Propos négationnistes au restaurant, suite et fin

Nous nous devons de revenir sur un article paru sur notre site le 28 avril 2016 (article que nous avons supprimé depuis), rapportant le témoignage d’une lectrice qui nous disait avoir été sortie d’un restaurant après avoir voulu dénoncer les propos négationnistes d’un voisin de table. Parce que toute cette histoire relève d’un terrible malentendu.

« C’est la première fois que mangions dans ce restaurant de Woluwe-Saint-Pierre. La nourriture y est certes bonne, mais attention, vous pourriez vous retrouver à devoir supporter les propos ignobles d’une bande de négationnistes, assis juste à côté de vous et qui termineront leur repas tranquillement et en toute impunité… ». C’est ce que nous indiquait notre lectrice, scandalisée et à juste titre, avant de détailler les propos visiblement assumés de ses voisins de table. Une des personnes qui l’accompagnait avait alors réagi « en dessinant une croix gammée sur un papier et en l’affichant au-dessus de la table de la bande. Ils ont trouvé ça drôle, ils ont même ri de bon cœur et n’ont absolument pas cherché à nier, bien au contraire ! Ils nous ont expliqué qu’ils avaient vécu la guerre et qu’ils contestaient l’existence des chambres à gaz ! (…) L’équipe du restaurant et la patronne ont réagi plutôt vite en arrachant la feuille avec la croix gammée du mur et en nous demandant (à nous !!!) de nous calmer et de sortir, car il y avait des enfants dans la salle ».

Désarroi

Craignant que la patronne n’ait pas entendu ce qui s’était dit, mais se soit vue obligée de réagir rapidement face à un client qui brandissait un tel dessin, la Rédaction de Regards avait volontairement choisi, tout en tenant à relater ce témoignage, de ne pas mentionner le nom du restaurant en question. Restaurant que nous avions d’ailleurs contacté, et dont le serveur (le patron étant absent) avait confirmé notre intuition, sans revenir sur les propos négationnistes évoqués par notre lectrice.

Ce n’est la réaction d’indignation de la majorité des lecteurs qui nous a interpellés, les uns condamnant virulemment l’attitude de la gérante, les autres annonçant déjà la diffusion de cette information à toute leur liste d’amis… C’est en revanche le désarroi de plusieurs amis de la gérante, parmi lesquels des Juifs et des Israéliens, qui nous a interrogés. Convaincue par ses proches, la gérante nous a envoyé un droit de réponse : « Je suis profondément triste d’imaginer que des personnes puissent penser que je suis antisémite ou pro-fasciste, certaines personnes l’ont écrit sur le Facebook de mon restaurant. Ces personnes se trompent, j’ai énormément d’amis dans la communauté juive. Les choses ne se sont pas du tout déroulées comme expliqué dans votre article. Tout d’abord, j’étais dans le fond du restaurant (…). Je ne me suis aperçu qu’il y avait un problème que lorsque, j’ai entendu des personnes applaudir ! Je me suis approchée et j’ai vu une croix gammée dessinée sur un papier et collée au-dessus de la tête d’un homme âgé. Je l’ai tout de suite retiré, car je ne savais pas encore ce qu’il se passait et je ne voulais pas voir une telle horreur dans mon restaurant », explique-t-elle.

Des propos qu’elle nous a confirmés par téléphone, nous précisant qu’elle était prête à discuter avec les personnes qui avaient été « injustement » exclues du restaurant. Et à ne plus accepter la table incriminée, venue après réservation et dont elle avait encore le nom.

La chambre à gaz qui n’a jamais existé

Un affreux malentendu donc qui aurait pu en rester là si « le monsieur aux propos négationnistes » ne s’était présenté dans le restaurant quelques minutes plus tard… pour s’excuser ! Avant de nous parler : « Je suis Jacques Engels, membre du Musée de l’Holocauste à Malines », nous a-t-il immédiatement déclaré au téléphone. « Nous étions huit à table, et j’ai une voix cassée qui porte, c’est vrai. Nous parlions d’un voyage que nous prévoyions de faire ensemble à Munich, et j’ai dit : « Je n’irai pas à Munich sans aller à Dachau, pour voir cette chambre à gaz qui n’a jamais existé ! » C’est une réalité que je n’ai pas inventée : il n’y a jamais eu en Allemagne de camp d’extermination, uniquement des camps de concentration ! En entendant ces bribes de notre conversation, cette dame a jugé que nous étions des négationnistes ! Son mari a alors mis sur la vitre derrière nous un papier avec une croix gammée, et nous avons rigolé ! Que pouvions-nous faire d’autre ? » Et Jacques Engels de se dire désolé que toute cette histoire ait eu pour conséquence de porter préjudice à ce restaurant réputé.

Nous tenions de notre côté à encore à présenter nos sincères excuses au restaurant Gou qui aura été la première victime de cette confusion générale. Cette bien triste histoire aura eu le mérite de nous faire réfléchir plus encore à la nécessité de multiplier les sources, à la vigilance de chacun face à ce qu’il entend sans crier immédiatement au loup, à plus de vigilance enfin dans ce que l’on dit, au risque d’être mal interprété par autrui. Même si rien de tout cela n’est intentionnel.

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