Pour un dialogue franc avec les médias

Tandis que s’est déroulé à Jérusalem, le 4e Forum global sur l’antisémitisme, le CCOJB a publié une étude qualitative sur le traitement médiatique belge au miroir du dernier conflit gazaoui*. Il paraît, en effet, urgent d’ouvrir un dialogue franc et constructif avec des médias qui nous apparaissent comme les principaux responsables de l’importation du conflit israélo-palestinien.

Forte d’une centaine de pages, cette étude lancée il y a huit mois entend démontrer, preuves à l’appui, les partis-pris et biais de la presse francophone dès qu’il s’agit du conflit israélo-palestinien. De nombreux journalistes se montrent incapables à penser le Moyen-Orient autrement qu’à travers le prisme d’un manichéisme qu’ils ne soupçonnent même pas, soucieux de respecter un consensus moral épargnant tout à la fois la Palestine, le monde arabo-musulman et l’islam. On se féliciterait de cette pudeur, si nos médias en usaient aussi à l’égard d’Israël. Or, il n’en est rien.

Ce qui frappe, c’est l’incroyable mécanisme de deux poids deux mesures du traitement médiatique. Aucun autre Etat ne subit un traitement équivalent à celui d’Israël, que ce soient la Russie ou la Turquie, pays aux bilans pourtant autrement mitigés en ce qui concerne les droits de l’homme ou le droit international. Ankara impose un blocus total sur l’Arménie depuis 18 ans, occupe un tiers d’un pays membre de l’Union européenne (Chypre), réprime dans le sang la résistance kurde et exerce un droit de suite armé en Irak et en Syrie dans l’indifférence médiatique la plus complète.

Dès qu’il s’agit au contraire de l’Etat juif, le poids des clichés est d’une telle intensité que l’information est toujours tendancieuse, sinon controuvée. Nos médias n’évoqueront jamais l’Etat hébreu que pour le critiquer. Ce serait en vain qu’on chercherait dans Le Soir ou à la RTBF, le moindre article, la moindre émission où serait soulevé un point positif d’un Etat, certes loin d’être parfait, mais démocratique comme en témoigne le dernier scrutin qui a vu l’élection de 16 députés arabes à la Knesset.

On est totalement en droit de critiquer le gouvernement israélien. Le rôle des journalistes est « d’éclairer le présent et le réel», pas d’attiser les passions et les haines en jouant notamment sur des représentations et clichés qui nous ramènent à l’imagerie antisémite de l’Occident médiéval. Car ce que démontre l’étude du CCOJB, c’est la tendance fâcheuse de nos médias à présenter les Israéliens comme des tueurs d’enfants, bref à reprendre sans les interroger les thèmes paranoïaques de la propagande antisémite arabo-musulmane contemporaine. Tous nos médias confondus concentrent, axent et organisent depuis 1982 leur information, autour de cette terrible
accusation médiévale que nous désignons sous l’expression d’antisémythe du Juif infanticide. Les guerres d’Israël sont pourtant cent fois moins meurtrières que tous les autres conflits qui embrasent ou ont embrasé le monde arabo-musulman ces trente dernières années. Autant le voyeurisme dicte la représentation des guerres d’Israël (70% des photos du Soir jouent sur le martyre des enfants palestiniens), autant la pudeur est de mise dès qu’il s’agit des exactions de l’Etat islamique ou du Hezbollah et ce, même à l’encontre des Palestiniens du camp de Yarmouk. Cette représentation biaisée et négative d’Israël que construisent nos médias entretient un climat malsain et explique pourquoi aucun autre conflit ne mobilise autant de manifestants qui, pour nombre d’entre eux, n’hésiteront pas à clamer haut et fort « Mort aux Juifs ».

La thèse de l’enquête est lourde de sens. Les conséquences de la fabrique de consentement anti-israélien de nos médias ne le sont pas moins : depuis l’attentat du musée juif, toutes les institutions juives sont désormais les cibles potentielles de fous de Dieu. En lieu et place de jeter de l’huile sur le feu, nos médias se devraient de dresser des ponts entre les différentes opinions afin de favoriser le dialogue au sein de la société. En quoi serait-il si grave que le lectorat du Soir, ou les spectateurs de la RTBF apprennent qu’il existe une coopération médicale entre Israéliens et Palestiniens, que la Cour suprême d’Israël compte dans son aréopage un juge arabe, que les universités israéliennes comptent plus de 20% d’étudiants arabes, ou encore, comble du paradoxe, que la propre petite-fille et la sœur d’Ismaël Haniye, le leader du mouvement terroriste Hamas, ont été soignées en Israël. 

* Joël Kotek, Israël et les médias belges francophones au miroir du conflit israélo-gazaoui de l’été 2014. Entre désinformation, malinformation et importation du conflit, préface de Maurice Sosnowski et Serge Rozen, postface de Willy Wolsztajn, CCOJB, Bruxelles, 2015.

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