guérir », (« punir » serait un terme plus exact) ils lui font subir un traitement par électrochocs ! Une expérience à la fois dévastatrice et fondatrice dont il reste à jamais traumatisé :

« Ils t’ont dit que cela te permettrait de vivre à la maison avec maman et papa
« Au lieu d’aller dans les hôpitaux psychiatriques
« Mais à chaque fois que tu essaie de lire
« Tu n’arrive pas à dépasser la page 17
« Parce que tu as oublié où tu te trouves » (« Kill your sons »)

Après cette épreuve, il abuse des médicaments, de l’alcool, de la drogue…  Tout pour tenter d’échapper à ses émotions qui sont comme « un rat dans une cage, qui essaie de sortir pour vous bouffer ».

Il n’y arrivera jamais. En 2000 encore, à 58 ans, il chante: « Paralysé par la haine et une vilaine âme/ Il pensait que s’il tuait son père, il se réaliserait pleinement/ En écoutant la nuit une vieille radio  (« The Rock Minuet »)

C’est la musique qui l’aidera à survivre : en 1965, il fonde avec quelques amis un groupe qui entrera dans la légende du rock and roll : le Velvet Underground. Une vraie révolution : loin des chansons pour adolescents, le Velvet parle de tout ce que l’Amérique préfèrerait ignorer.

« Perversions » sexuelles, descente en enfer des drogués, décadence et désespérance. Le tout dans un langage cru, brutal, glacé. Mais le groupe, qui sortira 4 albums, connait un destin paradoxal

 D’une part, il est encensé par la critique « underground » et le pape du « pop-art », Andy Warhol (qui aurait été l’amant de Lou Reed)  fait participer le Velvet aux activités de la « Factory », le studio de cinéma- atelier qu’il a fondé.  

Le groupe influencera aussi les générations suivantes… mais ses disques ne se vendent absolument pas. Et en 1970,  déçu par ces insuccès, fâché avec chacun des autres membres, Lou Reed quitte le Velvet.

Il est alors vraiment désespéré :  au point de retourner chez ses parents et d’accepter un travail chez son père. C’est David Bowie, un autre de ses amants et admirateur de longue date, qui, en 1972, le sort d’un destin pire que la mort en produisant son nouveau disque « Transformer ».

Dessus, il y a la chanson qui va propulser Lou Reed au firmament de la gloire: Walk on the Wild Side. Un triomphe étonnant quand on sait de qui et de quoi la chanson parle. Il y a Holly, qui « s’est rasé les jambes et, à l’arrivée, il était elle »

Et Candy Darling, une transsexuelle  «qui était la chérie de tout le monde »  Ou encore Sugar Plum Fairy qui est devenu « go go dancer » parce qu’il « cherche à nourrir son âme et un endroit pour manger »

Et tous ne cherchent qu’à faire un petit « tour du côté sauvage », entendez, prendre de la drogue. Même dans une Amérique en plein révolution sexuelle, c’était du lourd. Et ce l’est peut être encore aujourd’hui.

Le reste, comme on dit appartient à l’histoire : Lou Reed ne cessera plus de sortir des disques et de partir en tournée. Il connaîtra quelques échecs commerciaux mais bien plus de  réussites.  Certains lui reprocheront de s’être trop assagi.

D’autre le qualifieront de « Parrain du punk », de créateur du « romantisme trash ». Les musiciens du « rock décadent » comme ceux  de « l’indie rock » se réclameront de lui. Et en 1992, Jack Lang en fera un chevalier des Arts et des Lettres.

Ainsi ira la vie de « l’ange noir du rock », un autre de ses surnoms, jusqu’à ce qu’il passe outre ce 27 octobre 2013.  And the coloured girls say/ Doo, doo, doo, doo, doo, doo, doo, doo… 

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