Le samedi 14 novembre, au lendemain des évènements tragiques survenus à Paris, nous nous sommes demandé s’il fallait ouvrir les portes de notre ken et maintenir les activités de la JJL. Nous avons conclu par l’affirmative. Cette décision a été prise par le service de la sécurité, ainsi que l’équipe madrihim, qui en a longuement discuté. Bien que cette initiative n’ait pas été approuvée par tout le monde, nous restons persuadés que c’était la meilleure chose à faire. Voici pourquoi.
En tant que madrihim, nous nous sommes engagés à encadrer et à animer les samedis après-midi de plus de 150 jeunes. Leurs parents nous font confiance et nous ne voulions en aucun cas les décevoir. Si après un évènement pareil, les parents ont tenu malgré tout à nous confier leurs enfants, nous étions moralement tenus d’endosser cette responsabilité. De plus, le service de sécurité avait décidé que l’ouverture du ken était possible.
Evidemment, nos discussions précédant l’ouverture du ken ont été longues et rudes. Ce ne fut pas facile de nous mettre d’accord, car moins de 24h après les attentats, nous n’étions pas encore très informés quant à l’ampleur de la tragédie et nous nous sommes demandé si l’ouverture de notre ken n’était pas un peu irrespectueuse à l’égard de tous ceux qui avaient perdu la vie. Nous ne savions pas si c’était notre rôle d’en parler à nos haverim les plus jeunes et surtout comment trouver les mots pour le dire. Certains madrihim se demandaient également si ce n’était pas un peu hypocrite de faire comme si de rien n’était, compte tenu des évènements de la veille. Après mûre réflexion, nous avons conclu que respecter les victimes ne signifiait pas qu’il fallait s’arrêter de vivre. Qu’il existait plusieurs formes de respect, comme, par exemple, celle qui consiste à honorer la mémoire des victimes.
C’est pour cette raison que nous avons décidé d’organiser un après-midi au calme. Nous avons parlé sereinement des attentats, mais sans y consacrer tout notre emploi du temps. Nous avons entamé le samedi par des discussions adaptées à chaque kvoutsa, à chaque âge ; les madrihim présentaient les faits, mais seulement ceux dont nous étions certains. Ensuite, nous avons demandé aux haverim de réaliser un dessin et nous avons accroché celui-ci sur un mémorial qui rendait hommage aux victimes de cet évènement tragique. A la suite de quoi, nous avons fait un tekes (cérémonie) pour inaugurer le mémorial et y déposer des roses. Puis, nous avons mangé le koumzitz tous ensemble et nous avons organisé des hougim (ateliers) paisibles. Ce programme nous convenait, parce qu’il représentait un bon compromis.
Pour conclure, nous pensons que les haverim sont partis satisfaits de leur après-midi. Ils ont pu exprimer ce qu’ils pensaient de la situation, partager leurs sentiments et leur ressenti. Mais ils ont aussi pu s’amuser, penser à autre chose et retrouver leurs amis.
En tant que Jeunesse juive laïque de Belgique, nous tenons à rendre hommage aux nombreuses victimes des attentats de Paris, à tous ces gens de toutes origines à peine plus âgés que nous qui voulaient juste profiter de leur soirée, se détendre et s’amuser. Ils ont été fauchés au printemps de leur vie et ceux qui ont eu la chance de survivre à cette horreur garderont sans doute des cicatrices. Nous voulons aussi exprimer notre profonde solidarité à l’égard de tous ceux qui subissent la violence du terrorisme et des guerres, que ce soit au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs.
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