Pour un boycott (sioniste) des colonies

Le dernier article de Peter Beinart* dans le New York Times** a fait grand bruit dans la communauté juive. Logique : ce brillant professeur et journaliste y renvoie dos à dos le gouvernement israélien et les partisans du « BDS » (Boycott, Désinvestissement et Sanctions).

Bien sûr, le titre « Pour sauver Israël, boycottons les colonies » est provoquant et destiné à faire grimper aux rideaux nos excellents amis de droite. Peter Beinart est un journaliste talentueux qui sait l’importance d’attirer l’œil et donc l’attention du lecteur.

Lequel découvrira de la sorte un texte des plus intéressants. Et des plus modérés. Que dit Beinart ? Il établit d’abord ce constat que dirigeants israélien et partisans du BDS sont sur la même ligne. Tous veulent effacer la distinction entre Israël et la Cisjordanie.

Depuis belle lurette, en effet, tant les manuels scolaires que les cartes géographiques d’Israël ne montrent plus « la ligne verte » qui séparait jusqu’en 1967 l’Etat juif des territoires occupés.

De leur côté, beaucoup de Palestiniens et leurs partisans ont lancé la campagne « BDS » qui appelle à boycotter tous les produits israéliens et pas seulement ceux des colons. En réaction, P. Beinart appelle d’abord à une petite révolution sémantique à propos du nom des territoires occupés.

Refuser bien sûr la dénomination « Judée et Samarie » que les faucons israéliens sont les seuls à utiliser. Mais aussi le terme « Cisjordanie », tout à fait dépassé aujourd’hui. A la place, Beinart suggère : « Israël non démocratique » qui rend mieux compte de la réalité.

Car, explique-t-il, il existe aujourd’hui deux Israël : une démocratie imparfaite, mais réelle, à l’intérieur de la « ligne verte » et un autre dans lequel des millions de Palestiniens n’ont ni le droit de vote ni la citoyenneté.

Ainsi, chaque fois que l’on utilise une expression comme « Israël, seule démocratie de la région » devrait-on y apporter la nuance « à l’intérieur de la ligne verte uniquement ». Et celui-là est le seul qu’il faille soutenir.

Par exemple, en boycottant les produits issus des colonies, en les excluant de l’accord de libre-échange USA-Israël. Ou en réclamant la fin des déductions fiscales pour les dons destinés à venir en aide aux colons.

A ceux qui feront valoir qu’il y a bien pire comme oppression que les colonies, il répond d’avance : c’est très vrai, mais la question pertinente ne serait-elle pas : « Est-ce que ce boycott peut diminuer une oppression ? »

En tant que Juif orthodoxe…

La réponse étant « oui », ce boycott, comme la re-création de la « ligne verte » peut éviter à Israël de devenir un Etat semblable à l’ancienne Afrique du Sud. Beinart explique aussi à quel point il lui est difficile, à lui, Juif orthodoxe, d’inciter à cet « acte contre nature » : boycotter d’autres Juifs.

Mais l’alternative est bien pire : renoncer aux valeurs que les Pères fondateurs ont énoncé dans la Déclaration d’Indépendance. Entre autres que l’Etat d’Israël assurera « une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ».

Ce faisant, ils ont établi que sionisme et démocratie étaient non seulement complémentaires, mais inséparables. Or, en rendant l’occupation permanente, les dirigeants israéliens menacent la démocratie et donc le sionisme lui- même.

Ainsi conclut-il : « Si nous, Juifs américains, voulons nous opposer aux forces qui menacent Israël de l’extérieur, nous devons aussi nous opposer à celles qui le menacent de l’intérieur ».

*Peter Beinart écrit dans nombre de journaux prestigieux (New York Times, New Republic…). Il est professeur de sciences politiques et de journalisme et a écrit plusieurs livres. Le dernier « La crise du sionisme » (non encore traduit en français)  a été préfacé par l’ancien président Bill Clinton.

** http://www.nytimes.com/2012/03/19/opinion/to-save-israel-boycott-the-settlements.html?_r=3&pagewanted=all#h

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