En ce 19 avril, nous commémorons Yom Hashoah en souvenir des six millions de Juifs exterminés par les nazis. Cette date n’est pas le fruit du hasard. Le 19 avril 1943, un groupe de combattants juifs déclenchent le soulèvement du ghetto de Varsovie et montrent au monde entier que les Juifs meurent les armes à la main.
Entre juillet et la mi-septembre 1942, les Allemands ont déporté 300.000 Juifs du ghetto de Varsovie vers le centre d’extermination de Treblinka. Pour les 40.000 Juifs encore présents dans ce ghetto, la déportation doit intervenir en janvier 1943.
Plusieurs organisations et mouvements de jeunesse juifs décident d’unir leurs forces pour fonder l’Organisation juive de combat, la Zydowska Organizacja Bojowa (ZOB). La première action d’envergure que ses combattants vont organiser a lieu le 18 janvier 1943
Lorsque les Allemands tentent ce jour-là de reprendre les déportations, les combattants juifs se mêlent aux Juifs qu’on dirige vers l’Umschlagplatz (point de rassemblement) et, à un signal donné, ils se jettent sur les soldats allemands. Après avoir capturés entre 5.000 et 6.500 résidents du ghetto, les Allemands interrompent les déportations.
Encouragés par le succès apparent de la résistance et l’arrêt des déportations, les combattants déploient une énergie phénoménale pour rassembler des armes et aménager des caches souterraines et des bunkers de fortune sous les habitations. Ils espèrent de la sorte se donner les moyens de résister plusieurs mois.
En dépit de cet échec, les Allemands n’ont pas renoncé à déporter les Juifs restants dans le ghetto de Varsovie. La date est fixée au 19 avril 1943, le soir de la Pâque juive. Alors qu’ils ont prévu de liquider le ghetto de Varsovie en trois jours, quelque 850 soldats Allemands doivent faire face combattants juifs qui les attendent de pied ferme.
Le général SS Jürgen Stroop, qui dirige l’opération, est pris de court par la rébellion. Il fait venir 2.000 hommes de plus et des chars en renfort. Dès lors, les Allemands vont incendier systématiquement les immeubles et propulser du gaz dans les souterrains pour en déloger les résistants, immeuble par immeuble, cave par cave. Ces derniers, malgré le déluge de moyens déployé par l’ennemi, réussissent à tenir jusqu’au 16 mai 1943.
Environ 6.000 Juifs trouvent la mort dans les combats ou se suicident à l’instar du commandant en chef de l’insurrection Mordechai Anielewicz, et 7000 sont fusillés sur place. Les autres sont déportés. Une poignée de miraculés survit en s’enfuyant par les égouts.
La révolte du ghetto de Varsovie est la première révolte urbaine, et symboliquement la plus importante de toute l’Europe occupée. Cette précision est fondamentale car bien souvent on entend cette question insupportable : pourquoi les Juifs n’ont pas résisté aux Allemands ? Ils l’ont fait dans toute l’Europe et le soulèvement du Ghetto de Varsovie en est devenu le symbole.
Les membres de l’Organisation juive de combat ont décidé de prendre les armes contre les Allemands non pas pour gagner la bataille mais pour « sauver la dignité humaine ». Dans un tract qu’ils publient le 23 avril 1943 alors que le combats font rage, ils précisent les motivations à la fois juives et universalistes qui les animent : « Nous nous battons pour notre liberté et la vôtre, pour notre honneur et pour le vôtre, pour notre dignité humaine, sociale, nationale et pour la vôtre ».
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