Dans le cadre de son projet d’éducation à la tolérance « La haine, je dis non ! », le CCLJ propose une exposition itinérante à l’intention des écoles secondaires, maisons communales et associations : « Destins d’enfants juifs survivants en Belgique sous la tourmente nazie ». Une exposition qui retrace l’histoire de la Shoah en Belgique et les destins de sept miraculés. Ils s’appellent Henri Lederhandler, Simon Gronowski, Henri Kichka, Rik Szyffer, Marie Pinhas, Tony et David Susskind. Ils avaient entre 7 et 20 ans pendant la guerre et chacun de leur destin a été irrémédiablement bouleversé par la Shoah. « Leurs histoires sont représentatives de l’histoire des rares survivants en Belgique, et les témoins disparaissant, les raconter nous permet de garder la mémoire vivante » souligne Mirjam Zomersztajn, directrice du projet. « Souvent, les jeunes ne font pas le lien entre la Shoah et ce qui s’est passé chez nous, en Belgique, pendant la guerre. L’histoire de la Shoah est pour beaucoup réduite à Auschwitz ». Déportés, enfant caché, fugitifs ou résistant armé, aucune des sept personnalités qui se raconte dans l’exposition n’avait la nationalité belge à l’époque. Un élément qui rend compte de la seule protection des Juifs belges par le gouvernement, alors qu’il ne s’agit que d’une infime minorité de la population juive en Belgique. « Les destins que nous avons choisis présentent plusieurs similitudes » poursuit Véronique Ruff, coordinatrice. « Les sept enfants ou adolescents dont nous racontons le parcours étaient issus de l’immigration, leurs parents venaient de Pologne ou de Salonique. Tous étaient de conditions modestes et croyaient en un avenir meilleur ». Tous finiront tragiquement orphelins d’un ou de leurs deux parents. Avant, pendant -sous la tourmente nazie-, et après la Shoah, avec la difficile reconstruction, l’exposition retrace le vécu de chacun, prenant soin de relever l’objet fétiche qui aura marqué leur enfance ou leurs souhaits pour les générations à venir, et de s’achever sur une note positive.
Sensibiliser les jeunes générations
« En dépit d’une histoire différente, tous nos survivants se sont impliqués dans la vie de la communauté » relève encore Mirjam Zomersztajn qui voit intervenir la plupart d’entre eux aux Journées écoles organisées par le CCLJ. Sans manquer de rappeler, dans ces véritables récits de vie, « le rôle exemplaire de ceux qui ont risqué la leur pour venir en aide aux Juifs, les « Justes parmi les Nations », particulièrement nombreux en Belgique », et qui n’ont pas été oubliés dans l’exposition. « Raconter des histoires personnelles pour raconter l’Histoire, dire l’indicible pour tenter de comprendre jusqu’où mène la haine de l’Autre, sensibiliser les jeunes générations pour qu’elles exercent leur vigilance face à la discrimination quelle qu’elle soit, tel est le pari que s’est fixé le CCLJ, grâce à ces quelque 23 panneaux d’1,80m sur 1m » explique Ina Van Looy, animatrice.
Une magnifique façon d’évoquer le destin de sept personnalités qui illustrent la diversité de toute une communauté, et qui démontrent parfaitement cette notion de résilience qui a permis à ces hommes et femmes de faire de leurs douleurs une force. Une manière enfin de faire découvrir aux jeunes une communauté trop souvent étiquetée et limitée à des clichés.
Présentée au CCLJ du 18 octobre au 30 novembre 2007, l’exposition, accompagnée d’un dossier pédagogique, voyagera ensuite dans les écoles, les maisons communales, les CPAS, les maisons de jeunes et autres associations. Tandis que la cellule « formation jeunesse » du CCLJ planche déjà sur de nouveaux projets : une exposition sur la Shoah à l’intention du cycle primaire cette fois, ainsi qu’une exposition sur le génocide des Tutsi.
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Les chiffres
• 70.000 Juifs composent la communauté juive de Belgique avant la guerre, dont 94 % d’immigrés.
• 24.916 Juifs et 351 Tziganes ont été déportés vers Auschwitz-Birkenau, soit un total de 25.267 déportés dont 4.259 enfants de moins de 15 ans.
• 27 convois juifs et 1 convoi tzigane du 4 août 1942 au 31 juillet 1944.
• 15.873 (les 3/4 des déportés) sont gazés dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau.
• 9.394 sont internés au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau ou dans des camps de travail.
• Le 8 mai 1945, seules 1.221 personnes -dont 15 Tziganes- survivent à l’enfer concentrationnaire.
Vernissage le jeudi 18 octobre à 18h30
(réservation indispensable) à l’Auditorium Jacob Salik de l’Espace Yitzhak Rabin, en présence de Marie Arena, Ministre-Présidente de la Communauté française, Benoît Cerexhe, Ministre de l’Emploi de la Région de Bruxelles-Capitale et Philippe Vincke, Recteur de l’ULB. Plus d’infos 02/543.02.70 ou info@cclj.be – Site http://www.cclj.be (onglet « Projet écoles ») – Entrée libre.
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La Belgique sous l’Occupation
– 10 mai 1940 : Après la capitulation belge, le pouvoir nazi s’installe, le gouvernement belge s’exile à Londres et le Roi se constitue prisonnier de guerre. L’autorité sera désormais incarnée par le général von Falkenhausen. L’armée allemande administre le pays et passe ses ordres aux administrations belges.
– Septembre 1940 : La police SS a son camp de concentration, le Fort de Breendonk, destiné aux prisonniers politiques, résistants, otages ainsi qu’aux Juifs qui ne se sont pas conformés aux ordonnances anti-juives. Le second camp de la police SS est le camp de rassemblement de Malines, la Caserne Dossin, qui servira à la déportation des Juifs et des Tziganes sur le territoire belge.
– De 1940 à 1942 : Le pouvoir militaire va édicter 17 ordonnances anti-juives, en contradiction avec la Constitution et les lois belges fondées sur les principes d’égalité et de liberté. L’Etat belge adopte de fait une attitude docile en accordant à l’occupant une collaboration administrative maximale. Seuls les notaires refuseront de collaborer avec l’occupant.
– 14 avril 1941 : La Belgique connaîtra sa
« Nuit de Cristal » avec un pogrom organisé à Anvers par le « Volksverweering » (Ligue pour la défense du peuple).
– 27 mai 1942 : Les Juifs ont l’obligation de porter l’étoile jaune qu’ils doivent aller chercher à la Maison communale. A Bruxelles, dans un sursaut patriotique, les bourgmestres refusent d’obtempérer : l’étoile jaune est distribuée par l’AJB.
– Du 4 août au 31 octobre 1942 : En trois mois, 17 convois partent de Malines avec 16.624 Juifs – soit 66 % de la déportation totale.
– 19 avril 1943 : Fait unique en Europe : trois jeunes résistants, Youra Livschitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau, stoppent le 20e convoi, chargé de 1.632 déportés, sur la route entre Malines et Auschwitz, à Boortmeerbeek. Dix-sept déportés s’en échappent, 215 autres déportés, dont Simon Gronowski, parviennent à se sauver de ce même convoi grâce à des outils.
– Septembre 1943 : Début de la déportation des Juifs de nationalité belge jusqu’alors épargnés.
– 3 septembre 1944 : Bruxelles est libérée.