» Pour en finir avec l’affaire Al Dura « .

Le nouveau livre* de Guillaume Weill-Raynal** retrace l’histoire de la polémique autour de Mohammed Al Dura et réfute les accusations d’imposture médiatique contre  Charles Enderlin. Extraits d’une interview de l’auteur***

 Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Guillaume Weill-Raynal : Parce que c’est une affaire hors norme ! En 2000, Mohamed Al Dura, un enfant de douze ans, est tué dans une fusillade entre Israéliens et Palestiniens. La scène est filmée par France 2. (…)

Cette affaire n’aurait dû soulever aucune contestation. Pourtant des experts autoproclamés ont bâti une thèse sur du vide en prétendant que le reportage de France 2 était une mise en scène, et que l’enfant était un simulateur.

Le plus incroyable est qu’ils ont rencontré un extraordinaire succès. En France, en Israël, aux Etats-Unis, des journalistes, des sociologues, des universitaires, des hommes politiques ont applaudi à cette thèse folle et se sont mobilisés avec passion contre France 2 et son journaliste, Charles Enderlin.

Au final, des centaines d’articles de presse, des films documentaires, des colloques, des émissions de radios, des livres, des dizaines de conférences en France, aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, en Israël, en Turquie, en Inde…

Et pas moins de six procédures en diffamation devant les tribunaux français – ainsi que deux devant les tribunaux israéliens. Tout ça pour nourrir une thèse absurde, fantasmatique …

Comment expliquez-vous un tel déclenchement de haine  à propos de l’affaire Al Dura ?

C’est une affaire qui mélange le rationnel et l’irrationnel. La campagne qui a visé Enderlin n’était pas exempte de calculs et d’arrière-pensées politiques. Charles Enderlin, qui est sioniste, puisqu’il vit en Israël depuis 45 ans, n’en est pas moins très critique sur la politique israélienne, dans ses livres surtout.

L’affaire Al Dura a été lancée contre lui, précisément au moment où il a publié Le Rêve brisé, (Ed. Fayard. 2002 ), un livre qui brisait le consensus bâti autour des « éléments de langage » de la communication israélienne selon lesquels l’échec du processus d’Oslo était entièrement imputable aux Palestiniens.

Et c’est là que cette affaire prend des dimensions irrationnelles. Pour beaucoup de gens, la cause d’Israël est absolument sacrée. La moindre remise en cause des mythes revêt donc un caractère sacrilège. Au bout du compte, je pense que c’est la véritable raison de la haine obsessionnelle dont il fait l’objet. 

Peut-on avoir aujourd’hui un débat serein autour de la question israélo-palestinienne en France?

Non, précisément pour la  raison que je viens de vous exposer. On a oublié qu’il s’agit d’un conflit politique. Dans la communauté juive s’est développé un «  amour » d’Israël (au sens péjoratif que Hannah Arendt donnait à cette expression) qui mélange l’histoire du sionisme à des mythes religieux.

Dans La souffrance comme identité  (Ed Fayard. 2007), Esther Benbassa a parfaitement analysé cette mémoire juive qui ne conçoit plus sa propre histoire que comme une suite ininterrompue de catastrophes absolues et de rédemptions d’essence divine :

La Shoah versus la création d’Israël, la menace d’anéantissement d’Israël  par ses voisins arabes versus la victoire « miraculeuse » de 1967, menace qui perdurerait aujourd’hui…

Ainsi, « les Arabes », qualifiés de « nazislamistes » avec lesquels aucune discussion n’est possible. Ils ne sont vus que comme un nouvel avatar de l’antisémitisme le plus intemporel, c’est-à-dire d’essence divine.

En lisant votre livre on voit bien que les accusations de « faux reportage » ne tiennent pas, pourtant les accusateurs ont réussi à semer le doute….

Pour la même raison : l’image de la mort de Mohamed Al Dura était absolument intolérable ; elle devait donc être niée coûte que coûte, avant tout examen sérieux des faits, en dehors de tout raisonnement logique.

Les accusateurs de Charles Enderlin avaient gagné avant même de lancer leur campagne. Ils n’ont fait que répondre à une attente de leur public. Diabolique inversion du réel : un enfant innocent et victime, comme il en existe dans toutes les guerres, devient lui-même un « ennemi » du peuple juif,

Et on l’accuse d’avoir participé à une prétendue mise en scène de sa vraie-fausse mort, que certains analysent comme la résurgence de l’accusation moyenâgeuse de « crime rituel » naguère portée contre les juifs. On nage en plein délire. 

*Guillaume Weill-Raynal : Pour en finir avec l’affaire Al Dura, Ed. du Cygne.

**Avocat et écrivain, G. Weill-Raynal est l’auteyr de plusieurs essais dont le très intéressant « Une haine imaginaire : contre-enquête sur le nouvel antisémitisme (Ed. Armand Colin     2005). A ne surtout pas cofondre avec son frère jumeau, le très droitier Clément Weill-Raynal 

***http://www.lecourrierdelatlas.com/564725092013-Pour-en-finir-avec-l-affaire-Al-Dura-Interview-de-Guillaume-Weill-Raynal.html#sthash.C4QaHCIK.NkOmQm2k.dpuf

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