« Pour l’instant tout va bien » se félicitait l’homme tombé du 50e étage en passant devant le 19e. « Israël n’a pas cédé aux exigences étranges et extrémistes des Américains, et le ciel ne nous est pas tombé sur la tête », se réjouit Danny Dayan, le secrétaire général du « Yesha », la principale organisation de colons.
Et il a raison d’être content, cet homme. Il vient d’accrocher le scalp d’un nouveau président des Etats-Unis à sa ceinture. Ce n’est quand même pas le premier Etat venu qui peut se permettre d’envoyer paître le chef de la première puissance mondiale, pas vrai ?
Ok, les Etats-Unis sont le principal -pour ne pas dire le seul- allié d’Israël. D’accord, ils soutiennent l’Etat hébreu de toutes les façons concevables : politiques, économiques, diplomatiques, militaires… Mais qui se préoccupe de ces bricoles ?
Israël fait ce qu’il veut. Et il veut ce que veulent les colons. Lesquels ne veulent pas grand-chose : juste vivre hors de leur pays, en terre ennemie, dans de ravissants ghettos entourés de barbelés.
Et donc, pour l’instant, tout va bien. Les négociations de paix sont bloquées. Si elles reprennent, directement ou indirectement, elles n’aboutiront pas. Si elles aboutissent, elles ne seront pas votées par la Knesset. Si elles sont votées, il y a encore le peuple qui est trop raisonnable pour empêcher un colon d’habiter où il veut.
Certes, il y a l’avenir et ses désagréables problèmes : la question démographique, par exemple, qui fait que d’ici peu, il n’y aura plus de majorité juive entre la mer et le Jourdain. En fait, selon le professeur Sergio Delà Pergola, de l’Université hébraïque de Jérusalem, expert incontesté en démographie, c’est déjà le cas : « Si l’on additionne les Palestiniens, les Arabes israéliens, les citoyens non reconnus comme juifs, les travailleurs étrangers et les réfugiés, alors les Juifs sont un peu moins de 50 % de la population ».
N’oublions tout de même pas le Messie
Il y a aussi l’isolement croissant d’Israël de par le monde, que la poursuite de la colonisation ne va certes pas freiner. L’effondrement de son image, y compris aux Etats-Unis, le boycott qui progresse à petits pas…
Et les ennemis qui se renforcent, les régimes arabes pro-occidentaux qui finiront par se lasser de proposer une paix qui n’intéresse pas Israël. Inéluctablement, la violence va reprendre.
Le sang coulera et pas uniquement chez l’ennemi. Des soldats vont mourir. Des civils aussi. Mais qu’y faire ? Il faut bien que les colons habitent quelque part.
D’ailleurs, pourquoi s’inquiéter ? L’avenir n’est pas écrit et d’ici que ces maux adviennent, le Messie sera probablement revenu, ce qui règlera tous les problèmes du monde. Alors, vous voyez : tout va bien.
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