Pol Mathil : 12/8/1922 – 20/12/2011

Avec Pol Mathil (Léopold Unger, de son vrai nom) disparait un homme de convictions, de fidélités et de combats. Et une de ces grandes plumes qui ont fait du journalisme une profession respectable.

Si être journaliste, c’est dominer son sujet et savoir en transmettre la quintessence, alors Pol Mathil fut un grand de la profession. Des articles bien faits, complets et intéressants, il en écrivit  de 1948 à 2011.

Soixante années qui firent de lui une sommité sur les « pays de l’Est » comme on disait à sa grande époque, et cela tant en Belgique que dans son pays natal, la Pologne. Quelle vie étonnante que celle de cet enfant d’une modeste famille juive de Lwow !

Ses parents meurent durant le judéocide, son frère aîné tombe sous l’uniforme polonais… en Italie. Lui-même ne survit que par miracle, caché en Roumanie. Après la guerre, il retourne dans une Pologne devenue communiste, y fonde une famille et se lance dans le journalisme. 

Il s’y fait vite remarquer par son professionnalisme lorsqu’en 1969, tout s’effondre : le pouvoir communiste tente de régler ses difficultés intérieures en suscitant une vague d’antisémitisme. Les Unger se réfugient en Belgique

« Poldek » comme l’appellent ses amis, reconstruit : sous le nom de « Pol Mathil », il commence une collaboration avec Le Soir qui durera 40 ans. En même temps, il écrit pour des revues polonaises en exil, mais aussi pour l’International Herald Tribune.

Il rédige aussi des « billets » pour Radio Free Europe. Lorsque le communisme s’effondre, en 1989, Pol Mathil commence immédiatement à écrire pour Gazeta Wyborcza, un journal du syndicat Solidarnosc, qui devient vite un des meilleurs quotidiens du pays.

En 2001, il publie son autobiographie L’intrus, dont Le Soir publie en feuilleton pas moins de douze longs extraits. Cet homme, qui goûtait peu honneurs et récompenses, a tout de même été fait « Docteur honoris causa » de l’Université de Lublin en 2009 et avait reçu le prix Karski du Parlement européen en 2010.

Pol Mathil qui était un ami du CCLJ et de Suss, notre Président, nous a quittés, victime d’un cancer, à 89 ans révolus. Sa famille et ses amis trouveront peut-être un faible réconfort dans l’idée qu’il avait remporté ses grands combats.

Et démontré ainsi la véracité de cette idée très juive : la plume finit toujours par triompher de l’épée. Salut et fraternité, Pol Mathil.

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