Pourquoi A.B. Yehoshua a tort

Pénible, déprimante lecture que celle des déclarations du grand écrivain* et combattant de la paix, A. B. Yehoshua, titrées : « La droite a gagné »**. Par bonheur, si son constat est exact, les conclusions qu’il en tire sont erronées. 

Il est indéniable qu’à l’heure actuelle, les Israéliens préfèrent -ou se résignent à- l’idéologie de la droite, au sens large. La faute à qui ? A la gauche elle-même bien sûr. A ses divisions et ses manques de leadership, de stratégie politique et de tactique politicienne.

Aux Palestiniens aussi, pour à peu près les mêmes raisons. Aux pays de la région, proches ou lointains. Mais surtout à la droite et à l’extrême droite israélienne qui ont méthodiquement mis en pièces tout processus de paix et toute possibilité de dialogue.

Dans ces conditions, on peut comprendre la lassitude et le pessimisme d’un homme de 76 ans qui se bat pour la paix depuis plus de 40 ans. Mais ce qui vaut pour lui n’est pas, comme il semble le dire, généralisable à l’ensemble de la gauche.

Oui, la droite a gagné : elle domine d’un point de vue idéologique (« La Cisjordanie d’abord »), économique (« Vive les riches »)  et démocratique : ses coalitions sont majoritaires à la Knesset depuis 2000.  Et cela ne semble pas devoir changer lors des élections de 2013.

Et après ? L’histoire est -elle pour autant finie ? Sous ses diverses appellations, le Likoud est resté dans l’opposition face au Parti travailliste de 1929 à 1977. A-t-il renoncé pour autant ? Certes pas et, de son point de vue comme de celui de la démocratie,  il a bien fait.

Si David Susskind était encore parmi nous, il rappellerait les interminables années 1980 durant lesquelles déjà, la droite triomphante semblait au pouvoir à jamais. Alors, comme aujourd’hui, nos idées, pour être minoritaires, n’en étaient pas moins justes.

Et, au début  des années 1990, il n’a tenu qu’à un illuminé ultra-religieux qu’Yitzhak Rabin ne guide l’Etat juif  jusqu’à la paix.  Croit-on que, depuis lors, les termes de l’alternative se sont  modifiés ?

Israël n’a, et n’aura toujours, que deux choix : s’insérer dans la région ou y demeurer un corps étranger. Dans le premier cas, il lui faut trouver un accord satisfaisant avec les Palestiniens, en résumé : la terre contre la paix.

Dans le second cas, la survie de l’Etat juif  ne reposera jamais que sur la force. Mais qui mieux que les Juifs, qui ont survécu à tant d’empires hostiles, sait que celle-ci n’est jamais éternelle ?

Pire encore : lorsque la force n’est pas absolue -et quoi que prétende la droite, celle d’Israël ne l’est pas-, elle ne règle pas les problèmes, elle les déplace et les aggrave. Or, depuis bien trop longtemps, ce pays sème la haine autour de lui comme s’il ne devait jamais y avoir de récolte.

Tôt ou tard -et, hélas, plus tôt que tard-, ses ennemis lanceront leur riposte et elle ne pourra être que sanglante. La dramatique incompétence de la droite apparaîtra alors au grand jour, et la folie des ultra-nationalistes deviendra patente.

A ce moment-là, si la gauche, à l’inverse de ce que prône dans un moment de lassitude A.B. Yehoshua, n’a pas jeté l’éponge, si elle s’est réformée, elle retrouvera le chemin du cœur et de l’esprit des Israéliens.

La gauche pourra alors entreprendre ce qu’elle seule est à même de réaliser : sauver de la destruction l’Etat qu’elle a créé.  

*Dernier ouvrage paru : « Rétrospective », Ed. Grasset/Calmann-Lévy

**http://www.cclj.be/article/2/3439

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