Tant les djihadistes de « Daech » (« l’État islamique ») que ceux du Front Al Nosra ne s’en prendront pas à l’État juif tant qu’ils n’auront pas « purifié » le monde arabo-musulman.
Le 30 août, Benjamin Netanyahou avait accepté le cessez-le-feu avec le Hamas en prétextant d’autres dangers : «nous avons l’État islamique aux portes de la Jordanie, Al-Qaïda dans le Golan et le Hezbollah à la frontière avec le Liban »
Ce qui est vrai même si cette situation n’est pas nouvelle et si aucune de ces trois organisations n’entend s’en prendre à Israël dans un avenir proche. Non que l’envie leur en manque, que du contraire. Mais, pour l’heure, elles ont d’autres priorités.
Le Hezbollah chiite a engagé l’essentiel de ses forces dans la défense du régime de Bachar Al Assad. Raison pour laquelle, malgré quelques rodomontades, il n’a pas bougé durant les 50 jours de combats entre Tsahal et le Hamas dans la bande de Gaza.
De leur côté, et bien qu’ils soient installés sur le Golan depuis des années, les djihadistes sunnites du Front Al Nosra (rallié à Al-Qaïda) ne s’en sont jamais pris à l’État juif. (Les accrochages qui s’y produisent sont quasi toujours le fait de l’armée syrienne)
C’est qu’Al Nosra se bat à la fois contre le président syrien et contre d’autres rebelles, ceux de « l’Armée syrienne libre », jugés trop laïques et trop modérés. Son objectif, c’est Damas. De même pour ces autres djihadistes sunnites, ceux de « l’État islamique en Irak et au Levant » (« Daech»)
Il y a belle lurette qu’ils se trouvent dans le sud de la Syrie, près des frontières jordaniennes et israéliennes. Ils recrutent, ils se renforcent. Mais lorsqu’ils agiront,ce sera sans doute contre Amman, la capitale jordanienne pas contre Jérusalem
Pourquoi ces choix chez les « djihadistes » de Daech et d’Al Nosra –qui, au demeurant ne s’apprécient guère entre eux, tous deux prétendant à la domination de l’islam sunnite ? La réponse de l’État islamique est facile à trouver sur leurs sites internet :
« Nos ennemis principaux sont « l’apostat » et «l’hypocrite », car ils sont les plus aptes à subvertir l’Islam de l’intérieur ». Par « apostat », entendez les chiites . Quant aux «hypocrites», ce sont les sunnites qui n’acceptent pas la domination du califat instauré fin juin de cette année.
Un raisonnement appuyé, selon eux, par des exemples historiques comme celui d’Abu Bakr, le 1er successeur de Mahomet (632-634) torturant et massacrant des dizaines de milliers d’Arabes qui avaient voulu quitter l’islam après la mort de son fondateur.
Ce n’est qu’ensuite que son successeur lança ses troupes à la conquête du Moyen Orient. Autre exemple, Saladin (1138-1193) qui consacra de longues années à vaincre les chiites d’Égypte avant de s’en prendre au royaume chrétien de Jérusalem
Conclusion : « Jérusalem ne sera pas libéré tant que nous n’en aurons pas fini avec tous ces tyrans, ces familles et les pions du colonialisme qui contrôlent le destin du monde islamique. »
« La guerre de tous contre tous »
« Vaste programme » aurait dit le Général de Gaulle mais qui explique qu’à part quelques éructations contre l’État juif, Daech n’éprouve aucun intérêt pour le conflit israélo-palestinien. D’autant que les tenants du Califat rangent le Hamas, lui aussi, parmi les « hypocrites » .
D’abord parce que celui-ci s’est allié aux chiites du Hezbollah . Mais surtout parce que le but ultime des dirigeants de Gaza est de créer un État de Palestine indépendant. Une hérésie pour Daech qui prône un monde arabe sans frontières, uni sous la bannière de son Calife
Tout cela ne signifie pas qu ‘une de ces organisations s’abstiendra de frapper Israël si l’opportunité s’en présente. De même qu’elles encourageront leurs partisans en Europe ou aux États-Unis à semer la terreur s’ils le peuvent
Surtout depuis que les Occidentaux s’efforcent de mettre sur pied une coalition anti- « État islamique ». Mais, pour les dirigeants djihadistes, la guerre contre les « infidèles d’origine », -ceux qui ne sont pas nés dans l’islam-, ne saurait avoir lieu avant que le monde musulman soit « purifié » par leurs soins.
« Vaste programme » aurait dit le général De Gaulle… En attendant, tant que les habitants de la région en reviennent à « l’état de nature » tel que le définissait le philosophe Th. Hobbes (1588-1679) : « la guerre de tous contre tous », Israël, sans baisser sa garde, est à peu près tranquille.
Ce qui ne devrait pas l’empêcher de se préparer, comme l’explique le major-général (à la retraite) Uzi Dayan au « Times of Israël » : « Nous développons des capacités, non pas pour le jour où ils prendront Damas, mais pour le lendemain »*.
Voilà pour le militaire. Et côté politique ? Israël ne devrait-il entrer dans le jeu politique de la région, tenter de s’allier à ceux qui sont en première ligne contre l’ennemi commun ? Ce ne semble pas être le chemin que veulent emprunter les dirigeants actuels,
Peut être parce que cela signifierait renoncer à leur propre objectif ultime : la colonisation totale de la Cisjordanie ? En tous cas, pour l’heure, B. Netanyahou renvoie tout le monde dos à dos.
Pour lui, l’État islamique et le Hamas sont « les branches d’un même arbre empoisonné ». Et : « Ce sont les deux faces d’une même pièce. Nous n’avons pas à renforcer l’un pour affaiblir l’autre. Ma politique est : affaiblir les deux en même temps ».
Au risque de les retrouver demain tous unis contre lui… Un homme d’État s’en inquiéterait.
*http://fr.timesofisrael.com/dabord-ils-prendront-damas-pas-jerusalem/
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