Qui, d’entre vous, se souvient de Chicken Run, un film d’animation réalisé en pâte à modeler, sorti en 2000 des studios Aardman ? C’était une histoire de poules, tentant de s’évader de leur poulailler représenté en camps de concentration avec des allusions aux modes opératoires nazis : meurtre par hache, élimination des plus faibles et extermination finale. Un réquisitoire drôle et déjanté contre les conditions inhumaines d’élevage et d’abattage des animaux.
L’écrivain Isaac Bashevis Singer, ce petit-fils de rabbin, végétarien depuis les années 60, avait déjà osé cette comparaison : « Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka ». Pour lui, les conditions d’abattage des bêtes préfiguraient les guerres entre les hommes. En 1972, il écrit dans Ennemies, une histoire d’amour : « Bien que Herman ait souvent assisté à l’abattage d’animaux et de poissons, il avait toujours la même pensée : dans leur comportement envers les autres créatures, tous les hommes sont des nazis ».
Avant lui, un autre écrivain, petit-fils de boucher cette fois, était aussi devenu végétarien : Franz Kafka. D’après son ami Max Brod, Kafka était allé à l’aquarium de Berlin, aurait regardé les poissons et aurait déclaré : « Maintenant je peux vous regarder en face ; je ne vous mangerai plus ».
Kafka suivait un régime végétarien très strict, intéressé par toutes les nouvelles cures diététiques. Dora Diamant, sa dernière compagne, raconte qu’il savourait tout particulièrement les fraises et les cerises. Il les humait longuement avant de les manger. Kafka était tombé amoureux de Dora en la regardant nettoyer… un poisson ! De vingt ans sa cadette, elle était issue d’une grande lignée hassidique et travaillait dans un home pour enfants juifs à Berlin.
Ils partageaient ensemble un projet commun : partir en Palestine et ouvrir un restaurant à Tel-Aviv, Dora, aux fourneaux et Franz comme serveur. Pouvez-vous vous imaginer un instant l’auteur de La Métamorphose servant dans la chaleur moite de Tel-Aviv, à des clients originaires du Mittel Europa, une bramboracka, cette soupe traditionnelle tchèque mariant la carotte, la pomme de terre et les champignons, et se faire héler : « Hep ! Meltzar* ! »
Ce projet ne verra jamais le jour. Franz mourra en 1924.
Quelque part, dans le Talmud, il est écrit que la première question que Dieu pose à quelqu’un qui vient de mourir est : « As-tu goûté à tous les fruits que J’ai mis sur la Terre ? » Je m’imagine que Franz lui aura répondu : « Presque ».
*Garçon de café, en hébreu
Soupe « KAFKA » aux champignons pour 4 personnes
• 2 têtes d’ail
• 2 càc d’huile d’olive
• 1 oignon émincé
• 1 càs de farine
• 2 verres de champignons émincés
• 6 verres de bouillon de légumes
• 3 à 4 carottes épluchées,
coupées en petits morceaux
• 2 poireaux (partie blanche et verte),
coupés en petits morceaux
• 7 pommes de terre grenaille
• 1 càc de cumin
• 1 feuille de laurier
• 1/2 càc d’origan et de thym
• 1/2 càc de sel et de poivre
Recette
– Détacher les gousses des deux têtes d’ail.
Les éplucher et les imbiber d’huile.
Cuire au four 45 minutes au four à 220°C.
Laisser refroidir. Réduire en purée.
– Chauffer l’huile à feu moyen.
Faites revenir les oignons 2 minutes, ajouter la farine et
mélanger jusqu’à ce que la préparation devienne légèrement brune. Ajouter les champignons et les cuire jusqu’à ce qu’ils
deviennent tendres.
– Ajouter le bouillon, les carottes, le poireau,
les pommes de terre, les épices. Saler. Poivrer.
– Ajouter la purée d’ail. Mélanger et porter à l’ébullition.
Réduire le feu et laisser mijoter 30 minutes, jusqu’à ce que
les pommes de terre soient tendres.
– Saler, poivrer si nécessaire.
Bon appétit !
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