Dans un entretien accordé à Maghreb TV, une télévision belgo-marocaine sur internet, Philippe Moureaux (PS), ancien bourgmestre de Molenbeek et Ministre d’Etat, a commenté les événements tragiques qui ont frappé Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Très vite, son appel légitime à ne pas faire d’amalgame entre les terroristes islamistes et les musulmans dérive vers des remarques douteuses sur Israël qu’il juge responsable du racisme antimusulman en Belgique.
Interrogé sur le vivre-ensemble, sur la compatibilité de l’islam avec les valeurs universalistes, et l’héritage de tolérance en terre d’islam, Philippe Moureaux a eu l’occasion d’affirmer entre autres que des gens ont intérêt à stigmatiser les musulmans en Belgique : « Certains ont intérêt à diviser. (…) Ces gens, vous en retrouvez à beaucoup d’endroits malheureusement. Vous avez d’abord une contagion du problème du Moyen-Orient, du Proche-Orient, du problème israélo-palestinien qui fait que certains ont intérêt à exacerber les animosités ici comme une sorte de reflet de ce qui se passe là-bas ».
Et d’ajouter : « Vous me direz que vous pouvez trouver cela des deux côtés. Mais il est évident qu’en Occident, c’est surtout essayer de répandre la haine de l’Arabe pour justifier la politique de l’Etat d’Israël, politique qui me paraît inacceptable » !
Quand on a encore en tête les propos exemplaires du Premier ministre français (socialiste aussi), Manuel Valls, on croit rêver, ou plutôt vivre un cauchemar. Pour Philippe Moureaux, Israël est l’explication de tout et le responsable des problèmes que connaissent les populations arabo-musulmanes de Belgique ! Que des antisémites et des complotistes patentés nous servent cette version, on peut comprendre. Mais qu’un ancien ministre répète cela, c’est inquiétant.
Interrogé ensuite sur un soi-disant ‘deux poids, deux mesures’ dont l’antisémite Dieudonné serait victime alors que Charlie Hebdo peut quant à lui caricaturer le prophète Mahomet en toute impunité, Philippe Moureaux, réagit en ces termes : « J’ai parfois ce malaise. On est plus sévère d’un côté que de l’autre. Mais cela ne peut justifier en rien des actes de violence ».
Au lieu de rappeler que Dieudonné est à chaque fois condamné pour antisémitisme et que les caricatures de Charlie Hebdo relèvent du droit au blasphème, de la critique des convictions religieuses et des extrémistes religieux, Philippe Moureaux ne fait que renforcer de manière démagogique l’idée selon laquelle la justice s’acharne injustement contre Dieudonné.
Philippe Moureaux pousse-t-il le PS dans la voie tracée par Edmond Picard, avocat et sénateur socialiste bruxellois qui a professé avec acharnement jusqu’à la fin de sa vie en 1924 la haine des Juifs ?
Le PS est pourtant un grand parti qui peut se targuer d’avoir compté dans ses rangs de grands humanistes tels qu’Emile Vandervelde ou Camille Huysmans qui ont toujours conçu la défense des plus démunis dans une perspective universaliste. Il serait peut-être utile de rappeler que Vandervelde, « patron » du POB (ancêtre du PS), était non seulement une figure marquante de l’Internationale socialiste, mais aussi un fervent défenseur de la cause sioniste. Comme l’a rappelé dans les colonnes de Regards l’historien Joël Kotek, « en 1928, c’est à son initiative qu’est réunie une conférence internationale socialiste pour une « Palestine des travailleurs » qui débouchera, en 1929, sur la création d’un comité permanent destiné à soutenir la cause sioniste ».
Philippe Moureaux ne comprend-il pas que les Juifs de Belgique sont inquiets, tellement inquiets que certains d’entre eux ont quitté ce pays pour s’installer en Israël parce qu’ils ne voient pas d’avenir en Belgique.
La majorité des Juifs croient en la Belgique et veulent continuer à y vivre. Le problème, c’est qu’ils supportent de moins en moins qu’on se permette de systématiquement de leur tenir des discours inacceptables comme celui de Philippe Moureaux. Ces propos sont d’autant plus insupportables lorsqu’on sait que les Juifs sont la cible des terroristes islamistes. A cet égard, personne n’ignore que les institutions juives ont été placées au niveau 3+ de l’état de la menace par les autorités belges depuis la tuerie du Musée juif de Belgique en mai 2014.
Philippe Moureaux ne dit pas un mot de cet antisémitisme sur fond de détestation de l’Etat d’Israël qui se répand dans les communautés musulmanes de Belgique. Pas un mot sur des quartiers de sa commune où aucun Juif n’ose mettre un pied. Des Juifs viennent d’être assassinés par des jeunes radicalisés en France et en Europe, et il n’a aucun mot pour dénoncer cette ignominie. Mais de quel socialisme se revendique-t-il ? Celui des « imbéciles » ? C’est en ces termes qu’August Bebel, une de ces figures marquantes de la social-démocratie allemande de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, qualifiait l’antisémitisme qui se manifestait à gauche et à l’extrême gauche.
Philippe Moureaux a raison de mettre en garde l’opinion publique contre le racisme à l’égard des musulmans. C’est une réalité qu’il faut dénoncer. En revanche, il n’a pas le droit de le faire en désignant Israël comme l’instigateur d’un complot raciste visant à propager la haine des populations arabo-musulmanes, ni en se lamentant sur les condamnations pénales d’un antisémite obsessionnel comme Dieudonné.
Le pire dans cette affaire et ce qui fait le plus mal, c’est que Philippe Moureaux n’est pas antisémite. Mais en tenant de tels propos, l’auteur de la loi pénalisant le racisme et l’antisémitisme contribue à légitimer les discours de haine d’antisémites authentiques.
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