Pourquoi Israël a bien fait de rompre avec le Conseil des Droits de l’Homme

Ce n’est pas que les colonies israéliennes aient une quelconque légalité. Ce n’est pas qu’on nie qu’elles violent, par leur existence même, les droits des Palestiniens. Ce n’est pas qu’on ne doive pas enquêter sur elles, que du contraire. Mais pas n’importe qui, pas n’importe comment.

Questions stupides : est-ce qu’un violeur en série est un bon juge des droits des femmes ? Est-ce qu’un pédophile a qualité pour enquêter sur ceux des enfants ? Est-ce que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU est qualifié pour mener une enquête sur les territoires occupés ?

Car il faut voir qui veut enquêter là et ne pas enquêter ailleurs. Cela fait, on ne peut, une fois n’est pas coutume, qu’être en accord avec la décision du gouvernement israélien de rompre avec ce « bidule » qui est une insulte aux Droits qu’il prétend protéger.

Le fait est que l’ONU n’a jamais eu de chance avec les Droits de l’Homme. Jusqu’en 2006, ceux-ci étaient, en théorie, défendus par une « Commission » dans laquelle dictatures et tyrannies étaient majoritaires.

En 2005, Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations Unies admettait que « des Etats ont cherché à se faire élire à la Commission non pas pour défendre les droits de l’Homme mais pour se soustraire aux critiques, ou pour critiquer les autres ».

Exit donc la « Commission », remplacée en 2006 par un « Conseil » de 47 Etats. Parmi eux,  la Chine, Cuba, l’Arabie saoudite et la Lybie de Kadhafi. En 2011, la Syrie avait posé sa candidature pour en faire partie.

Avant de se laisser convaincre de la retirer au profit de cette autre grande démocratie qu’est le Koweït. Et depuis l’an passé, l’Iran siège à la « Commission de la condition de la femme » chargée de défendre l’égalité des sexes…

Bref, le Conseil semble suivre les traces de la Commission : ce sont les dictatures, surtout moyen-orientales, qui y font la loi. Et l’OCI, l’Organisation de Coopération Islamique (voir encadré) y jouit d’un pouvoir exorbitant.

Comment s’étonner dès lors que ce Conseil soit guidé par un tropisme anti-israélien ? La chose est si visible, si évidente que, dès 2007, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon lui-même, s’en plaignait :

« Je suis déçu, affirmait-il alors, par la décision du Conseil de choisir seulement un dossier régional spécifique, le confit israélo-palestinien, malgré l’étendue et la portée des allégations de violations de droits de l’homme dans le monde entier ».

De fait : depuis 2007, le Conseil a traité de 51 problèmes concernant les droits de l’homme. 35 portaient sur Israël. Il a condamné à une reprise la Somalie, la Corée du Nord, le Congo… et 27 fois l’Etat juif.

Syrie : « La situation est calme et normale »

L’an passé, le Conseil n’a jugé devoir s’exprimer la Libye, pourtant en pleine guerre civile. Il n’a pas cru nécessaire de condamner la répression en Iran. Mais il a voté six résolutions condamnant Tel-Aviv.

Et jusqu’à ce que les Etats-Unis protestent avec vigueur, un point de l’ordre du  jour du Conseil était consacré en permanence à Israël. A ses yeux, aucun autre Etat de la planète ne commettait de crimes assez graves pour mériter un traitement aussi particulier.

Cette année-ci pourtant, le Conseil, après une année de massacres, s’est enfin résolu à envoyer une délégation mener une « mission d’évaluation » en Syrie. Avec, comme de juste, l’appui de l’OCI.  

Moyennant quoi: la délégation s’est rendue dans la province d’Idlib, reconquise voici peu par l’armée et a « exprimé son soulagement devant la situation calme et normale » que lui a décrite le gouverneur nommé par Bachar al Assad…

C’est peu après que le Conseil a donc adopté par 36 voix, pour 1 contre (les Etats-Unis) et 10 absentions, une résolution (présentée par le Pakistan au nom de l’inévitable OCI), décidant l’envoi d’une mission d’enquête sur les colonies juives de Cisjordanie.

Suite à cela, Israël a décidé de  rompre tout contact avec ce Conseil*. Lequel, non seulement est ainsi parvenu à se déconsidérer un peu plus. Mais a aussi réussi  ce tour de force d’unir toutes les formations politiques israéliennes autour de Benjamin Netanyahou…

Si les colons boivent du champagne, nul doute qu’ils aient levé leur coupe en l’honneur de l’ONU. Avec des ennemis pareils, ils n’ont plus besoin d’amis…

*Dans la foulée, Israël a aussi protesté auprès des ambassadeurs de Belgique et d’Autriche. Ces deux pays sont les seuls de l’Union européenne à avoir voté pour la création de la mission d’enquête.  Les autres Etats de l’UE  se sont abstenus.

L’OCI, un lobby musulman mondial

On connait trop peu « l’Organisation de Coopération Islamique » (OCI).  Après l’ONU, c’est pourtant la plus importante institution internationale de la planète : 57 Etats membres. Appelé « Organisation de la conférence islamique » jusqu’en juin 2011, c’est une sorte de lobby* musulman mondial.      

Ses objectifs ? Défendre et propager l’islam… selon les conceptions  particulièrement conservatrices de pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Ainsi qu’on  l’a vu, l’OCI  joue un rôle important  au sein du Conseil des Droits de l’Homme de l’Onu mais pas seulement là.           

Elle mène partout la lutte contre ce qu’elle nomme « la diffamation des religions » qu’elle considère comme du racisme. Ainsi appelle-t-elle à interdire « l’abus de la liberté d’expression et de la presse pour insulter l’islam et les autres religions divines.      

Dans la foulée, elle invite les membres de l’ONU « à prendre toutes les mesures appropriées pour traiter tous les actes, quels qu’ils soient, qui diffament l’islam ». Par « mesures appropriées », il faut entendre la prison voire la peine de mort. Comme c’est le cas dans certains de ses Etats membres.         

L’OCI a  aussi exprimé à plusieurs reprises « sa profonde préoccupation devant les tentatives d’exploiter la question des droits de l’Homme pour discréditer les principes et dispositions de la charia islamique et s’ingérer dans les affaires des Etats musulmans ».         

Au Conseil des Droits de l’Homme, les Etats membres de l’OCI  se sont aussi opposés avec virulence, voici peu, à la reconnaissance des droits des homosexuels  malgré l’appel de Ban Ki-moon à lutter contre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle.       

«Inacceptable pour l’OCI », a tonné le représentant du Pakistan en expliquant que l’homosexualité « peut créer des troubles sociaux, dégénérer en pédophilie et inceste, avoir un impact négatif pour la santé et affaiblir l’institution de la famille ».      

Dans un tout autre domaine, l’organisation a aussi estimé que « l’adoption de la loi interdisant la négation du génocide arménien (retoquée depuis par le Conseil Constitutionnel. NDLR) est un signe de l’islamophobie en France ».         

On le voit, l’OCI mène au niveau international les mêmes combats que les intégristes religieux  dans les pays démocratiques. Le fait qu’ils soient par ailleurs, de farouches ennemis du sionisme, est-il suffisant pour les laisser faire, voire les soutenir ?           

* Comme aux Etats-Unis, ce terme est employé ici sans connotation négative.

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